s
J. M. Gates
3. Types de modèles
3.1. Démarche globale ou analytique
Les modèles bioéconomiques utilisés pour analyser les pêcheries peuvent être
classés de différentes manières. Les biologistes des pêches et les mathématiciens, qui
ont conçu les premiers outils dans ce domaine, distinguaient des modèles analytiques ou
structuraux (parce qu'ils reposent sur l'analyse de la structure) et des modèles
synthétiques ou globaux (chapitres 2 et 3). Chaque famille de modèles a ses
caractéristiques, qui se révèlent bonnes ou mauvaises selon les questions auxquelles on
s'adresse. Ces deux ensembles peuvent être encore subdivisés, mais cette première
séparation suffit pour l'instant. Le modèle analytique le plus connu est sans doute celui
de Beverton et Holt (1957). La représentation de la structure démographique des
captures et du stock sur lequel il repose, nécessite que chaque recrutement annuel soit
explicitement spécifié et que le devenir des cohortes successives soit suivi, année après
année, pendant toute la durée de la phase exploitée (chapitre 2). Cette méthode
correspond bien à la façon dont les biologistes conçoivent les stocks halieutiques.
A l'inverse, les modèles globaux (Schaefer 1954, Pella and Tomlinson 1969) font
abstraction de la structure d'âge des populations exploitées. L'avantage de cette
abstraction est un gain important en simplicité. Cette représentation du stock considère
la classe d'âge comme un élément peu significatif et intègre implicitement la relation
stock-recrutement dans la relation stock-production. On réduit ainsi considérablement
le nombre de symboles ; le traitement mathématique en est facilité. Par contre, cette
représentation ne tient pas compte d'une masse de données et d'informations recueillies
par les biologistes halieutiques sur les espèces. Les informations sur la croissance, la
mortalité, l'âge de première capture ou la fécondité, ne sont pas utilisées. Dans la
pratique, le biologiste des pêches ne se désintéresse pas de cette information ; il l'utilise
implicitement, ex post, lors de l'interprétation des résultats fournis par le modèle.
Les modèles globaux admettent que l'accroissement ou le déclin d'un stock
dépendent uniquement de sa biomasse, du taux d'exploitation et d'événements
aléatoires. En particulier, l'évolution de sa biomasse en fonction du taux d'exploitation
suit une trajectoire moyenne, que le stock soit principalement composé de jeunes
recrues ou d'une cohorte de dix ans d'âge. Dans beaucoup de pêcheries qui doivent être
aménagées, cette schématisation importe moins qu'il n'y paraît, car leur structure
démographique varie assez peu. C'est le cas, en particulier, quand la mortalité par
pêche décime rapidement les classes nouvellement recrutées : ainsi, dans la pêcherie de
homard de Nouvelle-Angleterre (E.U.), chaque année, 90% environ des homards sont
470
J. M. Gates
3. Types de modèles
3.1. Démarche globale ou analytique
Les modèles bioéconomiques utilisés pour analyser les pêcheries peuvent être
classés de différentes manières. Les biologistes des pêches et les mathématiciens, qui
ont conçu les premiers outils dans ce domaine, distinguaient des modèles analytiques ou
structuraux (parce qu'ils reposent sur l'analyse de la structure) et des modèles
synthétiques ou globaux (chapitres 2 et 3). Chaque famille de modèles a ses
caractéristiques, qui se révèlent bonnes ou mauvaises selon les questions auxquelles on
s'adresse. Ces deux ensembles peuvent être encore subdivisés, mais cette première
séparation suffit pour l'instant. Le modèle analytique le plus connu est sans doute celui
de Beverton et Holt (1957). La représentation de la structure démographique des
captures et du stock sur lequel il repose, nécessite que chaque recrutement annuel soit
explicitement spécifié et que le devenir des cohortes successives soit suivi, année après
année, pendant toute la durée de la phase exploitée (chapitre 2). Cette méthode
correspond bien à la façon dont les biologistes conçoivent les stocks halieutiques.
A l'inverse, les modèles globaux (Schaefer 1954, Pella and Tomlinson 1969) font
abstraction de la structure d'âge des populations exploitées. L'avantage de cette
abstraction est un gain important en simplicité. Cette représentation du stock considère
la classe d'âge comme un élément peu significatif et intègre implicitement la relation
stock-recrutement dans la relation stock-production. On réduit ainsi considérablement
le nombre de symboles ; le traitement mathématique en est facilité. Par contre, cette
représentation ne tient pas compte d'une masse de données et d'informations recueillies
par les biologistes halieutiques sur les espèces. Les informations sur la croissance, la
mortalité, l'âge de première capture ou la fécondité, ne sont pas utilisées. Dans la
pratique, le biologiste des pêches ne se désintéresse pas de cette information ; il l'utilise
implicitement, ex post, lors de l'interprétation des résultats fournis par le modèle.
Les modèles globaux admettent que l'accroissement ou le déclin d'un stock
dépendent uniquement de sa biomasse, du taux d'exploitation et d'événements
aléatoires. En particulier, l'évolution de sa biomasse en fonction du taux d'exploitation
suit une trajectoire moyenne, que le stock soit principalement composé de jeunes
recrues ou d'une cohorte de dix ans d'âge. Dans beaucoup de pêcheries qui doivent être
aménagées, cette schématisation importe moins qu'il n'y paraît, car leur structure
démographique varie assez peu. C'est le cas, en particulier, quand la mortalité par
pêche décime rapidement les classes nouvellement recrutées : ainsi, dans la pêcherie de
homard de Nouvelle-Angleterre (E.U.), chaque année, 90% environ des homards sont
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