Pollutions diffuses : du bassin versant au littoral
Le phénomène d’anoxie mortelle peut s'étendre alors sur de vastes zones
marines : Baltique (Dethlefsen & von Westernhagen, 1983), New York
Bight (Swanson & Sindermann, 1 979), golfe de Trieste (Stachowitsch,
1984). La complexité de l’environnement marin a cependant freiné
l’élaboration cle modèles écologiques d’eutrophisation côtière, d’où le
petit nombre de ces travaux publiés dans les années c]uatre-vingt :
Fransz & Verhagen (1985), Mommaerts et al. (1984) pour la mer du
Nord, Malmgren-Hansen et al. (1985) dans le Limfjord au Danemark,
Humphries et al. ( 1 984) pour le Peel Inlet (Australie)... Les côtes françaises, globalement peu touchées pour l’instant par les phénomènes
d’eutrophisation massive grâce au brassage intense causé par la marée
en Manche-Atlantique, montrent cependant quelques cas de sites localement très perturbés, certains par des proliférations de macroalgues vertes
(ulves), d’autres par des pullulations phytoplanctoniques. L’étude par
modélisation écologique de ces deux types d’eutrophisation permet de
mieux comprendre la genèse de ces nuisances et de formuler des recommandations pour tenter de les diminuer.
L’eutrophisation côtière à macroalgues
Présentation succincte du phénomène
Phénomène connu de tout temps et sans doute caractéristique de l’écologie « naturelle » de ces végétaux marins, la prolifération printanière
et estivale de certaines macroalgues vertes (ulves, entéromorphes, cladophores) a cependant pris une ampleur alarmante depuis une vingtaine
d’années sur certains sites particuliers. Les zones les plus favorables à
cette prolifération macroalgale sont bien sûr les lagunes semi-fermées
peu profondes et sous éclairement solaire intense : c’est ainsi que la
lagune de Venise a présenté jusqu’à 550000 t d’ulves (poids frais) en
juin 1987 (Sfriso et al., 1989) et que dans le lac cle Tunis se développait, avant les récents aménagements hydrauliques, une biomasse estivale fluctuant entre 13 000 et 44 000 t pour la période 1975-1978
(Kelly & Naguib, 1984). En France, les lagunes méditerranéennes peu
profondes, comme les étangs palavasiens, sont souvent envahies l’été par
des ulves surtout si elles servent d’exutoire à des rejets urbains riches
en ammonium : la lagune du Méjean, enrichie par les rejets de Montpellier, contenait par exemple environ 2 400 t d’ulves en août 1993
(Fillit, 1995). Plus étonnantes sont les proliférations d’algues vertes
parfois très spectaculaires que l’on peut rencontrer sur certaines plages
apparemment largement ouvertes sur la mer et soumises à des marées
significatives. Des « marées vertes » à cladophores réapparaissent ainsi
tous les étés depuis 1976 sur les plages du Kattegat en Suècle (Baden
et al., 1990) alors que ce sont les ulves qui forment de gigantesques
échouages sur les plages des côtes bretonnes (Piriou et al., 1989). Le cas
des « marées vertes » bretonnes est d’autant plus étrange que la classique corrélation observée entre ces proliférations et l’enrichissement
local des eaux par des apports terrigènes de sels azotés (Letts & Richards,
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