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J.-P. Troadec
fluctuations de variables biologiques et économiques ou de l'adoption de nouvelles
réglementations, la rentabilité de la pêche devient négative, les pêcheurs peuvent
rencontrer de sérieuses difficultés pour changer de pêcherie ou pour se reconvertir. Ils
ont l'expérience de certains types de pêche, auxquels leurs bateaux sont adaptés. Dans
une pêcherie en crise, les bateaux peuvent être difficiles à revendre ; les pêcheurs ne
peuvent réaliser leur capital dont dépend souvent leur capacité à changer d'activité. La
contribution des pêcheurs à la formation du capital peut, dans la pêche artisanale, leur
faire accepter des revenus sensiblement inférieurs à leur coût d'opportunité (ou
montant des revenus qu'ils peuvent escompter d'activités comparables). Ils font partie
de communautés qu'ils peuvent répugner à quitter. Les investissemments réalisés en
périodes fastes aggravent encore la surpêche en période de crise. La conjugaison de
cette variabilité et de la dissymétrie entre l'entrée et la sortie peut entraîner des effets
de cliquet désastreux sur les plans économique et social (par ex., Meuriot et Foucher
1988, pour la pêcherie de coquille Saint-Jacques de la baie de Saint-Brieuc).
Ainsi, la demande pour les évaluations de stocks, qui était forte pendant la phase
d'expansion, s'est réduite avec la pleine exploitation. Elle se maintient par la crainte de
voir certains stocks subir des déclins irréversibles dont, incidemment, la recherche
institutionnelle se préoccupe encore peu de comprendre la dynamique, et par le souci
des administrations de disposer de critères factuels, sinon pertinents, pour justifier ses
décisions d'allocation.
4.2. Limitations de l'approche actuelle de l'aménagement
Dans ces conditions, l'aménagement ne peut que partir de l'évaluation des
ressources pour définir les termes de leur conservation, évaluer ensuite (mais ceci reste
l'exception) l'intérêt économique et social des différents équilibres envisageables, pour
finalement considérer les modalités de régulation. L'administration est supposée
prendre et appliquer des décisions visant à limiter l'entrée par référence à un plafond
global préalablement fixé sur des critères essentiellement biologiques.
Cette séquence conduit à un aménagement centralisé, qui laisse largement les
producteurs en dehors de l'analyse des enjeux économiques et sociaux et des prises de
décisions, pourtant essentielles pour leur activité. 11 est nécessairement coercitif et ne
peut prendre en compte les spécificités des différentes pêcheries, car ces dernières ne
sont pas explicitement individualisées. Cette approche aboutit à multiplier
artificiellement les difficultés :
- la conservation des ressources est rendue plus difficile parce que les
producteurs ne peuvent prendre en compte les termes de l'optimisation économique et
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J.-P. Troadec
fluctuations de variables biologiques et économiques ou de l'adoption de nouvelles
réglementations, la rentabilité de la pêche devient négative, les pêcheurs peuvent
rencontrer de sérieuses difficultés pour changer de pêcherie ou pour se reconvertir. Ils
ont l'expérience de certains types de pêche, auxquels leurs bateaux sont adaptés. Dans
une pêcherie en crise, les bateaux peuvent être difficiles à revendre ; les pêcheurs ne
peuvent réaliser leur capital dont dépend souvent leur capacité à changer d'activité. La
contribution des pêcheurs à la formation du capital peut, dans la pêche artisanale, leur
faire accepter des revenus sensiblement inférieurs à leur coût d'opportunité (ou
montant des revenus qu'ils peuvent escompter d'activités comparables). Ils font partie
de communautés qu'ils peuvent répugner à quitter. Les investissemments réalisés en
périodes fastes aggravent encore la surpêche en période de crise. La conjugaison de
cette variabilité et de la dissymétrie entre l'entrée et la sortie peut entraîner des effets
de cliquet désastreux sur les plans économique et social (par ex., Meuriot et Foucher
1988, pour la pêcherie de coquille Saint-Jacques de la baie de Saint-Brieuc).
Ainsi, la demande pour les évaluations de stocks, qui était forte pendant la phase
d'expansion, s'est réduite avec la pleine exploitation. Elle se maintient par la crainte de
voir certains stocks subir des déclins irréversibles dont, incidemment, la recherche
institutionnelle se préoccupe encore peu de comprendre la dynamique, et par le souci
des administrations de disposer de critères factuels, sinon pertinents, pour justifier ses
décisions d'allocation.
4.2. Limitations de l'approche actuelle de l'aménagement
Dans ces conditions, l'aménagement ne peut que partir de l'évaluation des
ressources pour définir les termes de leur conservation, évaluer ensuite (mais ceci reste
l'exception) l'intérêt économique et social des différents équilibres envisageables, pour
finalement considérer les modalités de régulation. L'administration est supposée
prendre et appliquer des décisions visant à limiter l'entrée par référence à un plafond
global préalablement fixé sur des critères essentiellement biologiques.
Cette séquence conduit à un aménagement centralisé, qui laisse largement les
producteurs en dehors de l'analyse des enjeux économiques et sociaux et des prises de
décisions, pourtant essentielles pour leur activité. 11 est nécessairement coercitif et ne
peut prendre en compte les spécificités des différentes pêcheries, car ces dernières ne
sont pas explicitement individualisées. Cette approche aboutit à multiplier
artificiellement les difficultés :
- la conservation des ressources est rendue plus difficile parce que les
producteurs ne peuvent prendre en compte les termes de l'optimisation économique et
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