S - Repeuplement et pacage marin des salmonidés migrateurs
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Cette démarche, faisant appel à l'aquaculture, implique une protection lors des
phases critiques que sont la reproduction et le premier développement des alevins.
L'élevage en milieu confiné et protégé (écloserie) permet de soustraire les
juvéniles aux contraintes liées à la limitation de la capacité biogénique du milieu
dulçaquicole. La phase eau douce en milieu naturel est ainsi court-circuitée. Seul
subsiste un surpeuplement transitoire dans les zones de lâcher, juste avant le départ
vers les zones marines d'engraissement où les contraintes trophiques sont moins
limitantes (chapitre 7). Cette technique permet de s'affranchir des limites et des
variations naturelles de la productivité des eaux douces, de pallier une dégradation du
milieu (baisse de productivité, inaccessibilité des frayères,...), d'envisager de dépasser la
productivité naturelle d'un système hydrographique donné, voire d'induire une
population totalement nouvelle exploitant l'abondance des ressources nutritives de
l'océan (Joyner 1976). Parce qu'elle repose sur une alimentation naturelle et gratuite,
on la qualifie d'aquaculture de production.
Le succès des techniques de production de juvéniles en captivité a conduit, depuis
une vingtaine d'années, à étendre la période d'élevage jusqu'à l'obtention de saumons
de taille commercialisable. Dans ce cas, la protection est étendue à toute la phase de vie
marine (cages flottantes ou bassins à terre) et l'alimentation doit être intégralement
fournie par l'éleveur. Il s'agit alors d'une aquaculture de transformation. Cette pratique
permet de s'affranchir des variations de production liées aux contraintes alimentaires et
aux fluctuations du milieu marin (Chadwick 1987). L'intervention humaine croissante se
solde cependant par un rendement énergétique (valeur énergétique du produit
final/coût énergétique de production) de moins en moins favorable, le pacage marin
ayant un rendement double de celui de l'aquaculture intensive (Mattews et al. 1976) : la
quantité de nourriture nécessaire pour produire un smolt ne représente en moyenne
que 1% des besoins nutritionnels totaux requis pour atteindre le stade adulte (Thorpe
1980).
En tant que technique de forçage d'une ressource sauvage, le pacage peut être
assimilé à une action de repeuplement. Elle s'en distingue cependant, car la notion de
restauration du milieu de production initial (eau douce) devient secondaire, puisque
toute la phase de production des juvéniles se fait en milieu contrôlé. On s'affranchit
ainsi de la production naturelle et l'on peut induire artificiellement un surpeuplement.
Dans le cas particulier des salmonidés, dont la taille de première capture est fixée par
leur écologie, un apport constant de juvéniles rend inutile la gestion du stock, à la
différence d'une action de repeuplement où l'apport de juvéniles est transitoire, cessant
dès lors que l'on juge la population initiale restaurée (chapitre 9, Prouzet et Davaine
1982).
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