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REGARDS CROISÉS SUR LES QUESTIONS D’ETHIQUE
histoire, la vraie — ne cesse d’interagir. La série passe ainsi rapidement de
l’adolescence à l’âge adulte, au fur et à mesure que s’ouvre, dans le monde
réel, la décennie 1990.
Quand sortent les premières planches, en effet, début 1986, la catastrophe
de Tchernobyl n’a pas eu lieu. Elle survient en avril de la même année. Les
auteurs ont élaboré les premiers épisodes pour
l’essentiel durant l’année 1985.
Les préoccupations majeures sont alors l’expansion du sida (le virus
est identié en mai 1984, peu
de jours avant la mort de Michel Foucault),
l’engagement écologique tel que
l’illustre Greenpeace (affaire du Rainbow
Wanior et des essais nucléaires français, juillet 1985) ou la violence des
hooligans (trente—neuf morts au stade du Heysel, à Bruxelles, lors de la nale
de la coupe d’Europe, mai 1985).
C’est aussi le « retour du religieux ». L’islamisme radical de l’avatollah
Khomeinv est au plus haut : 30 000 morts irakiens et iraniens dans les
marais d’Howeiza, en mars 1985. Les affrontements islamo—chrétiens déchi—
rent le Liban.]ean-Paul 11 fait des voyages spectaculaires en Amérique latine
et en Afrique, notamment. Marcel Gauchet, cette même année, publie le
Désenchantemenzï du monde, affirmant le « retour de la religion comme objet
central de la théorie sociale ». François Furet, de son côté, parachève une
lecture de la Révolution française qui déstabilise la tradition marxiste et laisse
présager un bicentenaire mouvementé pour 1989. L’interprétation stricte—
ment « laique » — stylelll€ République — du siècle des Lumières est elle—même
mise en cause. On interprète différemment le rôle de la maçonnerie et de
la science à la fin de l’Ancien régime.
Ce dernier point compte dans l’élaboration de Neige, tout comme l’intérêt
qu’éprouve Didier” Convard pour l’Europe et la construction européenne
(l’Espagne et le Portugal rejoignent la Communauté le 1er janvier 1986). En
revanche, on est frappé par l’absence de deux éléments qui structuraient
beaucoup de ctions ou de « thrillers » depuis le début des années 1970 :
l’affrontement Est/ Ouest et le terrorisme d’extrême—gauche. Il est vrai que
Mikhail Gorbatchev est au pouvoir : il présente ses meilleurs voeux aux États—
Unis et à Ronald Reagan le 1er janvier 1986. Quant au terrorisme, cela devient
l’affaire de groupes liés au Moyen—Orient : les premiers attentats du «Jihad
islamique » libanais (onze morts à Paris en septembre 1986) suscitent plus
d’inquiétude que l’assassinat du patron de Renault, Georges Besse, par un
groupe « Action directe » totalement isolé (17 novembre).
A cet air du temps, s’ajoutent les préoccupations plus anciennes du
dessinateur et du scénariste. Ce dernier, Didier Convard, rééchissait de
REGARDS CROISÉS SUR LES QUESTIONS D’ETHIQUE
histoire, la vraie — ne cesse d’interagir. La série passe ainsi rapidement de
l’adolescence à l’âge adulte, au fur et à mesure que s’ouvre, dans le monde
réel, la décennie 1990.
Quand sortent les premières planches, en effet, début 1986, la catastrophe
de Tchernobyl n’a pas eu lieu. Elle survient en avril de la même année. Les
auteurs ont élaboré les premiers épisodes pour
l’essentiel durant l’année 1985.
Les préoccupations majeures sont alors l’expansion du sida (le virus
est identié en mai 1984, peu
de jours avant la mort de Michel Foucault),
l’engagement écologique tel que
l’illustre Greenpeace (affaire du Rainbow
Wanior et des essais nucléaires français, juillet 1985) ou la violence des
hooligans (trente—neuf morts au stade du Heysel, à Bruxelles, lors de la nale
de la coupe d’Europe, mai 1985).
C’est aussi le « retour du religieux ». L’islamisme radical de l’avatollah
Khomeinv est au plus haut : 30 000 morts irakiens et iraniens dans les
marais d’Howeiza, en mars 1985. Les affrontements islamo—chrétiens déchi—
rent le Liban.]ean-Paul 11 fait des voyages spectaculaires en Amérique latine
et en Afrique, notamment. Marcel Gauchet, cette même année, publie le
Désenchantemenzï du monde, affirmant le « retour de la religion comme objet
central de la théorie sociale ». François Furet, de son côté, parachève une
lecture de la Révolution française qui déstabilise la tradition marxiste et laisse
présager un bicentenaire mouvementé pour 1989. L’interprétation stricte—
ment « laique » — stylelll€ République — du siècle des Lumières est elle—même
mise en cause. On interprète différemment le rôle de la maçonnerie et de
la science à la fin de l’Ancien régime.
Ce dernier point compte dans l’élaboration de Neige, tout comme l’intérêt
qu’éprouve Didier” Convard pour l’Europe et la construction européenne
(l’Espagne et le Portugal rejoignent la Communauté le 1er janvier 1986). En
revanche, on est frappé par l’absence de deux éléments qui structuraient
beaucoup de ctions ou de « thrillers » depuis le début des années 1970 :
l’affrontement Est/ Ouest et le terrorisme d’extrême—gauche. Il est vrai que
Mikhail Gorbatchev est au pouvoir : il présente ses meilleurs voeux aux États—
Unis et à Ronald Reagan le 1er janvier 1986. Quant au terrorisme, cela devient
l’affaire de groupes liés au Moyen—Orient : les premiers attentats du «Jihad
islamique » libanais (onze morts à Paris en septembre 1986) suscitent plus
d’inquiétude que l’assassinat du patron de Renault, Georges Besse, par un
groupe « Action directe » totalement isolé (17 novembre).
A cet air du temps, s’ajoutent les préoccupations plus anciennes du
dessinateur et du scénariste. Ce dernier, Didier Convard, rééchissait de
