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M. Héral, C. Bâcher et J.M. Deslous-Paoli
Divers auteurs ont étudié l'influence de la variabilité climatique sur les
populations de poissons, mais rares sont les travaux consacrés aux mollusques. Dow
(1972) a mis en évidence une relation négative entre la production de mye (Mya
arenaria) dans l'état du Maine (E.U.), et la moyenne annuelle de la température de
l'eau au moment du recrutement, cinq ans auparavant. Le même auteur (1981) a
montré que les captures de coquilles (Placopecten magellanicus) dans la pêcherie du
Maine dépendaient directement des températures annuelles les plus basses. En 1983,
Dow a constaté que la production des stocks naturels d'huître de Virginie (Crassostrea
virgi/iica) est fortement corrélée, positivement, avec les températures au moment du
recrutement, alors que les récoltes de moule (Mytilus edulis) sont liées aux périodes
froides. Parallèlement, Ulanowicz et al. (1982) ont construit un modèle de variation
d'abondance du stock de mye dans le Maryland, basé sur une régression multiple
intégrant les écarts cumulés de la température de l'eau l'année n-1 et les écarts cumulés
de la salinité l'année n-2. Le chapitre 9 présente une analyse fine des effets de
l'environnement sur le recrutement des stocks bretons de coquille Saint-Jacques (Pecten
maximus). Tous ces travaux portent sur des stocks sauvages de bivalves, dont la
production dépend du recrutement et du régime d'exploitation. Il n'est pas évident que
le captage du naissain des stocks cultivés reste aussi sensible aux facteurs climatiques.
Dans le bassin de Marennes-Oléron, les pêches hebdomadaires de larves
d'huîtres planctoniques, effectuées depuis 60 ans, ainsi que les estimations de
l'abondance du captage d'huître portugaise, puis japonaise, ont permis de reconstituer
une série historique, commençant en 1925, date des premières opérations de captage
sur collecteurs (Héral et al. 1986b). Contrairement au bassin d'Arcachon, le bassin de
Marennes-Oléron est resté peu perturbé par le développement d'activités humaines
autres que l'ostréiculture. Ceci simplifie l'analyse des relations climat-captage. Pendant
les 45 années d'élevage de l'huître portugaise, seules deux années sans recrutement ont
été observées. Par contre, pour l'huître japonaise, sur treize années de reproduction,
trois (1972, 1981,1988) ont été caractérisées par un captage très faible, voire nul. Il faut
préciser que, si l'huître portugaise pondait chaque année à deux ou trois périodes
successives, l'huître japonaise n'a qu'une seule ponte dans le bassin de MarennesOléron. Ceci pourrait être à l'origine d'une probabilité inférieure de captage satisfaisant
pour cette dernière espèce. Par ailleurs, les besoins thermiques de la gamétogenèse
sont, chez l'huître portugaise, moindres que chez l'huître japonaise. Dans le bassin de
Marennes-Oléron, cette dernière est à la limite nord de son aire de reproduction. Le
captage au nord de la Charente-Maritime n'est possible que lors d'étés particulièrement
chauds. L'analyse des années de non recrutement révèle, pour les deux espèces, un
déficit thermique notable par rapport à la moyenne sur la période considérée, soit en
début de gamétogenèse (1972, 1981), soit en fin de maturation sexuelle (1934, 1935).
Enfin, les températures estivales particulièrement basses au cours des années 1934, 1935
et 1981,1988 ont pu nuire directement ou indirectement à la survie des larves.
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