Boerhaave. L’Hippocrate de Leyde, instruit de l’origine et des
progrès de cette maladie, se transporte le lendemain au Conservatoire, une heure ou deux avant l’attaque d’épilepsie, devenue
presque générale: il fait allumer un brasier et rougir, dans ce brasier, un fer pointu. Il tire ce fer du feu, il le montre étincelant à ces
jeunes filles et déclare que le seul remède qu’il connaisse à leur
indisposition
P
c’est de percer le bras à toutes celles qui en seront
attaquées. L’heure de l’épilepsie arrive, toutes continuent de travailler. Aucune ne tombe épileptique, pas même celle qui avait eu
la première attaque. La frayeur, ou l’émotion violente portée à
l’origine du faisceau, suspendit l’action de tous les autres brins
76
.
Une terreur bizarre aurait produit le même effet. C’est le paralytique que la crainte des flammes fait courir.
Q
Les mots de néphrétique, goutte, fièvre, prononcés ou entendus, sont quelquefois accompagnés d’un mouvement sympathique des organes. Comment s’excitent ces mouvements? Par la
force de l’imagination, qui nous rend
R la présence des objets
S
et
des sensations qu’ils occasionnent.
P c’est d’en percer le bras…
76 Diderot tire cet anecdote de Zimmermann, Traité de l’expérience en
général cit., vol. III, pp. 226-228: « Boerhaave employa toutes les forces de son
éloquence pour frapper ces enfants; de sorte qu’ils s’effrayèrent tous à la vue de
ce remède horrible. Tout leur esprit était occupé de cette nouvelle idée qui les
avait pénétrés, lorsque les mouvements de la maladie voulaient se faire sentir.
Le plus faible d’entre eu, excessivement frappé de cette terrible opération à
laquelle on allait les soumettre, resta mort sur la place, et tous les autres furent
heureusement guéris », Diderot le raconte aussi dans son compte-rendu de l’ouvrage de A.-L. Thomas, Essai sur le caractère, les mœurs et l’esprit des femmes
dans les différents siècles, Paris, 1772, connu sous le titre Sur les femmes: « Un
médecin secoue un fer ardent aux yeux d’une troupe de jeunes filles épileptiques, et les voilà guéries. […]. Les femmes sont sujettes à une férocité épidémique; l’exemple d’une seule en entraîne une multitude; il n’y a que la
première qui soit criminelle, les autres sont malades. O femmes ! vous êtes des
enfants bien extraordinaires !» (OD, I, p. 953). C’est un témoignage ultérieur de
la non distinction des phénomènes de l’âme et de ceux du corps.
Q Goutte, néphrétique, douleur, fièvre, amour, que désignent ces mots? Ils
sont quelquefois accompagnés […] s’excite ce mouvement?…
R FNR: la présence de l’objet. Celui qui souffre de la poitrine en parlant me
rend poitrinaire; ce viscère s’embarrasse chez moi comme chez lui. (p. 213,
l. 11-14; AT, 354).
S et des… occasionnent aj. V.
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
343
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 343
Précédent

- 344/514

Suivant