8 - Repeuplement et pacage marin des salmonidés migrateurs
5
La migration marine est considérée comme une réponse biologique
fondamentale à des conditions défavorables (Taylor and Taylor 1977). Elle résulte de
processus continuels visant à maximiser le confort et la croissance des animaux
(Balchen 1979). Elle est le fait d'adaptations progressives aux modifications de
l'environnement biotique et physique de l'espèce. La migration prend des formes
diverses, selon les espèces et leurs populations. Elle met en jeu des mécanismes de
navigation précis (voir les synthèses de Harden Jones 1968, Me Leave et al. 1984 et Me
Kleown 1984). Ceux-ci portent sur l'orientation céleste au cours de la migration de
dévalaison (Brannon 1984), l'utilisation des courants océaniques (Neave 1964, Isaksson
1980), l'orientation par rapport au champ magnétique terrestre (Quinn 1984a) ou à la
direction principale de la houle (Cook 1984). Si le processus de migration vers les zones
d'engraissement est principalement inné, la migration de retour met en jeu un certain
apprentissage, acquis pendant les stades jeunes (Brannon 1984).
Toutes les espèces de saumon se caractérisent ainsi par leur capacité à revenir à
leur rivière d'origine. Ce comportement de retour ou "homing", commun à la plupart
des populations marines (Sinclair 1988), est remarquablement précis chez les saumons.
Il leur permet, dans certains cas, de retrouver leur secteur de rivière ou l'affluent
originel. Les diverses espèces présentent cependant des différences dans la précision du
retour (Quinn 1984b). Le saumon "pink" du Pacifique est celui qui présente le plus fort
taux d'errance ou de divagation (Me Neil 1980). Pour Bakshtansky (1980), ce serait là le
reflet de la stratégie démographique particulière de l'espèce. Celle-ci se reproduit
immuablement à deux ans. C'est elle qui séjourne en eaux douces le moins longtemps.
Chaque secteur de reproduction est donc utilisé alternativement par deux populations
indépendantes. L'espèce compense la vulnérabilité dans le temps qui en résulte, par une
meilleure utilisation de l'espace, qui se traduit par la production d'un nombre élevé
d'alevins, de larges zones d'engraissement en mer, et une moindre précision du retour.
La mémorisation des caractéristiques du site de production initiale s'acquiert en
eau douce, surtout durant la migration vers la mer ; elle met en jeu une mémorisation
olfactive de l'eau permettant aux individus de retrouver, plusieurs années plus tard, des
odeurs connues. Celles-ci peuvent provenir de phéromones, substances métaboliques
émises par les juvéniles ou les adultes de la même espèce (Fisknes and Doving 1982), de
la présence de molécules du mucus cutané ou de sels biliaires (Hara et al. 1984), voire
de molécules chimiques, comme la morpholine, qui peuvent être utilisées à l'époque de
la smoltification pour conditionner artificiellement les animaux (Hasler et al. 1978).
Cependant, la mémorisation du site de reproduction comprend aussi une composante
héréditaire, mise en évidence chez le saumon "chinook" de la Columbia (Mc Isaac and
Quinn 1988). La stratégie du pacage marin repose sur l'utilisation de ce comportement
de "homing", sa composante acquise permettant d'envisager également, des
transplantations à d'autres systèmes hydrographiques.
265
Précédent

- 264/821

Suivant