Le feu électrique est un feu très composé, car il a odeur et couleur.
Il paraît composé du feu élémentaire, combiné avec les différentes matières inflammables répandues dans tous les corps.
Mais soyez très sûr que l’acide vitriolique n’y entre pour rien;
car l’acide vitriolique éteint le feu, comme il le serait par l’eau. Il
faut attendre; nous n’en savons pas encore assez. Lorsque nous
aurons trouvé le moyen de saisir la matière électrique et de la combiner avec quelque autre substance, le résultat soit par lui-même,
soit par sa décomposition, soit par sa combinaison avec quelque
autre substance, nous éclairera sur la nature de cette matière.
Les guenillons trempés dans une solution d’alcali et exposés à
l’air donnent, par la lotion, du tartre vitriolé. Trouvez quelque
moyen aussi simple de saisir la matière électrique et vous rendrez
un grand service à la physique et à la chimie
36
.
Un jour, un philosophe demandait à une femme du monde:
Madame à quel âge trouve-t-on le repos? Une femme chrétienne
répondit: Lorsqu’on néglige cette vie, pour la vie à venir, à
quelque âge que ce soit
37
.
36 Cf. Cours de chimie de Rouelle, dans DPV, IX, pp. 183-239: « Combiner
et décomposer, voilà où se réduit tout l’art du chimiste. La synthèse et l’analyse
sont les deux opérations générales et fondamentales de l’art du chimiste »; Diderot propose d’« analyser » c’est-à-dire de séparer l’électricité de l’air; il parle
d’une expérience sur le sulfate de potassium (« tartre vitriolé ») et l’acide vitriolique de l’air qui n’est pas relatée dans l’ensemble des textes édités (ms. B. M.
de Bordeux, n° 564, vol. V, p. 605).
37 Diderot évoque le sujet de son Entretien d’un philosophe avec la maréchale de*** (OD, I, pp. 927-943) où il discute aimablement des questions
morales et religieuses avec une belle dame dévote. Il est bizarre que le philosophe, contrairement à l’Entretien, laisse ici le dernier mot à la philosophie
chrétienne. Il avait bien de quoi répondre en matérialiste, surtout dans ce
contexte: « A quel âge trouve-t-on le repos? – Lorsque les fluides nerveux et les
esprits vitaux ont cessé leur cours…». Diderot ne réponds pas ainsi. On peut
conjecturer que, dans la liberté du brouillon, il y ait une résurgence du conflit de
cœur, fameux, avoué à son amante: « J’enrage d’être empêtré d’une diable de
philosophie que mon esprit ne peut s’empêcher d’approuver, et mon cœur de
démentir […]. Peu s’en faut que je me fasse chrétien pour me promettre de vous
aimer dans ce monde tant que j’y serai; et de vous retrouver, pour vous aimer
encore, dans l’autre. C’est une pensée si douce que je ne suis point étonné que
les bonnes âmes y tiennent » [CORR, IX, pp. 154-155, à Madame de Maux (ou
Sophie Volland?), fin septembre 1769], mais ce sont ici les mots d’un amant et
d’un conflit, d’ailleurs, consigné au secret (libertin) de la correspondance.
AUTOGRAPHE SUR LA PHYSIOLOGIE
391
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 391
Il paraît composé du feu élémentaire, combiné avec les différentes matières inflammables répandues dans tous les corps.
Mais soyez très sûr que l’acide vitriolique n’y entre pour rien;
car l’acide vitriolique éteint le feu, comme il le serait par l’eau. Il
faut attendre; nous n’en savons pas encore assez. Lorsque nous
aurons trouvé le moyen de saisir la matière électrique et de la combiner avec quelque autre substance, le résultat soit par lui-même,
soit par sa décomposition, soit par sa combinaison avec quelque
autre substance, nous éclairera sur la nature de cette matière.
Les guenillons trempés dans une solution d’alcali et exposés à
l’air donnent, par la lotion, du tartre vitriolé. Trouvez quelque
moyen aussi simple de saisir la matière électrique et vous rendrez
un grand service à la physique et à la chimie
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Un jour, un philosophe demandait à une femme du monde:
Madame à quel âge trouve-t-on le repos? Une femme chrétienne
répondit: Lorsqu’on néglige cette vie, pour la vie à venir, à
quelque âge que ce soit
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36 Cf. Cours de chimie de Rouelle, dans DPV, IX, pp. 183-239: « Combiner
et décomposer, voilà où se réduit tout l’art du chimiste. La synthèse et l’analyse
sont les deux opérations générales et fondamentales de l’art du chimiste »; Diderot propose d’« analyser » c’est-à-dire de séparer l’électricité de l’air; il parle
d’une expérience sur le sulfate de potassium (« tartre vitriolé ») et l’acide vitriolique de l’air qui n’est pas relatée dans l’ensemble des textes édités (ms. B. M.
de Bordeux, n° 564, vol. V, p. 605).
37 Diderot évoque le sujet de son Entretien d’un philosophe avec la maréchale de*** (OD, I, pp. 927-943) où il discute aimablement des questions
morales et religieuses avec une belle dame dévote. Il est bizarre que le philosophe, contrairement à l’Entretien, laisse ici le dernier mot à la philosophie
chrétienne. Il avait bien de quoi répondre en matérialiste, surtout dans ce
contexte: « A quel âge trouve-t-on le repos? – Lorsque les fluides nerveux et les
esprits vitaux ont cessé leur cours…». Diderot ne réponds pas ainsi. On peut
conjecturer que, dans la liberté du brouillon, il y ait une résurgence du conflit de
cœur, fameux, avoué à son amante: « J’enrage d’être empêtré d’une diable de
philosophie que mon esprit ne peut s’empêcher d’approuver, et mon cœur de
démentir […]. Peu s’en faut que je me fasse chrétien pour me promettre de vous
aimer dans ce monde tant que j’y serai; et de vous retrouver, pour vous aimer
encore, dans l’autre. C’est une pensée si douce que je ne suis point étonné que
les bonnes âmes y tiennent » [CORR, IX, pp. 154-155, à Madame de Maux (ou
Sophie Volland?), fin septembre 1769], mais ce sont ici les mots d’un amant et
d’un conflit, d’ailleurs, consigné au secret (libertin) de la correspondance.
AUTOGRAPHE SUR LA PHYSIOLOGIE
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