Littoral
L’utilisation de modèles écologiques
dans la lutte contre l’eutrophisation
des eaux côtières francaises
Alain Ménesguen
Ifremer/Del, BP 70, 29280 Plouzané
Introduction
L’utilisation intensive des fertilisants en agriculture (engrais minéraux,
lisiers) ainsi que l’accroissement des rejets urbains ont augmenté notablement depuis trente ans les apports terrigènes d’éléments nutritifs au
milieu aquatique. En de nombreux points du globe, cet enrichissement
forcé en nitrate (issu principalement du lessivage des terres agricoles),
en ammonium et en phosphate (très abondants dans les rejets urbains)
a causé un déséquilibre du milieu aquatique, appelé eutrophisation, qui
se manifeste par une production algale pléthorique suivie souvent de chutes
d’oxygène dissous préjudiciables à la faune.
Les lacs, à renouvellement très lent, ont été historiquement les premiers touchés (Grands Lacs américains, lac du Bourget...) et ont suscité de nombreuses études dans le but de proposer un scénario optimal
de restauration de la qualité du milieu. Un effort important de modélisation écologique a en particulier été mené aux Etats-Unis (Thomann
et al., 1975;Park, 1978; Di Toro & Connolly, 1980) et au Danemark
(Jorgensen, 1980).
Puis les grands cours d’eau, apparemment moins vulnérables du fait de
l’écoulement de l’eau, ont été largement touchés, suscitant là encore un
effort important de compréhension des mécanismes et de modélisation ; on peut citer en France le modèle Polupa d’eutrophisation de la
Loire (Oudin, 1990), ceux de la Moselle et du Doubs (Gosse et al., 1990),
celui de la Seine (Even, 1995). De toutes ces études, le résultat le plus
marquant, car vérifié sur la majeure partie des écosystèmes limniques eutrophisés dans le monde, est la mise en évidence du phosphore comme étant
l’élément limitant de la production végétale dans les eaux douces
(Schindler et al., 1978).
Plus récemment, le phénomène d’eutrophisation a atteint les grands
estuaires (Loire, Potomac, Patuxent...) et les baies côtières (Chesapeake Bay, San Francisco Bay, New York Bight...), voire même de vastes
zones marines peu profondes, influencées par les apports de grands
fleuves (baie de Seine, partie orientale de la mer du Nord, Baltique, nord
de l’Adriatique...). Comme en eau douce, l’une des conséquences les
plus fâcheuses de l’accumulation près du fond de fortes quantités de phytoplancton privé de lumière est l’épuisement rapide de l’oxygène dissous dans l’eau, par respiration et décomposition du phytoplancton.
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L’utilisation de modèles écologiques
dans la lutte contre l’eutrophisation
des eaux côtières francaises
Alain Ménesguen
Ifremer/Del, BP 70, 29280 Plouzané
Introduction
L’utilisation intensive des fertilisants en agriculture (engrais minéraux,
lisiers) ainsi que l’accroissement des rejets urbains ont augmenté notablement depuis trente ans les apports terrigènes d’éléments nutritifs au
milieu aquatique. En de nombreux points du globe, cet enrichissement
forcé en nitrate (issu principalement du lessivage des terres agricoles),
en ammonium et en phosphate (très abondants dans les rejets urbains)
a causé un déséquilibre du milieu aquatique, appelé eutrophisation, qui
se manifeste par une production algale pléthorique suivie souvent de chutes
d’oxygène dissous préjudiciables à la faune.
Les lacs, à renouvellement très lent, ont été historiquement les premiers touchés (Grands Lacs américains, lac du Bourget...) et ont suscité de nombreuses études dans le but de proposer un scénario optimal
de restauration de la qualité du milieu. Un effort important de modélisation écologique a en particulier été mené aux Etats-Unis (Thomann
et al., 1975;Park, 1978; Di Toro & Connolly, 1980) et au Danemark
(Jorgensen, 1980).
Puis les grands cours d’eau, apparemment moins vulnérables du fait de
l’écoulement de l’eau, ont été largement touchés, suscitant là encore un
effort important de compréhension des mécanismes et de modélisation ; on peut citer en France le modèle Polupa d’eutrophisation de la
Loire (Oudin, 1990), ceux de la Moselle et du Doubs (Gosse et al., 1990),
celui de la Seine (Even, 1995). De toutes ces études, le résultat le plus
marquant, car vérifié sur la majeure partie des écosystèmes limniques eutrophisés dans le monde, est la mise en évidence du phosphore comme étant
l’élément limitant de la production végétale dans les eaux douces
(Schindler et al., 1978).
Plus récemment, le phénomène d’eutrophisation a atteint les grands
estuaires (Loire, Potomac, Patuxent...) et les baies côtières (Chesapeake Bay, San Francisco Bay, New York Bight...), voire même de vastes
zones marines peu profondes, influencées par les apports de grands
fleuves (baie de Seine, partie orientale de la mer du Nord, Baltique, nord
de l’Adriatique...). Comme en eau douce, l’une des conséquences les
plus fâcheuses de l’accumulation près du fond de fortes quantités de phytoplancton privé de lumière est l’épuisement rapide de l’oxygène dissous dans l’eau, par respiration et décomposition du phytoplancton.
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