raisonnement les lie.
H
Jugement, raisonnement, formation des
langues. Tachons d’expliquer ces opérations de l’entendement.
On juge: voilà le fait. Comment le jugement se fait-il? Voilà
le phénomène à expliquer. Peut-être ce phénomène, au premier
coup d’œil, paraît-il aux ignorants beaucoup plus facile, aux
hommes instruits beaucoup plus difficile qu’il ne l’est.
Par la raison seule que toute sensation est composée, elle suppose jugement ou affirmation de plusieurs qualités éprouvées à la
fois.
Par la raison qu’elles sont durables, il y a coexistence de sensations. L’animal sent cette coexistence. Or, sentir deux êtres
coexistants, c’est juger. Voilà le jugement formé; la voix l’articule. L’homme dit mur blanc et voilà
I
le jugement prononcé.
La chose devient encore plus aisée à concevoir, si j’ai la présence des objets. Voilà un mur et je dis mur; et tandis que je prononce ce mot, je le vois blanc et je dis blanc. Or, ce qui se fait dans
la présence des objets, s’exécute de la même manière dans leur
absence, lorsque l’imagination les supplée.
On éprouve une sensation; on a une idée; on produit
J
un son
représentatif de cette sensation ou commémoratif de cette idée. Si
la sensation ou l’idée se représente, la mémoire rappelle et l’organe rend le même son. Avec l’expérience, les sensations,
K
les
idées se multiplient; mais comment la liaison s’introduit-elle
entre les sensations, les idées et les sons, de manière non pas à
former un chaos de sensations, d’idées et de sons isolés et disparates, mais une série que nous appelons raisonnable, sensée, ou
suivie? Le voici.
Il y a, dans la nature, des liaisons entre les objets et entre les
parties d’un objet. Cette liaison est nécessaire. Elle entraîne une
liaison ou une succession nécessaire
L
de sons, correspondants à la
succession nécessaire des choses aperçues, senties, vues, flairées
H ENTENDEMENT. Des opérations de l’entendement; du jugement; du raisonnement; de la formation des langues.
I FNR: le jugement prononcé. Ce qui obscurcit une chose très claire, c’est le
penchant presque inné à supposer un être inutile, juge des sensations coexistantes, tandis qu’il ne faut que le seul être sensible qui les éprouve et les énonce.
Mais la chose devient […] et j’ajoute blanc. (p. 222, l. 6-11; AT, 358).
J un son ou représentatif de cette sensation…
K les idées et les sons se multiplient…
L de son correspondante à la succession…
288
PARTIE III
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 288
H
Jugement, raisonnement, formation des
langues. Tachons d’expliquer ces opérations de l’entendement.
On juge: voilà le fait. Comment le jugement se fait-il? Voilà
le phénomène à expliquer. Peut-être ce phénomène, au premier
coup d’œil, paraît-il aux ignorants beaucoup plus facile, aux
hommes instruits beaucoup plus difficile qu’il ne l’est.
Par la raison seule que toute sensation est composée, elle suppose jugement ou affirmation de plusieurs qualités éprouvées à la
fois.
Par la raison qu’elles sont durables, il y a coexistence de sensations. L’animal sent cette coexistence. Or, sentir deux êtres
coexistants, c’est juger. Voilà le jugement formé; la voix l’articule. L’homme dit mur blanc et voilà
I
le jugement prononcé.
La chose devient encore plus aisée à concevoir, si j’ai la présence des objets. Voilà un mur et je dis mur; et tandis que je prononce ce mot, je le vois blanc et je dis blanc. Or, ce qui se fait dans
la présence des objets, s’exécute de la même manière dans leur
absence, lorsque l’imagination les supplée.
On éprouve une sensation; on a une idée; on produit
J
un son
représentatif de cette sensation ou commémoratif de cette idée. Si
la sensation ou l’idée se représente, la mémoire rappelle et l’organe rend le même son. Avec l’expérience, les sensations,
K
les
idées se multiplient; mais comment la liaison s’introduit-elle
entre les sensations, les idées et les sons, de manière non pas à
former un chaos de sensations, d’idées et de sons isolés et disparates, mais une série que nous appelons raisonnable, sensée, ou
suivie? Le voici.
Il y a, dans la nature, des liaisons entre les objets et entre les
parties d’un objet. Cette liaison est nécessaire. Elle entraîne une
liaison ou une succession nécessaire
L
de sons, correspondants à la
succession nécessaire des choses aperçues, senties, vues, flairées
H ENTENDEMENT. Des opérations de l’entendement; du jugement; du raisonnement; de la formation des langues.
I FNR: le jugement prononcé. Ce qui obscurcit une chose très claire, c’est le
penchant presque inné à supposer un être inutile, juge des sensations coexistantes, tandis qu’il ne faut que le seul être sensible qui les éprouve et les énonce.
Mais la chose devient […] et j’ajoute blanc. (p. 222, l. 6-11; AT, 358).
J un son ou représentatif de cette sensation…
K les idées et les sons se multiplient…
L de son correspondante à la succession…
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