Les peuplements ichtyologiques des fonds chalutables du secteur oriental de la côte algérienne
Wahid REFES
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peuplement ichtyique méditerranéen trouve son origine dans le déplacement des masses
continentales, qui ont fermé la Téthys ou Mésogée à l’est avec la mise en place de l’isthme de
Suez (-15 à -10 millions d’années) et à l’ouest au niveau de Gibraltar par des
micromouvements tectoniques, ainsi que des modifications climatiques, qui ont provoqué
l’assèchement de cette « Paléo-Méditerranée ». Cette crise dite « messénienne », qui a débuté
il y a -5,6 millions d’années a anéanti la faune héritée de la région biogéographique
« Indopacifique ». Le détroit de Gibraltar étant redevenu fonctionnel, il y a -5,3 millions
d’années, la cuvette méditerranée, remise en eau, s’est peuplée d’organismes originaires de
l’Atlantique. Une telle colonisation d’origine atlantique, qui perdure toujours, a été modulée
par des alternances d’épisodes glaciaires et interglaciaires, qui ont favorisé la pénétration
d’espèces boréales comme le Spart (Sprattus sprattus) et le flet (Platichthys flesus) et
d’espèces sahariennes comme les mérous (Epinephelus aeneus et Epinephelus marginatus).
Actuellement 92 % des poissons méditerranéens sont originaires de l’Atlantique ou dérivent
d’ancêtres atlantiques, de sorte que la Méditerranée peut être considérée comme une « annexe
de l’Atlantique ». De ce passé et des conditions hydrologiques actuelles, on enregistre en
Méditerranée la présence d’espèces cosmopolites, endémiques et atlanto-méditerranéennes
(Fredj & Maurin, 1987 ; Quignard & Tomasini, 2000 ; Golani et al., 2002).
A cela, l’évolution des conditions environnementales sous l’effet du changement climatique
global permet certainement la colonisation du bassin algérien par de nouvelles espèces à
affinité chaude provenant de l’Atlantique sud par le détroit de Gibraltar ou de la mer Rouge
par le canal de Suez. Ce phénomène a été constaté sur les côtes méditerranéennes aussi bien
pour les poissons (Golani et al., 2002) que pour les crustacés (Galil et al., 2002). Hemida
(2005) met en évidence une colonisation du bassin algérien par le détroit de Gibraltar de
Carcharhinidae (Carcharhinus altimus ; C. brachyurus ; C. brevipinna ; C. obscurus ; C.
plumbeus), où Carcharhinus brevipinna a été signalée, uniquement, au large du secteur
oriental de la côte algérienne, par la capture d’un mâle et d’une femelle respectivement d’une
longueur totale de 1.970 et 2.180 mm.
Bruslé & Quignard (2004) expliquent que des modifications climatiques récentes liées à un
réchauffement des eaux ont favorisé l’entrée en Méditerranée par le détroit de Gibraltar
(immigration herculéenne) d’espèces thermophiles en provenance de l’Atlantique sud-est.
Quignard & Tomasini (2000) estiment qu’en 20 ans le nombre de « néocolonisateurs »
originaires de l’Atlantique s’est élevé à 26 espèces. Sur les fonds chalutables du secteur
oriental de la côte algérienne, on signale Balistes carolinensis, Cheilopogon heterurus,
Dactylopterus volitans, Dentex gibbosus, Dentex maroccanus, Dentex macrophthalmus,
Diplodus cervinus cervinus, Echelus myrus, Gymnothorax unicolor, Gymnura altavela
Pagellus bellottii, Pomadasys incisus, Pomatomus saltatrix, Seriola dumerili, Solea
senegalensis, Stromateus fiatola et Synodus saurus espèces à affinité tropicale ou
subtropicale. Il ressort bien que la faune ichtyologique observée présente de nettes affinités
tropicales ou tout au moins subtropicales.
Sur la côte algérienne, on a signalé, déjà, à partir de 1927, des espèces tropicales, qui ont
pénétré en Méditerranée par le détroit de Gibraltar : Galeoides decadactylus (Polynemidae) à
Oran (Dieuzeide, 1927) ; Ephippion guttiferum (Tetraodontidae) et Pisodonophis semicinctus
(Ophichthidae) à Alger (Dieuzeide, 1933 et Dieuzeide & Roland, 1957 b.) ; Gephyroberyx
darwini (Trachichthyidae) à Cherchell (Dieuzeide & Roland, 1958 b.).
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