5 - L'océan et la variabilité des populations marines
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Divers processus physiques interviennent dans la distribution temporelle et
spatiale des populations planctoniques (Owen 1980, Wolf and Woods 1988). Le
comportement grégaire qui se manifeste par la formation active et la persistence
d'essaims est insuffisant, chez les organismes mauvais nageurs, pour contrebalancer la
dispersion turbulente. Ainsi, Lasker (1978) a montré que la turbulence causée par le
mauvais temps disloquait les strates fines d'organismes dont les jeunes larves d'anchois
dépendent pour se nourrir.
Sur un plan temporel, la distribution contagieuse se manifeste par des poussées
intermittentes d'abondance. Le synchronisme et la localisation de la ponte se traduisent
par de fortes concentrations de géniteurs. L'arrivée sur un habitat récifal de juvéniles
pélagiques prêts à passer à un mode de vie demersal peut se faire par vagues (chapitre
9). Ce sont là des exemples d'intermittence à petite échelle qui permet à une population
de prédateurs de bénéficier à un moment déterminé d'une surabondance de proies, et
aux organismes "compétents" de traverser indemmes une phase critique de
l'ontogenèse.
Les périodicités supérieures de l'intermittence dans l'abondance des proies
devraient poser des problèmes de survie plus sérieux à une population de prédateurs.
Les proies sont de taille inférieure à celle de leurs prédateurs ; leurs générations sont
donc plus courtes. Une population de prédateurs rencontrera des difficultés évidentes
pour synchroniser son développement avec ceux de ses proies. Des relais, augmentant
l'incertitude, seront nécessaires. Ainsi, une population de prédateurs, qui dépend d'une
population de proies dont la biomasse varie dans le temps, sera limitée à la biomasse
correspondant à sa survie sur les phases les moins denses des cycles de développement
de ses proies. Compte tenu des incertitudes affectant les coïncidences, elle sera soumise
à des alternances d'expansion et d'effondrement. Aussi, bien que, dans une pyramide
trophique en état d'équilibre, on s'attende logiquement à ce que la biomasse d'un
niveau trophique se maintienne constante à des valeurs basses du fait de la prédation
exercée par le niveau immédiatement supérieur, l'intermittence temporelle permet aux
populations occupant un niveau trophique inférieur d'atteindre, par à-coups, des
biomasses très élevées et des abondances moyennes nettement supérieures à celles
auxquelles conduirait un fonctionnement de l'écosystème à l'équilibre. C'est pourquoi le
"maillon faible", correspondant à la phase de l'ontogenèse la plus vulnérable aux
caprices du système physique de l'océan, peut en fait ouvrir des "espaces" dans la
pyramide trophique et favoriser l'apparition de fortes biomasses.
La survie des stades précoces de poissons peut dépendre beaucoup des schémas
de distribution de la nourriture des larves. L'hypothèse émise par Lasker (1981, chapitre
6) de "stabilité de l'océan", qui a récemment soulevé tant d'intérêt au sein de la
communauté scientifique, repose sur la distribution temporelle des turbulences créées
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