Devant les difficultés techniques et politique (biais dans les déclarations
statistiques) rencontrées pour mesurer l'effort de pêche, les chercheurs furent conduits
à mettre au point des méthodes de suivi des ressources ne nécessitant pas de données
sur l'exploitation : analyse de cohortes, estimation du prérecrutement et suivi des
biomasses par prospections de navires de recherche. Dans l'espoir de contourner les
raisons qui poussaient les pêcheurs et les administrations à faire de fausses déclarations,
certains chercheurs préconisèrent de constituer des bases scientifiques de données,
distinctes des systèmes statistiques officiels établis pour les besoins de l'aménagement,
oubliant que l'évaluation des stocks est justifiée par l'aménagement des pêches et que
toute action d'aménagement des pêcheries, justifiée par l'état des ressources, suppose la
connaissance d'une relation au moins entre les premières et les secondes. Cette
évolution a contribué à creuser un hiatus entre suivi des ressources et aménagement des
pêcheries. Ainsi, la chaîne des relations entre mortalité par pêche, effort et coût
d'exploitation, qui conditionne les analyses d'optimisation économique des pêcheries,
est interrompue. Les analyses sont cantonnées au suivi des ressources. L'aménagement
est réduit à leur conservation.
Cette situation remet en question des présupposés relatifs aux variables de choix.
Classiquement, la "théorie de la pêche" postule que l'optimisation économique et sociale
des pêcheries s'effectue par l'intermédiaire de l'effort de pêche et, accessoirement, de
l'âge de première capture. Si, en régime de liberté d'accès, il est facile d'agir sur l'effort
pendant l'expansion, cette possibilité est rien moins qu'assurée lorsque les stocks sont
pleinement exploités ; on a vu qu'il en était de même du maillage dans les pêcheries
composites. Pourtant le suivi courant des ressources reste fondé sur ce présupposé.
Les analyses économiques sont affectées de la même façon. Celles qui ont pu
être conduites présentent une grande valeur didactique. Elles chiffrent les pertes
occasionnées à l'Etat et à la société par la liberté d'accès. Mais, sans garantie d'accès,
les pêcheurs ne peuvent guère y voir plus qu'un intérêt théorique. Ils peuvent craindre
que les administrations ne se servent de leurs conclusions pour modifier à leurs dépens
le statu quo, soit par réduction générale ou localisée des capacités de capture, soit par
diminution des aides. Sans schémas de compensation, leur attitude ne peut que rester
réservée. Ainsi, l'optimisation économique des pêcheries paraît dépendre de l'octroi de
garanties sur l'accès futur aux ressources. La persistance des conflits entre flottilles
nationales fournit une évidence directe qu'il sera très difficile d'améliorer l'état des
pêcheries tant que prévaudra le régime de libre accès.
Cette situation est susceptible d'avoir des conséquences plus sérieuses dans la
pêche artisanale. Dans beaucoup de pêcheries, qu'elles soient industrielles ou
artisanales, il existe une dissymétrie marquée entre l'entrée et la sortie de la main
d'oeuvre et du capital. L'accès libre et gratuit facilite l'entrée et, cela, particulièrement
dans la petite pêche où les besoins en capital sont moindres. Lorsque, par suite de
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