ordre de grandeur au-dessus de celles des zones purement marines. Si l'on considère qu'une
zone océanique a une production annuelle inférieure à 50 gC/m2/an et une zone côtière
"moyenne’’ une production allant de 100 à 200 gC/m2/an (Ryther, 1969), on peut, de même
que pour les lacs (Jorgensen, 1980), considérer que sont eutrophisés, les écosystèmes côtiers
où la production phytoplanctonique annuelle dépasse 300 gC/m2/an. Dans les cas extrêmes,
comme la Chesapeake Bay aux Etats-Unis (Officer et al., 1984), les trop fortes biomasses
phytoplanctoniques entraînent un auto-ombrage intense du phytoplancton des eaux de fond,
donc l'arrêt de sa photosynthèse, l'augmentation de sa respiration et sa mortalité. L'ensemble
de ces processus épuise le stock d'oxygène dissous contenu dans les eaux de fond (fig. 3),
d'autant plus vite que son réapprovisionnement depuis l'atmosphère est réduit par une
Figure 3 : Cycles saisonniers moyens de la température, la production primaire et l'oxygène dissous dans la
portion médiane de la Chesapeake Bay (d'après Officer et al., 1984).
stratification des eaux. Des anoxies estivales mortelles pour la faune benthique ont été
observées de plus en plus fréquemment depuis vingt ans dans le monde entier (fig. 4) et,
en France, le cas s'est produit en baie de Vilaine, en juillet 1982 (Merceron, 1987). En
dehors des crises anoxiques aiguës, les épisodes récurrents d'hypoxie fragilisent la faune
benthique en retardant sa croissance, diminuant ses potentialités reproductrices et la
fragilisant vis-à-vis de ses prédateurs, dont l'homme : il a ainsi été montré dans le Kattegat
que le fait de sortir de leurs terriers pour rechercher des eaux moins hypoxiées avait rendu
des langoustines beaucoup plus accessibles à la pêche à partir de 1980, d'où des prises
soudainement pléthoriques conduisant à l'extinction du stock en quelques années
(Rosenberg, 1985).
Proliférations d'espèces phytoplanctoniques toxiques
Une revue récente (Smayda, 1990) des proliférations d'espèces phytoplanctoniques toxiques
recensées depuis vingt ans dans le monde a montré qu'en dépit des biais dûs à la disparité
spatiale et temporelle des méthodes de détection, les données existantes accréditent l'idée
que les espèces toxiques, particulièrement les Dinoflagellés, ont vu leur abondance croître
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