Evaluation de la pénétration du carbone anthropique en Méditerranée | Résultats et discussions
97
La figure n°35 illustre le profil vertical moyen de l’alcalinité totale des années 2000 et 2010. Une
légère augmentation des concentrations d’AT est notable sur toute la colonne d’eau, en raison
probablement de la dissolution des carbonates de calcium sous l’effet de l’acidification des eaux
de la Méditerranée.
En profondeur, cette augmentation d’AT au niveau des eaux intermédiaires et profondes du bassin
oriental est probablement accentuée par les salinités importantes rencontrées au niveau de ce
bassin.
En surface, les hausses les plus importantes sont notées au niveau de la partie ouest du bassin
oriental avec deux pics dans l’Egée et l’Adriatique. Ces deux sous bassins sont caractérisés par une
forte activité biologique qui s’accompagne par une consommation de CO2 (voir Fig.24). Ce
phénomène peut avoir accentué l’augmentation de l’AT dans ces deux régions.
3.4.3 Incertitudes propres à chaque méthode
3.4.3.1 Méthode C°
Le principal déficit de cette méthode est l’éventuel manque d’équilibre des masses d’eaux
examinées avec le CO2 atmosphérique ; les eaux de surfaces peuvent ne pas avoir reçu l’empreinte
complète du signal du CO2 atmosphérique. Les valeurs de C
ant obtenues avec cette méthode seraient
surestimées. Selon Friis (2006), un changement du déséquilibre de ±20ppm en pCO2 équivaut à un
changement de près de 10% du signal total du CO2 anthropique. De ce fait, il semble improbable
que l’hypothèse d’un déséquilibre constant en CO2 soit sans erreurs significatives.
3.4.3.2 Méthode ∆C*
La méthode de Gruber suscite deux grandes incertitudes :
 L’hypothèse selon laquelle le déséquilibre air-mer est constant à travers le temps : Le
déséquilibre n’est pas resté le même à cause de l’augmentation des concentrations de
carbone anthropique dans l’atmosphère. Siegenthaler et Sarmiento (1993) estiment cette
variation du déséquilibre air-mer à 5 µmol/kg.
 L’estimation de l’âge des eaux : la détermination de l’âge d’une masse d’eau par les traceurs
habituels ne reflète pas son âge réel en raison des mélanges qu'elle a subi depuis qu’elle a
quitté la surface (Hagemann, et al., 1998). Ce mixing affecte l’âge obtenu selon
l’importance relative des phénomènes d’advection et de diffusion (Thiele et Sarmiento,
1990). Schneider et al. (2013) ainsi que Roether et al (2013) estiment que les âges des
masses d’eau estimés par les traceurs doivent être interprétés avec vigilance puisqu’ils ne
donnent qu’une approximation de l’âge.
Beaucoup d’études ont démontrées que le mixing tourbillonnaire le long des surfaces
isopycnales jouait un rôle majeur dans la propagation des traceurs et doit être pris en
considération pour l’interprétation des âges obtenus (e.g., Thiele and Sarmiento, 1990).
Précédent

Estimation de la pénétration du carbone anthropique en méditerranée - 98/161

Suivant