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Y. H ara che et P. Promet
1. Introduction
Le recrutement des populations d'organismes marins dépend de l'abondance des
reproducteurs, mais aussi de l'environnement qui peut induire une forte variabilité dans
le succès des cohortes successives (chapitres 4, 5, 6 et 9). Parmi les divers stocks
halieutiques, les salmonidés migrateurs sont, de par leur écologie, extrêmement
vulnérables, aussi bien à la dégradation du milieu où vivent les jeunes (rivières), qu'à la
surexploitation facilitée par la concentration saisonnière et géographique des adultes.
Les populations de saumons ont ainsi connu, très tôt, dans plusieurs régions du globe,
une diminution sensible, voire une extinction dans de nombreux bassins fluviaux. La
maîtrise, dès le XIXème siècle, des techniques de reproduction des salmonidés a vite
conduit à l'idée que le déversement dans le milieu naturel, d'individus produits
artificiellement, permettrait de soutenir les stocks et même de les accroître.
Ce concept a été appliqué aux populations de salmonidés migrateurs, en utilisant
d'abord des oeufs fécondés, puis des alevins en fin de résorption vitelline, enfin des
alevins ou des juvéniles nourris pendant quelques temps en écloserie. Les rendements
de ces essais empiriques sont longtemps restés méconnus : dans la plupart des cas, il
s'est avéré impossible d'établir une quelconque relation entre l'effectif des lâchers et
l'abondance des stocks à leur retour dans une rivière donnée. Ce n'est que récemment,
avec l'amélioration des connaissances sur la biologie, la nutrition, la pathologie, ainsi
que sur l'écologie des populations, qu'il a été possible, en suivant une démarche
scientifique, d'établir le bien-fondé du concept. Ainsi, au début des années 60, l'impact
de lâchers de smolts aptes à la vie marine sur la population adulte d'une rivière donnée
fut démontrée simultanément, en Suède sur le saumon atlantique (Carlin 1969), et aux
Etats-Unis sur les espèces du Pacifique. Rapidement, l'intérêt économique de telles
pratiques d'aménagement fut mis en évidence (Wahle et al. 1974, 1978 et Wahle 1981).
Sur ces bases, de nombreux et ambitieux programmes de soutien des populations
ont été lancés dans divers pays. Leur succès technique et économique a naturellement
conduit au concept de "sea ranching", qu'on peut traduire par pâturage ou pacage
marin. La stratégie sous-jacente consiste à s'affranchir artificiellement des limites
imposées au recrutement et à l'abondance des populations par la faible disponibilité des
frayères et des nourriceries naturelles, pour tirer profit du remarquable potentiel de
grossissement des saumons dans le milieu marin et océanique : plus de 95% de
l'augmentation de poids des individus intervient en effet pendant la phase marine. On
définit ainsi le pacage marin comme: "une pratique aquacole consistant à lâcher dans le
milieu naturel des juvéniles d'élevage d'espèces migratrices utilisant, pour leur
grossissement, les ressources naturelles de la mer. Fidèles à des itinéraires et à des sites
de reproduction, ils sont capturés lors de leur retour, suivant des moyens et dans des
conditions à définir" (Anon. 1983).
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