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Y. Harache et P. Promet
2.2. Caractères particuliers des espèces et des populations
Les espèces présentent des différences de préférendum thermique (Brett 1952),
expliquant leur ségrégation géographique. Les temps de séjour en rivière et en mer
varient selon les espèces et leurs populations. Les saumon "pink" {Oncorhynchus
gorbuscha) et "chum" (O. keta) séjournent le moins longtemps en eau douce (quelques
jours à quelques semaines). Cela pourrait représenter un avantage adaptatif dans
l'utilisation de la production océanique, puisque ces espèces fournissent plus des troisquarts de la production mondiale de saumons (on retrouve ici la notion de facteur
limitant de la productivité du milieu dulçaquicole). Les saumons "chinook" (O.
tschawytscha) et "coho" (O. kisutch) présentent des caractéristiques intermédiaires, avec
un séjour en eau douce pouvant aller de quelques mois à une ou, exceptionnellement,
deux ou trois années. Les saumons atlantique (Salmo salar) (tabl. 8.1) et "sockeye" (O.
nerka) séjournent le plus longtemps en eau douce (de 1 an pour les populations les plus
méridionales, à 4 ans pour celles au nord de l'aire de répartition) ; ces espèces sont
celles qui développent le plus facilement des populations sédentaires dans des systèmes
continentaux enclavés, tel le "ouananiche" du Québec ou le "kokanee" de Colombie
britannique. Hoar (1976) a tenté de classifier ces espèces selon leur degré d'anadromie,
et Thorpe (1984) discute les tendances évolutives du groupe des salmonidés sur la base
de l'importance et de la précocité de leur phase marine. Ce dernier émet l'hypothèse
d'une évolution du groupe à partir d'un ancêtre marin commun, la spécialisation des
phases jeunes ne représentant qu'une adaptation à un habitat d'eau douce.
L'ampleur de la migration marine est très variable selon les espèces et les
populations considérées. Elle petit varier de quelques incursions brèves et accidentelles
en mer pour les espèces non franchement migratrices comme les truites, à un périple
marin de plusieurs milliers de kilomètres. Celui-ci peut se dérouler dans la zone côtière
(certaines espèces de saumons du Pacifique), ou impliquer de longues migrations transocéaniques (saumons atlantique, "pink", "chum" et "sockeye").
L'âge de reproduction varie selon les espèces, d'un cycle pratiquement immuable
de deux ans pour le saumon "pink" du Pacifique, à des maturations répétées atteintes
pour la première fois, dès la première année pour certaines espèces, ou seulement au
bout de 4 ou 5 ans pour d'autres. Tous les saumons du Pacifique meurent après la
ponte, alors que les représentants du genre Salmo (saumon atlantique et truites)
peuvent se reproduire plusieurs fois. Ces caractéristiques sont d'une grande importance
pour le pacage marin, où la valeur unitaire du poisson dépend de sa taille. C'est ainsi
que l'on observe chez certaines populations migratrices de truite commune (Salmo
tnitta) et "arc en ciel" ((Salmo gairdneri), une proportion importante de poissons
revenant frayer après un court séjour en mer (groupe d'âge 0+ ou 1 + ). Certaines
espèces reviennent en rivière tout au long de l'année - c'est le cas du saumon atlantique
- alors que les espèces de saumons du Pacifique présentent généralement des
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