/ - Les pêches et les cultures mannes
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ils ne se préoccupaient pas outre-mesure de la conservation des ressources à laquelle
nous consacrons aujourd'hui une si grande part de nos moyens et de nos talents.
Les performances de ces systèmes traditionnels expliquent leur capacité à
survivre, même illégalement, après que des systèmes externes d'aménagement,
contrôlés par des administrations centrales, leur aient été substitués. "La ténacité des
institutions traditionnelles ne peut s'expliquer simplement comme la manifestation de
leur caractère rétrograde et irrationnel" (Runge 1986).
Pourtant, ces systèmes tombent partout en désuétude. Parce que l'aménagement
par les producteurs eux-mêmes reposait sur des droits d'usage réservés, ces derniers
étaient incompatibles avec le principe de liberté d'accès nécessaire à l'expansion
géographique de la pêche. Aussi ne furent-ils qu'exceptionnellement entérinés. "La
principale difficulté avec l'orientation occidentale est la notion universelle que les
ressources halieutiques constituent une propriété commune, possédée à la fois par
personne et par chacun. Cette notion est en opposition complète avec les concepts
traditionnels d'aménagement dans de nombreuses parties du monde et sert seulement à
obscurcir la réalité de la tenure et des ententes de propriété de nombreuses
communautés de pêcheurs artisanaux. En conséquence, le caractère inévitable de la
'tragédie des communaux" était virtuellement l'explication indiscutée du comportement
social compétitif des pêcheurs et de la surpêche, une hypothèse naïve et dangereuse,
quelle que soit l'aune à laquelle on la mesure" (Ruddle 1984). Ne découlant pas de la
nature des ressources, puisque celle-ci est identique, le contraste entre les deux
stratégies a nécessairement une autre origine : il reflète un conflit, concentré au niveau
des ressources littorales, entre usufruitiers indigènes traditionnels et nouveaux usagers
allochtones et, au-delà, entre deax logiques économiques et sociales.
L'histoire des prud'homies, en Méditerranée française (Ferai 1986), illustre ce
conflit et en montre l'universalité. Apparues il y a dix siècles sous l'Ancien Régime, les
prud'homies ont vu leurs compétences légalisées par décret en 1856. Leurs
responsabilités portaient sur l'allocation des sites de pêche, la cohabitation des métiers
et le règlement des litiges, au sein de leur espace de compétence. Elles les exerçaient
par l'application de règlements particuliers "à ceux qui ne se conformeraient pas aux
règles et aux usages pour le partage de la mer" (art. 56). Il s'agit, donc, d'un
aménagement décentralisé, exercé par les producteurs, en collaboration avec
l'administration, et portant sur des couples métier/espace plus que sur la ressource. "La
notion d'affaire prud'homale correspond à l'existence d'une population professionnelle
exerçant son art sur une circonscription territoriale " (Ferai 1986, non souligné dans
l'original).
L'auteur décrit les étapes par lesquelles l'autorité de tutelle a progressivement
réduit les prérogatives des prud'homies (espace, types de pêche, pouvoirs économiques
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ils ne se préoccupaient pas outre-mesure de la conservation des ressources à laquelle
nous consacrons aujourd'hui une si grande part de nos moyens et de nos talents.
Les performances de ces systèmes traditionnels expliquent leur capacité à
survivre, même illégalement, après que des systèmes externes d'aménagement,
contrôlés par des administrations centrales, leur aient été substitués. "La ténacité des
institutions traditionnelles ne peut s'expliquer simplement comme la manifestation de
leur caractère rétrograde et irrationnel" (Runge 1986).
Pourtant, ces systèmes tombent partout en désuétude. Parce que l'aménagement
par les producteurs eux-mêmes reposait sur des droits d'usage réservés, ces derniers
étaient incompatibles avec le principe de liberté d'accès nécessaire à l'expansion
géographique de la pêche. Aussi ne furent-ils qu'exceptionnellement entérinés. "La
principale difficulté avec l'orientation occidentale est la notion universelle que les
ressources halieutiques constituent une propriété commune, possédée à la fois par
personne et par chacun. Cette notion est en opposition complète avec les concepts
traditionnels d'aménagement dans de nombreuses parties du monde et sert seulement à
obscurcir la réalité de la tenure et des ententes de propriété de nombreuses
communautés de pêcheurs artisanaux. En conséquence, le caractère inévitable de la
'tragédie des communaux" était virtuellement l'explication indiscutée du comportement
social compétitif des pêcheurs et de la surpêche, une hypothèse naïve et dangereuse,
quelle que soit l'aune à laquelle on la mesure" (Ruddle 1984). Ne découlant pas de la
nature des ressources, puisque celle-ci est identique, le contraste entre les deux
stratégies a nécessairement une autre origine : il reflète un conflit, concentré au niveau
des ressources littorales, entre usufruitiers indigènes traditionnels et nouveaux usagers
allochtones et, au-delà, entre deax logiques économiques et sociales.
L'histoire des prud'homies, en Méditerranée française (Ferai 1986), illustre ce
conflit et en montre l'universalité. Apparues il y a dix siècles sous l'Ancien Régime, les
prud'homies ont vu leurs compétences légalisées par décret en 1856. Leurs
responsabilités portaient sur l'allocation des sites de pêche, la cohabitation des métiers
et le règlement des litiges, au sein de leur espace de compétence. Elles les exerçaient
par l'application de règlements particuliers "à ceux qui ne se conformeraient pas aux
règles et aux usages pour le partage de la mer" (art. 56). Il s'agit, donc, d'un
aménagement décentralisé, exercé par les producteurs, en collaboration avec
l'administration, et portant sur des couples métier/espace plus que sur la ressource. "La
notion d'affaire prud'homale correspond à l'existence d'une population professionnelle
exerçant son art sur une circonscription territoriale " (Ferai 1986, non souligné dans
l'original).
L'auteur décrit les étapes par lesquelles l'autorité de tutelle a progressivement
réduit les prérogatives des prud'homies (espace, types de pêche, pouvoirs économiques
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