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REGARDS (]ROISÉS SUR LES QUESTIONS D‘ÉTHIQUE
bien d’autres péripéties éditoriales. Un douzième album de Neige est paru
en février 2003, un treizième s’annonce pour
la n 2004. La vente moyenne
de chaque nouveauté serait de 40 000 exemplaires, ce qui n’empêche pas
une diffusion constante des précédents volumes, plusieurs fois réédités, tous
disponibles.
La « scène primitive » reproduite en couverture du Nouveau Tintin ne
gure pas
telle quelle dans le récit ; elle ne sera pas reprise pour
la couverture
des Brumes aveugles, titre du premier album, publié en 1987. Elle est, toutefois,
remarquablement composée, d’autant plus que les auteurs — deux Français :
le dessinateur Christian Cine (38 ans, à l’époque) et le scénariste Didier
Convard (36 ans) — n’évaluaient pas l’ampleur que prendrait le cycle de Neige,
même s’ils entendaient se lancer dans une série durable.
Au premier coup d’oeil, le lecteur saisit quelques détails capitaux : un
hiver gé, des débris industriels ou urbains à l’abandon et le trio fondateur
de l’intrigue. La jeune femme au visage livide est la mère de l’enfant. Elle
vient d’être tuée, ainsi que son mari, alors qu’ils fuyaient à pied dans la
plaine sur les restes couverts de neige d’une ancienne autoroute. Leurs trois
poursuivants — des militaires, apparemment — les ont rattrapés. Ils chevau—
chaient des tripodes à hélice d’un genre archaïque faits avec du matériel
de récupération. Leurs solides uniformes polaires sont gris, vaguement
moyenâgeux — à l’exception des armes, rustaudes mais d’une technologie
avancée. Pourquoi les fuyards, dont le lecteur ne sait encore rien, ont—ils été
exécutés ? Ce sera l’un des ressorts de l’intrigue. Seul l’enfant est épargné.
Après avoir abattu les parents, le chef des poursuivants, un officier aux
lunettes noires cerclées d’acier, se contente de dire : « La loi, petit. C’était
la loi… Toi, je laisse la nature décider de ton sort. Si tu survis au froid, aux
loups, tes parents ne seront pas
morts pour
rien. >> Il récupère alors son gant
douté, que la mère lui avait arraché en suppliant. Le cadrage rapproché
permet d’apercevoir sur sa main, tandis qu’il remet le gant, un triangle tatoué
à l’intérieur duquel s’inscrit un œil, symbole — dans la franc-maçonnerie —
de l’« œil omniprésent » du Créateur ou du Principe. On n’a d’ailleurs pas
fini d’entendre parler de loi, de principes et de haute éthique au l de ces
aventures.
-
Le personnage vu en couverture, celui qui survient en moto—patin avec
side—car, découvre les lieux après que les trois militaires eurent disparu. Les
ocons ont recouvert les corps. Une nuée de corbeaux s’active. L’homme
repère l’enfant, à peine visible, en apercevant un bout de foulard rouge qui
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