1 - Les pêches et les cultures marines
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Initialement, la limitation de la pêche ne put donc se faire que par le
contingentement des captures annuelles sur les stocks les plus affaiblis. Cette mesure
permettait, théoriquement, de conserver les ressources. Toutefois, elle laissait entière la
compétition entre flottilles. Pour assurer leur part, les pays étaient conduits à accroître
encore les capacités de leurs flottes. Il en résulta que les mêmes quotas annuels furent
capturés au terme de saisons de pêche de plus en plus courtes : les performances
économiques des armements s'en trouvèrent dégradées d'autant. Devant ce paradoxe,
les commissions furent conduites à répartir les quotas globaux en quotas nationaux.
Mais ce type de mesure n'éliminait pas la compétition pour l'appropriation de la
ressource entre armements nationaux, ni même, d'ailleurs, totalement entre pays. Les
administrations nationales restaient enclines à soutenir leurs armements par des aides,
quand ce n'était pas par des manipulations de leurs statistiques officielles de capture .
Quelques pays, comme le Canada pour sa pêcherie de saumon du Pacifique, et
certaines commissions, comme celle du flétan du Pacifique nord-est, adoptèrent bien
des systèmes de licences destinés à bloquer la taille des flottilles. Mais, sauf exception
(Commission du phoque à fourrure des îles Pribiloff), ces mesures ne réussirent pas à
contenir effectivement la compétition pour l'appropriation de la ressource. Les
pêcheurs avaient toujours tendance à augmenter la puissance de pêche de leurs bateaux
en jouant sur les caractéristiques non limitées de ces derniers (par ex., Meuriot et al.
1987, pour la flottille de chalutiers de Méditerranée française). La divergence entre la
motivation individuelle et l'intérêt général demeurait.
Alors que les modèles d'évaluation avaient permis de comprendre, de quantifier
et de prévoir, jusque là de façon tout à fait satisfaisante, l'évolution des stocks et des
captures, les effondrements qui survinrent dans les années 70 ne furent pas prévus,
même si leur éventualité avait été crainte. Ils ne furent pas mieux expliqués a posteriori.
Ils mettaient en jeu d'autres mécanismes et d'autres processus que ceux qu'expliquait
jusque là avec tant de bonheur la "théorie de la pêche". Les explications avancées avec la
théorie de la surpêche par réduction du recrutement (Cushing 1971) étaient
insuffisantes sur le plan opérationnel, comme elles l'apparurent rapidement sur le plan
conceptuel. On réalisa progressivement que l'importance de l'effet de la variabilité des
écosystèmes naturels sur la productivité des stocks exploités avait été jusque-là minorée
et mal interprétée (par ex. Garcia 1983). Les théories et les modèles disponibles ne
permettaient pas de déterminer quelle devait être la taille en dessous de laquelle les
stocks de reproducteurs ne devaient pas descendre si l'on voulait minimiser le risque
d'effondrement. La carence des concepts et des méthodes devint patente lorsque l'on
réalisa, avec retard, que les stocks ne se reconstituaient pas nécessairement lorsque leur
pêche était arrêtée et, observation plus troublante, lorsque les conditions
d'environnement ne présentaient plus d'"anomalies" évidentes. La théorie n'expliquait
pas mieux pourquoi certains stocks se reconstituaient.
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