espaces réduits des individus ayant déjà atteint la taille légale, pour les faire capturer
immédiatement après par des pêcheurs amateurs (Cuinat 1971). Les espèces
proviennent d'élevages intensifs (truite arc-en-ciel) ou d'étangs de pisciculture (gardon,
tanche, carpe). Dans ce type d'exploitation artificielle, la gestion des populations et des
écosystèmes est évidemment réduite à sa plus simple expression.
La technique généralement adoptée dans ces formes de forçage de recrutement
consiste à prélever des gamètes sur des géniteurs, si possible de souches locales de
façon à conserver le potentiel génétique des populations, puis à pratiquer la
reproduction artificielle et l'incubation en écloseries. Dans le schéma le plus court, les
oeufs sont directement déversés dans le milieu. Les oeufs de salmonidés sont immergés
in sitii sur des graviers de ruisseaux ou de rivières, à l'intérieur de boîtes perforées
(boîtes Vibert) d'où les alevins s'échappent après leur éclosion. Les oeufs ou larves de
corégone sont quelquefois placés dans des cages directement immergées dans les lacs, à
plusieurs mètres de profondeur, de façon à éviter le développement excessif d'algues sur
les filets. Comme le zooplancton dont se nourrissent les larves est rare, il est attiré par
des lampes placées à l'intérieur même des cages. Lorsque les juvéniles ont atteint une
taille suffisante, ils sont libérés par ouverture des cages. Parfois les cages, faites de filets
à larges mailles pour y laisser pénétrer le plancton, sont laissées en surface : les larves,
retenues par simple phototaxie, ne s'échappent pas (Mamcarz and Nowak 1987). Cette
méthode, largement pratiquée en Pologne, a permis la reconstitution de stocks et un
renouveau de la pêche dans les lacs de Mazurie. Une technique analogue est pratiquée
dans les lacs chinois où les larves sont introduites dans des enclos pour y être élevées et
alimentées pendant quelques semaines à l'abri des prédateurs, avant d'être lâchées dans
le lac même qu'elles vont repeupler. L'élevage des juvéniles en conditions contrôlées en
écloseries peut se prolonger pendant plusieurs semaines (brochet), plusieurs mois, voire
une année ou plus (saumon atlantique).
La réussite du forçage du recrutement par lâcher de juvéniles va dépendre de
nombreux facteurs et, en particulier, de ceux liés à l'écosystème à repeupler : habitat,
prédateurs, nourriture disponible, conditions hydrologiques et climatiques, etc.
(chapitre 8). Une bonne connaissance de l'écosysyème et des phénomènes qui
déterminent le succès du recrutement est un préalable à la réussite d'une opération de
repeuplement qui devra être précédée d'une "diagnose écologique". La méthode est
bien établie pour les rivières (Cuinat 1971), mais reste encore approximative dans le cas
des lacs (Champigneulle 1985).
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