L’amour et l’aversion semblent produire, dans les organes,
des effets contraires. L’amour s’élance au-dehors, l’aversion se
retire en dedans. Voyez l’homme qui désire: ses yeux, ses joues,
ses bras, ses mains, ses pieds, ses poumons se portent au-dehors.
L’amour élance l’homme au-dehors, approche l’objet par le
même mouvement, il est tout contre: on le saisit, on l’embrasse.
On se place dans le lit de celle qu’on aime; on l’amène dans le
sien; on se place sur le trône; voilà des soldats, on commande etc.
De là, le délire, l’extase; on est au ciel, on voit tout etc.
52
Le désir étend les dimensions du corps. L’aversion les rapetisse
53
. Le désir est importun, il sollicite, il est impatient. Borné
dans la brute, immense dans l’homme, il s’accroît en raison
directe de l’importance réelle ou idéale de l’objet et inverse des
obstacles et quelquefois en raison composée des deux, selon le
caractère. Alors l’obstacle irrite deux
P
forces conspirantes; la
la gorge à voir de la crème; d’autres à voir brasser un lit de plume: comme Germanicus ne pouvait souffrir ni la vue, ni le chant des coqs »; cf. la source: Montaigne, Essais cit., livre I, chap. XXVI: « De l’institution des enfants », vol. I,
p. 285: «Toute étrangeté et particularité en nos mœurs et conditions est évitable,
comme ennemie de communication et de société, et comme monstrueuse […]
comme Germanicus ne pouvait souffrir ni la vue ni le chant des coqs. Il y peut
avoir à l’aventure à cela quelque propriété occulte, mais on l’éteindrait, à mon
avis, qui s’y prendrait de bonne heure ».
52 Cf. M. Cureau de La Chambre, Les Caractères des passions cit., vol. I,
chap. II, pp. 15-90: «Les caractères de l’amour. L’amour n’est pas seulement la
source de toutes les Passions, elle l’est encore de tous les biens et de tous les
maux qui arrivent aux hommes. Sans elle les sciences ne seraient point au
monde, la vertu serait sans sectateurs, et la société Civile serait un bien imaginaire. C’est elle qui fait naître en nous le désir des belles choses, qui nous les fait
posséder, et qui par un merveilleux enchantement, nous change et nous transforme en elles ». Diderot, en « spinoziste », ne partage pas cette opinion platonicienne de Cureau; le cartésien idéalise les effets de la passion, tout en
demeurant attentif à ses causes corporelles. Le matérialiste, en revanche,
concrétise les idéaux de la vie morale, dont l’amour est un puissant mobile, dans
leurs origines corporelles.
53 Ibidem, chap. V: « Les caractères du désir », pp. 170-200, où l’on parle,
cependant, de désirs de l’âme: « S’il est vrai que l’Âme ait des Ailes, comme
Socrate a dit autrefois, il ne faut point les chercher ailleurs que dans les Désirs.
Ce sont eux qui la portent en tous les endroits où elle veut aller, ils l’élèvent jusqu’au Ciel, ils la font descendre jusqu’aux abîmes. Et par une étrange et merveilleuse sorte de mouvement, ils la font sortir hors d’elle-même sans la diviser,
et la transportent partout sans lui faire quitter le lieu où elle est ».
P forces conspirantes; défense l’irrite, car elle surfait...
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
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AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 327
des effets contraires. L’amour s’élance au-dehors, l’aversion se
retire en dedans. Voyez l’homme qui désire: ses yeux, ses joues,
ses bras, ses mains, ses pieds, ses poumons se portent au-dehors.
L’amour élance l’homme au-dehors, approche l’objet par le
même mouvement, il est tout contre: on le saisit, on l’embrasse.
On se place dans le lit de celle qu’on aime; on l’amène dans le
sien; on se place sur le trône; voilà des soldats, on commande etc.
De là, le délire, l’extase; on est au ciel, on voit tout etc.
52
Le désir étend les dimensions du corps. L’aversion les rapetisse
53
. Le désir est importun, il sollicite, il est impatient. Borné
dans la brute, immense dans l’homme, il s’accroît en raison
directe de l’importance réelle ou idéale de l’objet et inverse des
obstacles et quelquefois en raison composée des deux, selon le
caractère. Alors l’obstacle irrite deux
P
forces conspirantes; la
la gorge à voir de la crème; d’autres à voir brasser un lit de plume: comme Germanicus ne pouvait souffrir ni la vue, ni le chant des coqs »; cf. la source: Montaigne, Essais cit., livre I, chap. XXVI: « De l’institution des enfants », vol. I,
p. 285: «Toute étrangeté et particularité en nos mœurs et conditions est évitable,
comme ennemie de communication et de société, et comme monstrueuse […]
comme Germanicus ne pouvait souffrir ni la vue ni le chant des coqs. Il y peut
avoir à l’aventure à cela quelque propriété occulte, mais on l’éteindrait, à mon
avis, qui s’y prendrait de bonne heure ».
52 Cf. M. Cureau de La Chambre, Les Caractères des passions cit., vol. I,
chap. II, pp. 15-90: «Les caractères de l’amour. L’amour n’est pas seulement la
source de toutes les Passions, elle l’est encore de tous les biens et de tous les
maux qui arrivent aux hommes. Sans elle les sciences ne seraient point au
monde, la vertu serait sans sectateurs, et la société Civile serait un bien imaginaire. C’est elle qui fait naître en nous le désir des belles choses, qui nous les fait
posséder, et qui par un merveilleux enchantement, nous change et nous transforme en elles ». Diderot, en « spinoziste », ne partage pas cette opinion platonicienne de Cureau; le cartésien idéalise les effets de la passion, tout en
demeurant attentif à ses causes corporelles. Le matérialiste, en revanche,
concrétise les idéaux de la vie morale, dont l’amour est un puissant mobile, dans
leurs origines corporelles.
53 Ibidem, chap. V: « Les caractères du désir », pp. 170-200, où l’on parle,
cependant, de désirs de l’âme: « S’il est vrai que l’Âme ait des Ailes, comme
Socrate a dit autrefois, il ne faut point les chercher ailleurs que dans les Désirs.
Ce sont eux qui la portent en tous les endroits où elle veut aller, ils l’élèvent jusqu’au Ciel, ils la font descendre jusqu’aux abîmes. Et par une étrange et merveilleuse sorte de mouvement, ils la font sortir hors d’elle-même sans la diviser,
et la transportent partout sans lui faire quitter le lieu où elle est ».
P forces conspirantes; défense l’irrite, car elle surfait...
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