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R. Billard
organique sous forme de fèces. Cette dernière question a fait l'objet de débats à
l'occasion de projets d'introduction d'une espèce herbivore, comme Ctenopharyngodon
idella, dans le but de se défaire des macrophytes ; ces derniers se retrouveraient en
grande partie rejetés dans le milieu par l'intermédiaire des fèces ; cette réintroduction
rapide dans le réseau trophique accélérerait le processus d'eutrophisation. Pourtant, de
tels phénomènes n'ont été que très rarement observés. Chapman et al. (1987)
expliquent cette contradiction par le fait que le phosphore rejeté dans les fèces se
retrouverait sous une forme insoluble et ne pourrait être repris, au moins
immédiatement, dans le réseau trophique.
5.3 Perspectives de biomanipulation
La comparaison des types d'intervention sur les peuplements, sur l'habitat et le
milieu physique, comme sur l'écosystème dans son ensemble, a montré que les
possibilités variaient en fonction inverse de la taille des systèmes. En même temps, les
mêmes possibilités progressent vers des systèmes plus grands, à mesure que les
connaissances et les techniques avancent.
La biomanipulation des écosystèmes piscicoles de lacs et de réservoirs va
consister autant à réguler la biomasse et la composition spécifique des peuplements de
poisson, qu'à maîtriser les apports de nutrients et leur consommation. Il s'agit de ne pas
exploiter trop intensément les espèces ichthyophages et/ou de pêcher convenablement
les espèces zooplanctonophages, de façon à maintenir une biomasse zooplantonique
suffisante pour assurer une bonne consommation de la production primaire.
Si l'on s'en tient au seul but de limiter la croissance algale, il faudra augmenter
les populations de piscivores. Cela aboutit à une oligotrophie qui réduit la productivité
du plan d'eau, mais restaure sa qualité. C'est l'objectif courant dans les pays riches. Ce
n'est pas la priorité privilégiée dans les pays où l'on se préoccupe d'accroître la
production protéïque totale des plans d'eau pour la consommation humaine. On
favorise alors les peuplements qui valorisent pleinement les nutrients, en particulier
l'azote et le phosphore, qu'ils s'y trouvent naturellement ou qu'ils y soient apportés
involontairement, voire volontairement. De telles stratégies de peuplement sont
d'ailleurs applicables dans les pays riches où l'on commence à percevoir le poisson
comme améliorateur biologique.
Une tendance se fait jour actuellement qui consiste à modifier radicalement la
chaîne classiquement rencontrée en milieux naturels par l'introduction d'espèces de
poisson consommant directement le phytoplancton et épargnant le macrozooplancton.
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