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J.-P. Troadec
régulation du maillage et, accessoirement, des zones et des saisons de défens. Mais leur
adoption, dans les pêcheries internationales comme nationales, et plus encore leur
application, se révélèrent extrêmement lentes. Ainsi, les travaux de Heincke (1913)
démontrant l'effet néfaste des captures de petites plies sur la production totale du stock
ne furent suivis que 40 ans plus tard par l'adoption des premières régulations sur le
maillage dans l'Atlantique nord-oriental, puis nord-occidental. Entre temps, l'état du
stock de plie de la mer du Nord -et de bien d'autres espèces-, qui était surpêché depuis
la fin du siècle dernier, avait eu le temps de s'aggraver et de s'améliorer deux fois, sous
Keffet d'événements fortuits : les deux guerres mondiales. Trois quarts de siècle plus
tard, l'application des réglementations sur le maillage n'est toujours pas résolue dans les
pêcheries sur l'observation même desquelles la "théorie de la pêche" avait été bâtie. Ces
lenteurs reflétaient l'existence de facteurs négligés dans les pratiques courantes de
l'aménagement de la pêche. Ces atermoiements tiennent au fait que la régulation du
maillage n'est distributive qu'en apparence. Dans une région donnée, les diverses
flottilles, qui exploitent les différents stocks auxquels elles ont accès, ne jouissent pas
des mêmes facultés pour modifier leurs schémas d'exploitation. De ce fait, elles ne sont
pas affectées également par les coûts immédiats et les gains à long terme de mesures à
première vue uniformes. En régime de compétition pour la ressource, l'acceptation de
telles mesures par les différentes familles de pêcheurs ne peut être considérée comme
acquise a priori .
La "théorie de la pêche" démontrait parallèlement la nécessité de contrôler
simultanément l'effort pour une "gestion rationnelle" des stocks. A l'issue de la Seconde
Guerre mondiale, la réduction considérable des flottilles de pêche et la reconstitution
simultanée des stocks dans l'Atlantique nord offraient des conditions à première vue
exceptionnelles pour limiter les armements. Une telle mesure fut bien proposée, en
1946, à la Conférence de Londres sur la surpêche. Elle n'en fut pas moins repoussée,
comme le furent toujours par la suite les propositions similaires, tant que prévalut dans
les pêcheries internationales le régime de libre accès aux ressources.
Le taux d'exploitation continuant de croître, la question de la limitation de la
pêche ne put plus être différée lorsque les captures totales d'un nombre grandissant de
stocks d'importance économique majeure commencèrent à plafonner ou à décliner. A
de rares exceptions près, les propositions de limiter les capacités de capture furent, à
chaque tentative, repoussées au sein des commissions halieutiques. Les pays les plus
compétitifs n'étaient pas enclins à renoncer à l'avantage que leur conférait une efficacité
supérieure. Les derniers arrivés, dont la part était encore modeste, n'avaient pas intérêt
à accepter le gel des avantages acquis. Les pays riverains et les pays en développement
faisaient valoir qu'ils avaient des droits particuliers. De façon plus générale, un grand
nombre de pays ne participaient pas encore aux pêcheries internationales : ils restaient
des candidats potentiels au partage de ressources déjà pleinement exploitées.
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