3.2. Transformisme
Le rôle du temps dans les Éléments, en tant que variable
conditionnante est remarquable pour le projet d’inscrire certains
aspects de l’œuvre de Diderot dans le cadre d’un transformisme
en cours de développement, à la fin du XVIII
e siècle. La formulation la plus explicite au sens « transformiste » de ce rapport entre
fonction et besoin, relativement au développement des organes
animaux – C3 et C6 dans notre diagramme – apparaît au début de
l’ouvrage, dans la première partie, chapitre II, au paragraphe intitulé: «Animaux différents par leur organisation». Diderot y
affirme la transmutabilité des formes organiques par un double
facteur, interne-externe:
L’animal est un être dont la forme est déterminée par causes intérieures et extérieures, qui diverses doivent produire des animaux
divers.
L’organisation de chacun détermine ses fonctions, ses besoins et
quelquefois les besoins influent sur l’organisation.
L’aigle à l’œil perçant plane au haut des airs, la taupe a l’œil
microscopique, s’enfouit sous terre: le bœuf aime l’herbe de la
vallée, le bouquetin les plantes aromatiques des montagnes: l’oiseau de proie étend, ou raccourcit sa vue comme l’astronome
allonge ou raccourcit sa lunette: la jeune fille poursuit un papillon, le jeune garçon gravit sur un arbre.
L’influence des besoins sur l’organisation peut aller jusqu’à produire des organes, ou du moins jusqu’à les transformer (infra,
p. 137-138).
Cette dernière proposition sera réélaborée par Lamarck dans
son travail de 1809 où l’on trouve la première apparition du terme
« biologie »
105 . Diderot insiste déjà, dans le paragraphe «animalisation du végétal», sur la constatation que le temps travaille à
l’opération mécanique de « pétrir » la matière végétale, à l’humecter par différentes espèces de liquides, pour sa transformation
finale en matière animale. Diderot relate les expériences sur le
gluten, faites en 1742 par Giuseppe Bartolomeo Beccari (1682105 Cf. Jacob, op. cit., p. 101: « Tout ce qui est généralement commun aux
végétaux et aux animaux, dit Lamarck [Histoire Naturelle des Animaux sans
vertèbres, t. I, p. 49-50], comme toutes les facultés qui sont propres à chacun de
ces êtres sans exceptions doit constituer l’unique objet de La Biologie: car les
deux sortes d’êtres que je viens de citer sont tous essentiellement des corps
vivants et ce sont les seuls êtres de cette nature qui existent sur notre globe ».
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INTRODUCTION
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Le rôle du temps dans les Éléments, en tant que variable
conditionnante est remarquable pour le projet d’inscrire certains
aspects de l’œuvre de Diderot dans le cadre d’un transformisme
en cours de développement, à la fin du XVIII
e siècle. La formulation la plus explicite au sens « transformiste » de ce rapport entre
fonction et besoin, relativement au développement des organes
animaux – C3 et C6 dans notre diagramme – apparaît au début de
l’ouvrage, dans la première partie, chapitre II, au paragraphe intitulé: «Animaux différents par leur organisation». Diderot y
affirme la transmutabilité des formes organiques par un double
facteur, interne-externe:
L’animal est un être dont la forme est déterminée par causes intérieures et extérieures, qui diverses doivent produire des animaux
divers.
L’organisation de chacun détermine ses fonctions, ses besoins et
quelquefois les besoins influent sur l’organisation.
L’aigle à l’œil perçant plane au haut des airs, la taupe a l’œil
microscopique, s’enfouit sous terre: le bœuf aime l’herbe de la
vallée, le bouquetin les plantes aromatiques des montagnes: l’oiseau de proie étend, ou raccourcit sa vue comme l’astronome
allonge ou raccourcit sa lunette: la jeune fille poursuit un papillon, le jeune garçon gravit sur un arbre.
L’influence des besoins sur l’organisation peut aller jusqu’à produire des organes, ou du moins jusqu’à les transformer (infra,
p. 137-138).
Cette dernière proposition sera réélaborée par Lamarck dans
son travail de 1809 où l’on trouve la première apparition du terme
« biologie »
105 . Diderot insiste déjà, dans le paragraphe «animalisation du végétal», sur la constatation que le temps travaille à
l’opération mécanique de « pétrir » la matière végétale, à l’humecter par différentes espèces de liquides, pour sa transformation
finale en matière animale. Diderot relate les expériences sur le
gluten, faites en 1742 par Giuseppe Bartolomeo Beccari (1682105 Cf. Jacob, op. cit., p. 101: « Tout ce qui est généralement commun aux
végétaux et aux animaux, dit Lamarck [Histoire Naturelle des Animaux sans
vertèbres, t. I, p. 49-50], comme toutes les facultés qui sont propres à chacun de
ces êtres sans exceptions doit constituer l’unique objet de La Biologie: car les
deux sortes d’êtres que je viens de citer sont tous essentiellement des corps
vivants et ce sont les seuls êtres de cette nature qui existent sur notre globe ».
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INTRODUCTION
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