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J.-P. Troadec
techniques résultant de la capture simultanée de plusieurs espèces par les mêmes
engins, ou la variabilité naturelle des stocks revêtaient une importance secondaire. Par
exemple, les effets de la variabilité du recrutement étaient amortis par l'existence d'une
biomasse accumulée. La tactique de la pêche alternée ("pulse fishing" ^ '), privilégiée
dans la grande pêche des pays de l'Europe de l'Est, et qui reposait sur la mobilité
spatiale des flottilles, permettait, en jouant avec l'espace, de minimiser le jeu du temps.
Cette faculté de jouer avec l'espace réduisait aussi les conséquences des relations
ressources/flottilles. C'est à cette époque que les méthodes de prospection par
chalutage et acoustique (détermination de la biomasse et estimation, à partir de celle-ci,
du potentiel de capture) se développèrent.
La nature de cette demande explique le poids que prit alors la biologie des
pêches et l'approche unispécifique des évaluations, comme la sous-estimation, dans les
programmes de recherche, du rôle de la variabilité et de l'environnement dans la
productivité des stocks. Si les biologistes des pêches étaient conscients de ces
phénomènes et de la nécessité de la conservation des ressources, l'industrie, les
administrations nationales et les agences de développement, désireuses de prolonger
l'expansion, se montraient peu sensibles aux préoccupations des premiers. De leur côté,
ceux-ci étaient surtout concernés par les implications de l'augmentation non maîtrisée
du taux d'exploitation : la pêche leur paraissait comme le facteur déterminant
l'abondance des stocks.
Avec l'intensification de la pêche et le nouveau Droit de la mer, qui a eu pour
effet de limiter la liberté de redéploiement, l'intérêt pour une optimisation des
équilibres entre capacités de capture, ressources et production, par ensembles
geographiquement circonscrits de ressources et de flottilles a émergé. Cependant,
globalement, les implications de la sédentarisation de la pêche ne sont encore sensibles
qu'au niveau international. Les pays qui ont décidé d'optimiser les relations
quantitatives entre ensembles de flottilles et de ressources restent encore l'exception.
Partout ailleurs, la liberté d'accès ne permet pas d'agir sur la distribution des opérations
des différentes flottilles. L'indépendance spatiale et temporelle des ensembles de
bateaux et de ressources qui demeure, contrecarre l'analyse des termes de
l'optimisation économique et sociale des pêcheries. D'ailleurs, les systèmes statistiques
ne distinguent pas encore de façon systématique les captures et les efforts par types de
pêche ou par flottilles ; les productions halieutiques et aquacoles ne sont même pas
toujours distinguées dans les statistiques nationales.
(1) "Auparavant les nations péchaient pour des espèces particulières et leur effort était directement lié à des
marcliés établis. L'URSS adopta une démarche différente en matière de commercialisation ; elle fut capable
de diriger ses flottilles vers n'importe quel stock pour lequel un potentiel appréciable avait été déterminé.
Cette tactique donna lieu à ce qu'on appela la pèche alternée : les flottilles concentraient leurs opérations
sur des ressources particulières jusqu'à ce que les stocks soient réduits à des niveaux très bas" (Regier and
MacCrakcn 1976).
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