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R. Billard
professionnels, suscitent de fortes compétitions, en mer comme en rivière (Thibault et
Billard 1987). L'un des arguments avancés par les pêcheurs plaisanciers pour justifier
qu'une priorité soit donnée à la pêche en rivière est la prise en compte de son impact
économique au niveau de l'activité touristique qu'elle suscite, notamment en régions
déshéritées (cf. § 4.5). Pour être valable, cette comparaison devrait porter sur la valeur
économique et sociale des activités induites, au-delà de la seule capture, dans les deux
types de pêche (Rothschild et al. 1977). De façon plus générale, l'analyse de ces
compétitions doit tenir compte des interactions biologiques et techniques (chapitres 2 et
3) ; elle nécessite aussi que des indicateurs économiques comparables et sommables
soient définis, la production totale du stock ne fournissant pas nécessairement une
mesure pertinente pour juger de l'intérêt suscité par la pêche récréative : beauté des
sites, prises trophées par leur taille, espèces rares,..., (Harris and Bergersen 1985).
L'esturgeon fait l'objet d'une politique active de repeuplement en juvéniles dans
la mer Caspienne, la mer Noire et la mer d'Aral ; il est péché en mer, mais aussi en
rivières comme dans le Danube, en Roumanie et en Yougoslavie. La gestion des stocks
d'esturgeon est complexe, car la première maturité sexuelle est tardive : elle intervient à
plus de 10 ans d'âge pour les femelles de certaines espèces, ce qui nécessite de ménager
les captures et de gérer l'état d'un grand nombre de cohortes, sachant, d'autre part,
qu'une grande partie des oeufs, prélevée pour la fabrication du caviar, ne contribuera
pas au recrutement.
Plusieurs espèces font l'objet de repeuplements dans les lacs et réservoirs
(pâturage lacustre). Il s'agit d'espèces migratrices entre lacs et tributaires : c'est le cas
de la truite de lac, ou d'espèces strictement lacustres, comme l'omble-chevalier
(Salvelinus alpinus) ou les corégones (Coregonus sp.) (Champigneulle 1985). De
nouvelles espèces, comme le saumon Onchorhynchus, ont été ainsi acclimatées dans les
Grands Lacs nord-américains pour valoriser une niche écologique abandonnée par la
truite de lac, suite à la pénétration des lamproies marines, consécutive à la construction
d'écluses destinées à permettre la navigation entre les lacs et la mer. Il s'en est suivi un
rééquilibrage remarquable de la communauté piscicole : la prolifération des poissons
blancs (gasparau), qui a résulté de la disparition de ces truites, et de la pollution, a été
limité par l'implantation de nouvelles espèces prédatrices ; celles-ci font l'objet d'une
exploitation halieutique. En Europe centrale, on introduit dans les réservoirs d'eau
potable des poissons piscivores (brochet, sandre, aspe) pour réduire l'excès de poissons
blancs : on contrôle ainsi l'eutrophisation qui se produit lorsque la prédation exercée
par ces derniers devient trop forte ; les populations zooplantoniques, alors trop réduites,
ne suffisent plus pour consommer la production algale (Vostradovski, coram, pers.).
Le lâcher d'oeufs et de juvéniles est également largement pratiqué en rivières
pour contrebalancer la pression de la pêche à la ligne. Des repeuplements, dits
surdensitaires, sont aussi effectués dans le cadre d'entreprises commerciales à finalité
récréative (technique du "put and take"), dont le principe consiste à relâcher dans des
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