3 - Relations trophiques et évaluation des ressources plurispécifiques
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secteur néritique et tempéré dont la communauté de poissons est comparable à celle de
la mer du Nord et fait l'objet d'une forte exploitation (Grosslein et al. 1980, Sissenwine
1985).
Dans bien des cas, l'exploitation semble être le facteur finalement responsable
des bouleversements observés dans la structure des communautés halieutiques. Cette
observation s'applique à une grande variété d'écosystèmes, y compris aux populations
de baleines (Allen and Chapman 1978). Les espèces pélagiques côtières sont
particulièrement vulnérables à la surpêche, du fait notamment de leur aggregation en
bancs (Saville 1980). Elles sont aussi sensibles aux fluctuations de l'environnement
(chapitres 4, 5 et 6), notamment dans les grandes régions d'upwelling où, au cours des
siècles, les stocks d'anchois et de sardine sont alternativement passés par une série
d'effondrements et de reconstitutions spectaculaires (Daan 1980, Gulland 1987,
Crawford 1987). L'exploitation a pu contribuer à ces fluctuations en réduisant la durée
de la phase exploitée et, par suite, la capacité de l'espèce à traverser des périodes de
faible recrutement. Cependant, dans la plupart des cas, les changements climatiques ont
joué un rôle déterminant, comme le montre l'impact du phénomène d'"El Nino" sur les
stocks d'anchois du Pérou et de ses prédateurs (Troadec et al. 1980). L'observation des
écailles dans les sédiments anaérobiques de Californie montrent que ces stocks sont
passés par des alternances de forte et de faible abondance, même en l'absence de pêche
significative (Soutar and Isaacs 1974).
Les écosystèmes marins ne sont pas les seuls à manifester des fluctuations
soudaines et de forte amplitude. Des événements dramatiques ont également eu lieu
dans les écosystèmes dulçaquicoles. Dans les Grands Lacs nord-américains, certaines
espèces indigènes (truite de lac et corégone) ont disparu au cours de ce siècle, d'autres
espèces, introduites accidentellement (gasparau) ou volontairement (salmonidés),
venant compenser le déclin de la production globale. Il n'y a pas d'accord sur la
causalité du phénomène, mais Spangler et al. (1987) considèrent que les changements
observés résultent de l'effet combiné d'accidents anthropogèniques, comme la
surexploitation, l'eutrophisation et l'introduction d'espèces allochtones. Parmi ces
dernières, l'acclimatation de la lamproie marine mérite une mention particulière. Après
avoir gagné les Grands Lacs en remontant les canaux de navigation, elle s'est
rapidement acclimatée pour boucler totalement son cycle vital en milieu lacustre.
Comme elle nuit aux espèces de plus grande taille, un programme coûteux de contrôle a
été lancé dans le but de réduire sa population à un niveau acceptable.
La perche du Nil a été introduite dans le lac Tanganyika au cours des années 50.
Elle y a survécu pendant une vingtaine d'années, confinée dans des sites localisés. Puis,
la population a soudainement proliféré, avec des effets désastreux sur la biomasse et la
composition spécifique de la faune indigène des poissons, composée de centaines
d'espèces de cichlidés très bien adaptées (Barel et al. 1985). En revanche, cette
introduction a été économiquement bénéfique pour les pêches locales (chapitre 10).
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