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J.-P. Troadec
"Les biologistes des pêches furent particulièrement malheureux dans les avis
scientifiques qu'ils donnèrent... en matière de prévision des effondrements. L'histoire
des pêcheries de sardine de Californie, de hareng atlantico-scandinave et de la mer du
Nord ou d'anchois du Pérou compte parmi les pires échecs auxquels la science
halieutique ait été associée... L'analyse de la dynamique démographique de ces stocks,
suivant les méthodes classiques d'évaluation unispécifique, n'a pas permis de
comprendre grand-chose... La production par recrue en fonction de la mortalité est une
courbe dont le plateau supérieur ne manifeste aucun trait dramatique, et les
effondrements ont été attribués à un échec du recrutement, ce qui, en soi, est une
description d'événements, plus qu'une explication. Pour une majorité de stocks,
l'examen de la relation entre le recrutement et le stock parental a été peu concluant. Ce
type d'analyse ne fournit pas encore une base à partir de laquelle des avis quantitatifs
peuvent être donnés sur des pêcheries particulières" (FAO 1978).
3.2. La contribution de l'économie
Au cours des années 50, partant des modèles biologiques décrivant la réponse
des stocks et des captures à l'intensification de leur pêche, les économistes explicitèrent
les termes d'un usage économiquement efficace des ressources halieutiques. Ils
redécouvraient ainsi, quarante plus tard, les déductions d'un précurseur, J. Warming
(1911). Lorsque, notamment par suite du caractère limité des ressources naturelles,
l'offre ne peut plus satisfaire la demande, un surprofit, une rente économique, apparaît
dans la pêcherie (Gordon 1954). Celle-ci peut être élevée. Ainsi, en 1978, la rente
potentielle de la pêche mauritanienne était estimée à plus du cinquième de la valeur
brute des débarquements et à plus de cinq fois le montant des redevances que le pays
recevait au titre de l'exploitation de ses ressources minières, alors la première industrie
du pays (Doucet et al. 1981). Cette rente économique, comparable à la rente foncière en
agriculture, s'ajoute aux plus-values que les entreprises tirent des gains de productivité
obtenus de la qualité de leur gestion ou de l'adoption d'innovations techniques. Ce
surprofit ne correspond, ni à un coûl, ni à un accroissement de la production, mais à
une élévation du prix des produits suscitée par l'insuffisance de l'offre par rapport à la
demande. Il est déterminé par la différence entre le prix des produits et le coût de leur
production (rente intramarginale). Pour paraphraser D. Ricardo, le poisson n'est pas
cher parce que l'on fait éventuellement payer une redevance aux pêcheurs, une rente
existe parce que le poisson est cher, et le poisson est cher parce que l'offre ne peut
satisfaire la demande. Ce que démontre clairement la pêche où des rentes existaient,
potentiellement, avant que le droit d'accès ne commence à se négocier. Au niveau d'une
pêcherie, cette rente halieutique est maximale pour un taux d'exploitation inférieur à
celui qui conduit au maximum de production pondérale (fig. 18.1a). Elle varie aussi
d'une pêcherie à l'autre, selon la productivité de la ressource, la valeur des produits et le
coût unitaire de leur production (rente intermarginale).
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J.-P. Troadec
"Les biologistes des pêches furent particulièrement malheureux dans les avis
scientifiques qu'ils donnèrent... en matière de prévision des effondrements. L'histoire
des pêcheries de sardine de Californie, de hareng atlantico-scandinave et de la mer du
Nord ou d'anchois du Pérou compte parmi les pires échecs auxquels la science
halieutique ait été associée... L'analyse de la dynamique démographique de ces stocks,
suivant les méthodes classiques d'évaluation unispécifique, n'a pas permis de
comprendre grand-chose... La production par recrue en fonction de la mortalité est une
courbe dont le plateau supérieur ne manifeste aucun trait dramatique, et les
effondrements ont été attribués à un échec du recrutement, ce qui, en soi, est une
description d'événements, plus qu'une explication. Pour une majorité de stocks,
l'examen de la relation entre le recrutement et le stock parental a été peu concluant. Ce
type d'analyse ne fournit pas encore une base à partir de laquelle des avis quantitatifs
peuvent être donnés sur des pêcheries particulières" (FAO 1978).
3.2. La contribution de l'économie
Au cours des années 50, partant des modèles biologiques décrivant la réponse
des stocks et des captures à l'intensification de leur pêche, les économistes explicitèrent
les termes d'un usage économiquement efficace des ressources halieutiques. Ils
redécouvraient ainsi, quarante plus tard, les déductions d'un précurseur, J. Warming
(1911). Lorsque, notamment par suite du caractère limité des ressources naturelles,
l'offre ne peut plus satisfaire la demande, un surprofit, une rente économique, apparaît
dans la pêcherie (Gordon 1954). Celle-ci peut être élevée. Ainsi, en 1978, la rente
potentielle de la pêche mauritanienne était estimée à plus du cinquième de la valeur
brute des débarquements et à plus de cinq fois le montant des redevances que le pays
recevait au titre de l'exploitation de ses ressources minières, alors la première industrie
du pays (Doucet et al. 1981). Cette rente économique, comparable à la rente foncière en
agriculture, s'ajoute aux plus-values que les entreprises tirent des gains de productivité
obtenus de la qualité de leur gestion ou de l'adoption d'innovations techniques. Ce
surprofit ne correspond, ni à un coûl, ni à un accroissement de la production, mais à
une élévation du prix des produits suscitée par l'insuffisance de l'offre par rapport à la
demande. Il est déterminé par la différence entre le prix des produits et le coût de leur
production (rente intramarginale). Pour paraphraser D. Ricardo, le poisson n'est pas
cher parce que l'on fait éventuellement payer une redevance aux pêcheurs, une rente
existe parce que le poisson est cher, et le poisson est cher parce que l'offre ne peut
satisfaire la demande. Ce que démontre clairement la pêche où des rentes existaient,
potentiellement, avant que le droit d'accès ne commence à se négocier. Au niveau d'une
pêcherie, cette rente halieutique est maximale pour un taux d'exploitation inférieur à
celui qui conduit au maximum de production pondérale (fig. 18.1a). Elle varie aussi
d'une pêcherie à l'autre, selon la productivité de la ressource, la valeur des produits et le
coût unitaire de leur production (rente intermarginale).
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