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J. M. Gates
conséquences graves, en appliquant inconsidérément des méthodes auxquelles les
sciences naturelles avaient eu recours avec beaucoup de succès. Pour appliquer les
techniques d'optimisation aux systèmes sociaux, il était commode de postuler l'existence
d'une entité hypothétique, appelée "décideur central". Cette entité était omnipotente et,
pour faire bonne mesure, omnisciente ; pour elle, tout problème avait une solution
technique, même si elle était utopique. Malheureusement, comme me l'a fait remarquer
un biologiste des pêches d'expérience : "on ne peut pas aller là à partir d'ici". La formule
du "décideur central" oublie simplement que les décideurs sont multiples, chacun tenant
certains leviers de commande, mais pas tous. Si, à un échelon, les décideurs ne
s'entendent pas avec ceux d'un autre, ils peuvent réagir "stratégiquement". Celte
évidence est plus une prise de conscience tardive du fait politique, qu'une observation
sagace. La multiplicité des niveaux décisionnels limite toujours sérieusement les
possibilités de comportemenl collectif rationnel ; elle peut contraindre la société à se
contenter d'un second, d'un troisième, voire même, d'un énième meilleur choix.
Les contraintes qui résultent de la multiplicité des niveaux de décision se
manifestent indépendamment des objectifs de l'aménagement : optimisation
économique, maximisation de l'emploi, ou conservation de la ressource. Aussi,
l'hétérogénéité de la structure de décision nous oblige-t-elle, c'est le minimum, à
examiner les questions d'application, de motivation et de compensation. Le terme de
"comportement stratégique" revient souvent dans la section qui suit ; on utilise celle
expression Houe pour désigner un certain comportement d'individus réagissant dans un
univers à plusieurs niveaux de décision,
Prenons le cas de l'application de réglementations en haute mer par une autorité
dont les moyens sont faibles. Notre "décideur central" aborderait ce problème en
calculant simplement le rapport probable bénéfice/amende pour un contrevenant
'représentatif. Pour contenir le taux de contravention à un niveau suffisamment bas, il
chercherait à compenser sa faible capacité de surveillance par le tarif des amendes.
Supposons, maintenant, que les bateaux d'une flottille (N) se coalisent et que cette
coalition désigne n bateaux parmi les N, pour distraire délibérément et saturer
rapidement la capacité de surveillance de notre décideur unique, de façon à permettre
aux N-n vaisseaux de la coalition d'enfreindre quasi impunément les règlements. Pour
être effective, l'amende devrait être proportionnelle, non pas aux captures des n bateaux
délibérément sacrifiés, mais à celle de toute la coalition des N bateaux. Le taux des
amendes devrait être calculé de sorte que leur somme globale contrebalance les profits
économiques que la coalition peut escompter de la violation de la réglementation. Se
demander si de telles coalitions peuvent se manifester dans la réalité est affaire de
jugement, mais cette éventualité montre les complications, pour l'analyse économique,
qu'entraînent de tels comportements. S'il est difficile d'imaginer a prion les diverses
possibilités de coalition, il est possible de prévoir le risque qu'elles représentent dans
une situation donnée.
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