Les âges.
L’enfant n’a-t-il pas ses goûts? Combien dure l’enfance?
Combien de vieux enfants?
L’adulte n’a-t-il pas ses passions.
Le vieillard, son expérience et son sang froid.
L’homme décrépite qui radote.
Je me promène au Palais Royal, je vois passer une jeune écervelée, de longue boucles de cheveux tombant sur ses épaules;
elle promène ses regards de droite et de gauche; sa gorge est à
moitié découverte; elle rit aux éclats; et son ris montre deux rangées de dents blanches comme le lait; ses lèvres sont rebondies,
ses joues larges et vermeilles; c’est un embonpoint, une fermeté
de chair qui promet au toucher la solidité et au plaisir de la sûreté;
ses jupons trop courts laissent admirer un petit pied et une jambe
faite au tour; sa démarche est d’une liberté indécente; elle
entraîne sur ses pas la foule de nos jeunes libertins, qui passent
sans daigner arrêter leurs yeux sur cette jeune innocente, dont le
visage est le modèle de la beauté la plus régulière, qui marche
d’un pas timide et modeste, entre son père et sa mère
16
.
La langue.
La langue de l’agriculteur chez les anciens et parmi nous.
Langue pauvre.
Suite de sa variété et de son étendue, correspondante à la
variété des sensations de l’individu.
On ne s’entendrait plus, on se contredirait sur tout
17
. Purisme,
ton de l’académie.
16 C’est un rappel du début célèbre du Neveu de Rameau, dans DPV, XII,
pp. 69-70: « Qu’il fasse beau, qu’il fasse laid, c’est mon habitude d’aller sur les
cinq heures du soir me promener au Palais Royal. C’est moi qu’on voit, toujours
seul, rêvant sur le banc d’Argenson. Je m’entretiens avec moi-même de politique, d’amour, de goût ou de philosophie. J’abandonne mon esprit à tout son
libertinage. Je le laisse maître de suivre la première idée sage ou folle qui se présente, comme on voit dans l’allée de Foy nos jeunes dissolus marcher sur les pas
d’une courtisane à l’air éventé, au visage riant, à l’œil vif, au nez retroussé, quitter celle-ci pour une autre, les attaquant toutes et ne s’attachant à aucune. Mes
pensées, ce sont mes catins ».
17 Cf. le fragment édité par Dieckmannn, Inventaire cit., p. 214: «LA
LANGUE. Mais laissons les personnes qui nous ont élevés; laissons l’importance
qu’ils ont attachée aux objets; laissons les idées qu’ils nous en [ont] données.
Examinons la langue qu’ils parlent. Elle est si diversement étendue. Les mots
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APPENDICE A
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L’enfant n’a-t-il pas ses goûts? Combien dure l’enfance?
Combien de vieux enfants?
L’adulte n’a-t-il pas ses passions.
Le vieillard, son expérience et son sang froid.
L’homme décrépite qui radote.
Je me promène au Palais Royal, je vois passer une jeune écervelée, de longue boucles de cheveux tombant sur ses épaules;
elle promène ses regards de droite et de gauche; sa gorge est à
moitié découverte; elle rit aux éclats; et son ris montre deux rangées de dents blanches comme le lait; ses lèvres sont rebondies,
ses joues larges et vermeilles; c’est un embonpoint, une fermeté
de chair qui promet au toucher la solidité et au plaisir de la sûreté;
ses jupons trop courts laissent admirer un petit pied et une jambe
faite au tour; sa démarche est d’une liberté indécente; elle
entraîne sur ses pas la foule de nos jeunes libertins, qui passent
sans daigner arrêter leurs yeux sur cette jeune innocente, dont le
visage est le modèle de la beauté la plus régulière, qui marche
d’un pas timide et modeste, entre son père et sa mère
16
.
La langue.
La langue de l’agriculteur chez les anciens et parmi nous.
Langue pauvre.
Suite de sa variété et de son étendue, correspondante à la
variété des sensations de l’individu.
On ne s’entendrait plus, on se contredirait sur tout
17
. Purisme,
ton de l’académie.
16 C’est un rappel du début célèbre du Neveu de Rameau, dans DPV, XII,
pp. 69-70: « Qu’il fasse beau, qu’il fasse laid, c’est mon habitude d’aller sur les
cinq heures du soir me promener au Palais Royal. C’est moi qu’on voit, toujours
seul, rêvant sur le banc d’Argenson. Je m’entretiens avec moi-même de politique, d’amour, de goût ou de philosophie. J’abandonne mon esprit à tout son
libertinage. Je le laisse maître de suivre la première idée sage ou folle qui se présente, comme on voit dans l’allée de Foy nos jeunes dissolus marcher sur les pas
d’une courtisane à l’air éventé, au visage riant, à l’œil vif, au nez retroussé, quitter celle-ci pour une autre, les attaquant toutes et ne s’attachant à aucune. Mes
pensées, ce sont mes catins ».
17 Cf. le fragment édité par Dieckmannn, Inventaire cit., p. 214: «LA
LANGUE. Mais laissons les personnes qui nous ont élevés; laissons l’importance
qu’ils ont attachée aux objets; laissons les idées qu’ils nous en [ont] données.
Examinons la langue qu’ils parlent. Elle est si diversement étendue. Les mots
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APPENDICE A
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