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N. Daan
La lamproie dans les Grands Lacs et la perche du Nil dans le lac Tanganiyka
illustrent les conséquences sérieuses que peut avoir l'introduction de grands prédateurs
dans un écosystème aquatique. En outre, le dernier exemple montre combien il est
difficile de prévoir les conséquences de telles introductions. En comparaison, les
interactions prédateurs/proies dans les systèmes marins ont des impacts moins
ftiarqués. On a prétendu que la protection des stocks de phoques avait de fortes
répercussions sur la production de poisson (Beddington et al. 1985). Pourtant, la
technologie halieutique moderne s'est montrée capable de tenir tête aux mammifères
marins. Mais, comment les différents stocks de baleines réagiraient-ils à une forte
exploitation et la réduction du stock de krill ? La question reste ouverte.
Le terme de "remplacement", employé dans un sens qualitatif, a été utilisé pour
décrire certains changements à grande échelle survenant dans la composition spécifique
des écosystèmes halieutiques. Toutefois, aucune relation directe, causale et quantitative,
entre le déclin d'une espèce et la multiplication d'une autre, n'est évidente (Daan 1980).
Plus qu'une hypothèse testable, l'idée de remplacement fournit une image d'évolutions
distinctes en réaction à un changement de l'hydroclimat. Lorsque le changement de
productivité d'un stock peut être d'origine authropique, la question qui se pose alors est
de savoir si ce bouleversement pourrait être inversé par des mesures d'aménagement
appropriées (Beddington 1985). Force est de reconnaître que la méconnaissance des
mécanismes en jeu se traduit par une incertitude qui se répercute sur les possibilités
d'action.
2.2. Types de modèles plurispécifiques
Le terme de "plurispécifique", appliqué à l'évaluation et à l'aménagement des
stocks halieutiques, n'est pas clairement défini (fig. 3.2). Il est utilisé chaque fois que
des mécanismes rétroactifs sont susceptibles d'intervenir entre les espèces, de telle sorte
que le résultat net au niveau d'une ressource composite diffère de la somme des effets
escomptables au niveau des espèces qui la constituent. Ces mécanismes sont de nature
différente. Ils font intervenir des interactions biologiques, techniques (chapitre 2) et
socio-économiques. Les interactions biologiques, qui se traduisent par des modifications
de la mortalité, sont particulièrement intéressantes. La mortalité naturelle peut varier
avec la prédation, la famine et la maladie, mais, en général, la prédation semble être le
facteur dominant (Sissenwine 1984), car le manque de nourriture et les maladies se
traduiront nécessairement par une vulnérabilité accrue à la prédation. L'existence de
ces interactions biologiques pourraient rendre l'exploitation d'un stock de prédateurs à
un niveau optimal quelconque, incompatible avec celle d'un stock de proies, à un niveau
correspondant au même objectif d'exploitation (Sparre 1979, Ursin 1982).
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