De façon analogue, le spectre des échelles temporelles est très large. Lasker
(1978) avance que des orages atmosphériques de quelques heures (~10"
3 an) peuvent,
en dispersant les concentrations de petites dimensions de particules nutritives,
nécessaires à la bonne alimentation des larves d'anchois récemment écloses, entraîner
un échec du recrutement. Des anomalies dans la structure des courants océaniques, ou
des conditions inhabituelles dans les dérives superficielles dues au vent, s'étalant sur
quelques semaines (-10" an), peuvent bouleverser les trajets normaux de dérive
larvaire (Cushing 1982) ou transporter les oeufs et les larves au large, loin de leur
habitat côtier préféré (Parrish et al. 1981). Dans l'hypothèse de "coïncidence" qu'il a
avancée pour expliquer le déterminisme du recrutement larvaire, Cushing (1975) fait
intervenir des échelles temporelles du même ordre, lorsqu'il considère le
développement saisonnier de l'abondance des organismes convenant à l'alimentation
des larves.
Une auto-corrélation interannuelle (-10 an) apparaît manifestement dans
plusieurs séries chronologiques du recrutement. Bakun (1986a) cite l'exemple des
populations de poissons pélagiques inféodées au courant californien dont le
recrutement passe par des phases alternativement bonnes et mauvaises, de plusieurs
années, sans lien avec les biomasses de leurs reproducteurs respectifs. Koslow et al.
(1987) constatent qu'il existe apparemment des périodes de dix à vingt ans dans le
recrutement de la morue et de l'églefin de l'Atlantique nord-ouest. Cet intervalle de
fréquence interannuelle correspond à celui des ondes baroclines de Rossby qui peuvent
modifier de façon sensible les schémas de circulation océanique (Mysak et al. 1982). Le
phénomène d'El Nifio et d'autres anomalies climatiques de courte durée correspondent
également à cette bande de fréquence. On doit, toutefois, observer que les
conséquences biologiques ne se manifesteront nécessairement pas sur la même période
de variation que les mécanismes physiques qui les déclenchent. Des événements
physiques de courte période peuvent se repercuter à des échelles temporelles
supérieures, par l'induction de phénomènes intermédiaires, dans la structure - y
compris génétique - des populations (cf. § 3.3, chapitre 4).
L'échelle temporelle correspondant à l'époque interglaciaire (~10
4 an) pourrait
également être pertinente dans les recherches sur le recrutement. Depuis la dernière
période glaciaire, les conditions et les processus qui conditionnent l'habitat des
populations exploitées semblent, dans plusieurs cas, avoir connu des bouleversements
quasi complets (Ruddiman 1985). Cette période n'en demeure pas moins suffisamment
courte pour que les stratégies de reproduction et de survie sélectionnées par les
populations marines puissent présenter, aujourd'hui encore, des retards d'adaptation
aux conditions de l'environnement.
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(1978) avance que des orages atmosphériques de quelques heures (~10"
3 an) peuvent,
en dispersant les concentrations de petites dimensions de particules nutritives,
nécessaires à la bonne alimentation des larves d'anchois récemment écloses, entraîner
un échec du recrutement. Des anomalies dans la structure des courants océaniques, ou
des conditions inhabituelles dans les dérives superficielles dues au vent, s'étalant sur
quelques semaines (-10" an), peuvent bouleverser les trajets normaux de dérive
larvaire (Cushing 1982) ou transporter les oeufs et les larves au large, loin de leur
habitat côtier préféré (Parrish et al. 1981). Dans l'hypothèse de "coïncidence" qu'il a
avancée pour expliquer le déterminisme du recrutement larvaire, Cushing (1975) fait
intervenir des échelles temporelles du même ordre, lorsqu'il considère le
développement saisonnier de l'abondance des organismes convenant à l'alimentation
des larves.
Une auto-corrélation interannuelle (-10 an) apparaît manifestement dans
plusieurs séries chronologiques du recrutement. Bakun (1986a) cite l'exemple des
populations de poissons pélagiques inféodées au courant californien dont le
recrutement passe par des phases alternativement bonnes et mauvaises, de plusieurs
années, sans lien avec les biomasses de leurs reproducteurs respectifs. Koslow et al.
(1987) constatent qu'il existe apparemment des périodes de dix à vingt ans dans le
recrutement de la morue et de l'églefin de l'Atlantique nord-ouest. Cet intervalle de
fréquence interannuelle correspond à celui des ondes baroclines de Rossby qui peuvent
modifier de façon sensible les schémas de circulation océanique (Mysak et al. 1982). Le
phénomène d'El Nifio et d'autres anomalies climatiques de courte durée correspondent
également à cette bande de fréquence. On doit, toutefois, observer que les
conséquences biologiques ne se manifesteront nécessairement pas sur la même période
de variation que les mécanismes physiques qui les déclenchent. Des événements
physiques de courte période peuvent se repercuter à des échelles temporelles
supérieures, par l'induction de phénomènes intermédiaires, dans la structure - y
compris génétique - des populations (cf. § 3.3, chapitre 4).
L'échelle temporelle correspondant à l'époque interglaciaire (~10
4 an) pourrait
également être pertinente dans les recherches sur le recrutement. Depuis la dernière
période glaciaire, les conditions et les processus qui conditionnent l'habitat des
populations exploitées semblent, dans plusieurs cas, avoir connu des bouleversements
quasi complets (Ruddiman 1985). Cette période n'en demeure pas moins suffisamment
courte pour que les stratégies de reproduction et de survie sélectionnées par les
populations marines puissent présenter, aujourd'hui encore, des retards d'adaptation
aux conditions de l'environnement.
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