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J.-P. Troadec
sont rares, la main d'oeuvre abondante. La demande intérieure est fréquemment
restreinte par la solvabilité moindre des consommateurs. Le faible développement des
réseaux de transport et de la chaîne de froid peut freiner l'expansion des marchés
intérieurs. Un manque d'expérience dans la gestion des entreprises et des capacités
initialement moindres des administrations et des organismes de recherche peuvent
entraîner d'autres contraintes. Enfin, beaucoup de pays eurent à se lancer dans
l'exploitation de stocks déjà fortement réduits par la pêche hauturière étrangère. Ainsi,
la Mauritanie, qui doit écouler l'essentiel de sa production à l'exportation, ne peut
répercuter sur les cours mondiaux le surcoût entraîné par la réduction antérieure de ses
ressources et les handicaps de son sous-développement technique et économique actuel
(Doucet et al. 1981).
Dans ces pays, la pêche artisanale pâtit initialement du même désintérêt que
celui signalé pour les pays industrialisés. Son poids économique et social est pourtant
considérable : dans le monde, l'effectif des pêcheurs artisans serait de vingt fois
supérieur à celui des marins employés dans la pêche industrielle ; sa production, de 24
millions de tonnes, est destinée pratiquement en totalité à la consommation humaine, le
plus souvent locale ; les richesses créées retombent en quasi-totalité dans les économies
nationales (Thomson 1980). Indéniables dans le contexte du sous-développement : coûts
inférieurs en capitaux et en énergie, plus forte utilisation de main d'oeuvre,
redistribution des richesses au profit de couches défavorisées des populations, ..., les
atouts de la pêche artisanale passèrent d'abord inaperçus. Les aides par tonne
débarquée dont elles bénéficiaient étaient souvent de plusieurs fois inférieures à celles
accordées à la branche industrielle (par ex., Jarrold and Everett 1981 pour le Sénégal).
De façon générale, les administrations et les agences de développement voyaient
la pêche comme une industrie d'extraction, dont la progression serait indépendante du
taux de renouvellement de la ressource et ne résulterait que de l'accroissement des
moyens de production, ou comme l'exploitation d'une ressource dont la productivité
naturelle pourrait être, à l'image de ressources agricoles ou forestières, repoussée par la
technique. Cette vision les conduisit à donner la priorité à la mécanisation, aux
innovations techniques et aux aides à l'investissement. Elles accordaient moins
d'attention aux contraintes exogènes imposées par la nature finie des ressources, la
demande, le marché, les compétitions entre flottilles pour les mêmes ressources et les
conditions générales du sous-développement. Elles étaient pourtant les seules, à la
différence des entreprises et des communautés de pêcheurs artisans, à pouvoir
intervenir sur ces facteurs. Ces conditions faisaient rarement l'objet d'analyses chiffrées,
à partir desquelles des politiques objectives eussent pu être élaborées. Les déconvenues
furent monnaie courante.
Même dans leur soutien direct à la production, les actions publiques se
révélèrent fréquemment peu efficaces. Sur la côte d'Afrique, par exemple, les initiatives
privées, nationales ou étrangères, obtinrent globalement de meilleurs résultats que les
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