Différence du tout et de l’organe; le tout prévoit et l’organe ne
prévoit pas. Le tout s’expérimente, l’organe ne s’expérimente
pas; le tout évite le mal, l’organe ne l’évite pas, il le sent et
cherche à s’en délivrer.
Pourquoi sommes-nous plus susceptibles de douleur que de
plaisir, ou plus sensibles à la douleur
D
qu’au plaisir?
41 C’est que
la douleur agite les brins du faisceau d’une manière violente et
destructive
E et que le plaisir, au contraire, ne les tiraille pas jusqu’à les blesser, ou que quand cela arrive, le plaisir
F
se change en
douleur. Ni la douleur corporelle, ni la douleur morale n’est point
une passion.
Je ne doute point que chaque passion n’ait une espèce de pouls
qui lui soit propre, ainsi que chaque organe ou maladie
42
.
tion successive de plusieurs molécules sensibles. Chaque molécule sensible
avait son moi avant l’application; mais comment l’a-t-elle perdu, et comment
de toutes ces pertes en est-il résulté la conscience d’un tout?».
D qu’au plaisir aj. V.
41 Cf. Marat, De l’Homme cit., vol II, Section Seconde: « De l’influence du
Corps sur l’Ame », pp. 128-129: «Pourquoi l’homme est plus sensible à la douleur
qu’au plaisir […]. Malgré que nous ignorions le mécanisme des sensations, il est
certain toutefois que leur force se mesure sur celle de l’ébranlement des fibres nerveuses dont leurs organes sont tissus. Or dans les sensations agréables ces fibres sont
peu ébranlées; on dirait que les objets de plaisir ne font que glisser légèrement par
dessus: au lieu que dans les sensations douloureuses ces fibres sont toujours violemment comprimées, toujours tiraillées outre mesure, souvent même déchirées ».
E J.-A. Naigeon, Mémoires historiques et philosophiques sur la vie et les
ouvrages de Diderot, Paris, 1821, p. 233: « distractive ».
F FNR: se change en douleur. L’un et l’autre. De la sensation actuelle. De la
pensée. De la mémoire. De l’agitation spontanée des organes et de la cessation
de la peine. (p. 212, l. 14-19; AT, 353-354).
42 Cf. Th. de Bordeu, Recherches sur le pouls, par rapport aux crises, Paris,
1756 [1779
2 ]; la pratique diagnostique de mesurer la fluxion sanguine pour
déterminer l’état de la maladie dans ses moments « critiques » est une spécificité
de la doctrine médicale « expectative » de Bordeu: il faut se remettre d’abord à
la nature et à l’hygiène, pour attendre que les grandes maladies fassent leur
cours (« la nature doit faire son cours »); cf. R. Mortier-R. Trousson (éds.), Dictionnaire de Diderot cit., pp. 83-85: article « Bordeu »; Enc., XIII, p. 213a,
article « Pouls »: « Les pouls bien réglés sont en général préférables aux irréguliers, cependant ceux-ci ne laissent pas d’avoir de grands avantages, ils annoncent dans les maladies une terminaison en bien ou en mal. Si le pouls est
irrégulier, et en même temps fort et qu’il y ait eu des signes de coction précédents, c’est un signe de crise prochaine; dans ce cas l’ordre constant qui dénote
une tranquillité infructueuse et nuisible, est moins avantageux que l’irrégularité »; cf. aussi Enc., IV, pp. 471b-489a, article « Crise » (infra, note 45).
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
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prévoit pas. Le tout s’expérimente, l’organe ne s’expérimente
pas; le tout évite le mal, l’organe ne l’évite pas, il le sent et
cherche à s’en délivrer.
Pourquoi sommes-nous plus susceptibles de douleur que de
plaisir, ou plus sensibles à la douleur
D
qu’au plaisir?
41 C’est que
la douleur agite les brins du faisceau d’une manière violente et
destructive
E et que le plaisir, au contraire, ne les tiraille pas jusqu’à les blesser, ou que quand cela arrive, le plaisir
F
se change en
douleur. Ni la douleur corporelle, ni la douleur morale n’est point
une passion.
Je ne doute point que chaque passion n’ait une espèce de pouls
qui lui soit propre, ainsi que chaque organe ou maladie
42
.
tion successive de plusieurs molécules sensibles. Chaque molécule sensible
avait son moi avant l’application; mais comment l’a-t-elle perdu, et comment
de toutes ces pertes en est-il résulté la conscience d’un tout?».
D qu’au plaisir aj. V.
41 Cf. Marat, De l’Homme cit., vol II, Section Seconde: « De l’influence du
Corps sur l’Ame », pp. 128-129: «Pourquoi l’homme est plus sensible à la douleur
qu’au plaisir […]. Malgré que nous ignorions le mécanisme des sensations, il est
certain toutefois que leur force se mesure sur celle de l’ébranlement des fibres nerveuses dont leurs organes sont tissus. Or dans les sensations agréables ces fibres sont
peu ébranlées; on dirait que les objets de plaisir ne font que glisser légèrement par
dessus: au lieu que dans les sensations douloureuses ces fibres sont toujours violemment comprimées, toujours tiraillées outre mesure, souvent même déchirées ».
E J.-A. Naigeon, Mémoires historiques et philosophiques sur la vie et les
ouvrages de Diderot, Paris, 1821, p. 233: « distractive ».
F FNR: se change en douleur. L’un et l’autre. De la sensation actuelle. De la
pensée. De la mémoire. De l’agitation spontanée des organes et de la cessation
de la peine. (p. 212, l. 14-19; AT, 353-354).
42 Cf. Th. de Bordeu, Recherches sur le pouls, par rapport aux crises, Paris,
1756 [1779
2 ]; la pratique diagnostique de mesurer la fluxion sanguine pour
déterminer l’état de la maladie dans ses moments « critiques » est une spécificité
de la doctrine médicale « expectative » de Bordeu: il faut se remettre d’abord à
la nature et à l’hygiène, pour attendre que les grandes maladies fassent leur
cours (« la nature doit faire son cours »); cf. R. Mortier-R. Trousson (éds.), Dictionnaire de Diderot cit., pp. 83-85: article « Bordeu »; Enc., XIII, p. 213a,
article « Pouls »: « Les pouls bien réglés sont en général préférables aux irréguliers, cependant ceux-ci ne laissent pas d’avoir de grands avantages, ils annoncent dans les maladies une terminaison en bien ou en mal. Si le pouls est
irrégulier, et en même temps fort et qu’il y ait eu des signes de coction précédents, c’est un signe de crise prochaine; dans ce cas l’ordre constant qui dénote
une tranquillité infructueuse et nuisible, est moins avantageux que l’irrégularité »; cf. aussi Enc., IV, pp. 471b-489a, article « Crise » (infra, note 45).
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