Raison
La raison ou l’instinct de l’homme
64 est déterminé par son
organisation et par les dispositions, les goûts, les aptitudes que la
mère communique à l’enfant, qui pendant neuf mois n’a fait
qu’un avec elle
65
.
H
Sa perfectibilité naît de la faiblesse des autres sens, dont
aucun ne prédomine sur l’organe de la raison; si l’homme avait le
nez du chien, il flairerait toujours, l’œil de l’aigle, il ne cesserait
de regarder. L’oreille de la taupe, ce serait un être écoutant
66
.
On fait assez communément, sur ce sujet, deux suppositions
absurdes; et de ces deux suppositions absurdes on en déduit
ensuite des difficultés insolubles. L’une de ces suppositions, c’est
qu’il y ait sur la surface de la terre un être, un animal, qui ait été
de toute éternité ce qu’il est à présent. L’autre, c’est qu’il n’y a
nulle différence entre l’homme qui sortirait de la main d’un Créa64 Cf. Réfutation d’Helvétius, dans OP, p. 590: « L’homme est aussi une
espèce animale, sa raison n’est qu’un instinct perfectible et perfectionné; et
dans la carrière des sciences et des arts il y a d’autant d’instincts divers que des
chiens dans un équipage de chasse ».
65 Ce paragraphe manque dans SP.
H DE LA PERFECTIBILITÉ DE L’HOMME. La perfectibilité de l’Homme naît de
la faiblesse de ses sens […] la raison. S’il avait…
66 Cf. Observations sur la «Lettre sur l’homme et ses rapports» de Hemsterhuis, dans OD, I, p.704: « Toute l’âme d’un chien est au bout de son nez.
Affaire d’organisation. Changez la ligne faciale. Arrondissez la tête etc. et le
chien ne quêtera plus des perdrix; il éventera des hérétiques. Allongez le nez du
docteur de Sorbonne etc... et il ne chassera plus l’hérétique; il arrêtera la perdrix ». Diderot polemiqua amicalement avec le platonicien hollandais Franciscus Hemsterhuis (1720-1790) sur le thème de la « matérialité » de l’âme. On
retrouvera ses arguments critiques dans la Réfutation d’Helvétius (OP, pp. 581587) et même dans l’Essai sur les règnes de Claude et Néron, DPV, XXV,
p. 336: « Homme, songe que c’est à la faiblesse de tes organes que tu dois la
qualité qui te distingue des animaux. Ambitionnes-tu le regard perçant de
l’aigle? tu regarderas sans cesse: l’odorat du chien? tu flaireras du matin au
soir. L’organe de ton jugement est resté le prédominant et le maître; il eût été
l’esclave d’un de tes sens trop vigoureux: de là ta perfectibilité. S’il existe dans
ton cerveau une fibre plus énergique que les autres, tu n’es plus propre qu’à une
chose, tu es un homme de génie: l’animal et l’homme de génie se touchent ».
L’idée vient de Buffon, Histoire naturelle cit., vol. XIV (Paris, 1766), « Nomenclature des Singes », pp. 30-33: « Il semble même que l’effet principal de l’éducation soit moins d’instruire l’âme ou de perfectionner ses opérations
spirituelles, que de modifier les organes matériels et de leur procurer l’état le
plus favorable à l’exercice du principe pensant ».
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PARTIE I
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 144
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