pour moi, qu’un point nébuleux. Mais ce point nébuleux, à force
d’être devenu pour le sauvage le signe caractéristique d’un vaisseau, est réellement devenu un vaisseau, qu’il voit dans son imagination très distinctement. C’est toujours un point nébuleux,
mais qui réveille l’image d’un vaisseau. Ce point est comme un
mot, le mot arbre, qui n’est qu’un son, mais qui me rappelle un
arbre que je vois.
L’imagination dispose des sens, de l’œil, en montrant des
objets où ils ne sont pas; du goût, du toucher, de l’oreille. Si je
crois entendre un son, je l’entends, voir un objet, je le vois.
L’œil et l’oreille sont-ils alors affectés, comme si je voyais ou
si j’entendais? Je le crois. Ou les organes sont-ils en repos et tout
se passe-t-il dans l’entendement?
T
Cette question me semble difficile à résoudre.
Par l’application un peu forte, l’imagination réalise au loin,
sans rêver. C’est ainsi qu’un enfant fit voir sur un toit un serpent
à tout un collège.
En rêve, ce sont les sens qui disposent de l’imagination par la
sympathie des organes et par la sympathie des objets.
U
Si l’on y fait bien attention, on trouvera que ses tableaux
nous semblent hors de nous, à une distance plus ou moins grande.
On trouvera que
V
nous voyons ces tableaux imaginaires, précisément comme nous voyons avec nos yeux les tableaux réels, avec
T Cette question est difficile à résoudre.
U FNR: Images, idée fausse, puisqu’on peut ôter une portion de la cervelle et
laisser l’imagination intacte et la mémoire. Si l’on y fait bien attention…
(p. 235, l. 14-16; AT, 364) [cf. Locke, An Essay concerning Human Understanding cit., liv. II, chap. I, § 25: « In this part the understanding is merely passive;
and whether or no it will have these beginnings, and as it were materials of
knowledge, is not in its own power. For the objects of our senses do, many of
them, obtrude their particular ideas upon our minds whether we will or not; and
the operations of our minds will not let us be without, at least, some obscure
notions of them ». Diderot nous paraît répondre ici à la supposition qui explique
la mémoire par la persistance, et l’imagination par l’impression actuelle d’une
image sur la substance même du cerveau. Il se ralliera cependant, ailleurs, à
cette supposition ou, tout au moins, ne rendra pas un compte suffisant des différences qui l’éloignent de sa vraie manière de concevoir ces phénomènes (note
AT), à savoir c’est la réinterprétation, sous une perspective matérialiste, de la
dichotomie lockéenne perception-imagination, où le rapport entre les deux est
renversé: l’imagination et la mémoire ont affaire aux activités cérébrales
mêmes inconscientes, et la perception y représente le moment passif].
V nous les voyons, ces tableaux imaginaires…
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
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AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 305
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