et juridiques), à l'encontre des dispositions prévues dans leur décret de création. Il en
analyse ensuite les raisons. "Ce qui n'est pas possible, par contre, c'est, comme le fait
l'autorité de tutelle, d'exiger que les règlements ne portent en aucun cas atteinte au
principe de liberté des pêches. Cette position réduit à néant le pouvoir de justice des
prud'homies qui, par définition, porte atteinte à cette liberté". "... derrière un débat
relevant en apparence du plus pur raisonnement juridique, se cachent toujours d'autres
enjeux. Il s'agissait du pouvoir central contre le pouvoir local, de l'économie libérale
appliquée aux pêches contre l'économie artisanale contrôlée par la corporation".
Cette histoire se teinte d'amertume si l'on considère que la Méditerranée figure
parmi les mers où les pêcheries internationales ont connu un développement des plus
modestes, et que la prévention du chalutage dans la bande côtière des trois milles et la
cohabitation entre cette activité et les petits métiers posent actuellement des problèmes
qui ne paraissent pas en voie d'être résolus.
La pêche japonaise fournit l'image inverse du jeu des mêmes forces. Les
systèmes qui y furent élaborés au cours des siècles par les communautés de pêcheurs
côtiers ont été entérinés au début du XXème siècle et consolidés par la suite. La loi
confère à ces derniers, organisés en coopératives de villages, des droits de quasipropriété sur l'espace et les ressources vivantes côtières et les charge, en collaboration
avec les administrations locales, préfectorales et nationales, de l'aménagement courant
des pêches et des cultures marines (Asada et al. 1983, Ruddle 1987). La conservation
des ressources ne constitue pas une préoccupation majeure (Larkin, sous presse).
L'évolution divergente de deux systèmes au départ comparables pourrait provenir du
fait que le Japon ne s'est engagé activement dans la grande pêche qu'après la Seconde
Guerre mondiale, alors que son système d'aménagement côtier était déjà légalisé et
opérationnel. D'ailleurs, la grande pêche japonaise fut administrée selon des concepts
largement inspirés de ceux qui régissent la pêche côtière (Asada 1973).
Mais, au delà des dispositions adoptées, le contraste entre les deux logiques
économiques et sociales relevé par Ferai demeure. L'économie des systèmes
coutumiers, précapitalistes, précoloniaux et préindustriels repose sur une stratégie
d'intégration verticale : des communautés exploitent, de façon collective et non
spécialisée, les différentes ressources présentes au sein de l'espace qu'elles occupent ; la
stabilité est un objectif premier ; la cohésion interne y contribue ; l'équité en est à la fois
une finalité et une condition (Leviel 1986). En revanche, le développement de
l'économie de marché repose sur une stratégie d'intégration horizontale, par la
promotion des échanges marchands et pour la recherche du profit. Elle sous-entend la
spécialisation, la motivation et la responsabilisation des individus ^ .
(I) " Depuis Locke, on sail que propriété et démocratie sont deux concepts inséparables" (Attali 1988).
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analyse ensuite les raisons. "Ce qui n'est pas possible, par contre, c'est, comme le fait
l'autorité de tutelle, d'exiger que les règlements ne portent en aucun cas atteinte au
principe de liberté des pêches. Cette position réduit à néant le pouvoir de justice des
prud'homies qui, par définition, porte atteinte à cette liberté". "... derrière un débat
relevant en apparence du plus pur raisonnement juridique, se cachent toujours d'autres
enjeux. Il s'agissait du pouvoir central contre le pouvoir local, de l'économie libérale
appliquée aux pêches contre l'économie artisanale contrôlée par la corporation".
Cette histoire se teinte d'amertume si l'on considère que la Méditerranée figure
parmi les mers où les pêcheries internationales ont connu un développement des plus
modestes, et que la prévention du chalutage dans la bande côtière des trois milles et la
cohabitation entre cette activité et les petits métiers posent actuellement des problèmes
qui ne paraissent pas en voie d'être résolus.
La pêche japonaise fournit l'image inverse du jeu des mêmes forces. Les
systèmes qui y furent élaborés au cours des siècles par les communautés de pêcheurs
côtiers ont été entérinés au début du XXème siècle et consolidés par la suite. La loi
confère à ces derniers, organisés en coopératives de villages, des droits de quasipropriété sur l'espace et les ressources vivantes côtières et les charge, en collaboration
avec les administrations locales, préfectorales et nationales, de l'aménagement courant
des pêches et des cultures marines (Asada et al. 1983, Ruddle 1987). La conservation
des ressources ne constitue pas une préoccupation majeure (Larkin, sous presse).
L'évolution divergente de deux systèmes au départ comparables pourrait provenir du
fait que le Japon ne s'est engagé activement dans la grande pêche qu'après la Seconde
Guerre mondiale, alors que son système d'aménagement côtier était déjà légalisé et
opérationnel. D'ailleurs, la grande pêche japonaise fut administrée selon des concepts
largement inspirés de ceux qui régissent la pêche côtière (Asada 1973).
Mais, au delà des dispositions adoptées, le contraste entre les deux logiques
économiques et sociales relevé par Ferai demeure. L'économie des systèmes
coutumiers, précapitalistes, précoloniaux et préindustriels repose sur une stratégie
d'intégration verticale : des communautés exploitent, de façon collective et non
spécialisée, les différentes ressources présentes au sein de l'espace qu'elles occupent ; la
stabilité est un objectif premier ; la cohésion interne y contribue ; l'équité en est à la fois
une finalité et une condition (Leviel 1986). En revanche, le développement de
l'économie de marché repose sur une stratégie d'intégration horizontale, par la
promotion des échanges marchands et pour la recherche du profit. Elle sous-entend la
spécialisation, la motivation et la responsabilisation des individus ^ .
(I) " Depuis Locke, on sail que propriété et démocratie sont deux concepts inséparables" (Attali 1988).
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