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J.-P. Troadec
équipages et des innovations plus productives à coût égal qu'il adopte. Il est aussi
fonction du nombre et de la puissance de pêche des autres bateaux engagés dans la
même pêcherie. En régime de libre accès, il n'a aucune prise sur ces variables, et tous
les pêcheurs sont dans la même situation.
Pour fonctionner correctement, l'économie de marché suppose, entre autres, un
contrôle adéquat, par chaque entreprise, des trois facteurs primaires de production que
sont la ressource, le capital et la main d'oeuvre. En régime d'accès libre et gratuit, cette
condition n'est pas remplie pour la ressource. L'exploitation reste commune. Ce constat
conduisit les premiers analystes à imputer à la nature commune de l'exploitation, la
"tragédie des communaux" (Hardin 1968), dont la pêche fournirait une des meilleures
illustrations. Sans correction des imperfections spécifiques aux régimes actuels
d'aménagement, l'économie capitaliste (y compris d'Etat), qui avait permis l'expansion
irrésistible de la grande pêche, conduisait finalement au marasme économique et social
des pêcheries.
Si le diagnostic expliquait les effets pervers des forces économiques et permettait
de localiser la carence au niveau des institutions, il ne disait pas comment la dynamique
de surpêche et de surinvestissement pouvait être maîtrisée. A priori, deux solutions sont
envisageables pour renverser cette dynamique perverse :
- le transfert de la responsabilité de l'aménagement à une autorité unique,
supposée capable de prendre les décisions indispensables à la limitation de l'accès,
c'est-à-dire d'allocation aux usagers de droits d'exploitation, dans la limite de plafonds
préalablement fixés ;
- l'adoption de mécanismes économiques capables de réaliser efficacement
l'allocation de droits d'usage globalement et individuellement limités, de façon à faire
mieux converger motivations individuelles et intérêt général ; pour cela, des structures
restent nécessaires pour prendre en compte les dimensions collectives de l'optimisation
économique et sociale des pêcheries ; à cause de l'extension géographique et de la
fluidité des stocks aménageables séparément, ceux-ci ne peuvent pas être alloués
directement aux usagers ; à la différence de la solution précédente, cette stratégie
implique la participation directe des producteurs à l'analyse des termes de
l'optimisation économique des pêcheries et aux décisions d'intérêt collectif.
Le dilemme entre une démarche hiérarchique et la méthode économique n'est
pas nouveau. Au début du XVIème siècle, à l'extrême du courant qui s'opposait à la
pénétration de l'Ordre marchand en Europe occidentale, T. More fut un des premiers à
en tirer les conclusions politiques. Dans son ouvrage "Utopia", il décrit "une société où
les biens seraient mis en communauté. Dans son île d'Utopie, le gouvernement planifie
la production et la répartit gratuitement. La propriété privée est interdite, le travail
obligatoire. Les maisons sans serrures changent d'occupants par tirage au sort tous les
dix ans" (Attali, 1988).
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