chapitre 31 Les Eumycètes 753
l’intestin des bovins et d’autres mammifères herbivores. Le
système digestif de nombreux Arthropodes contient également
des Eumycètes (Zygomycètes). Toutefois, de nombreuses espèces
de fourmis profitent autrement des capacités de digestion des
Eumycètes en en faisant la « culture ». Par exemple, les fourmis parasol, ou coupe-feuilles (appartenant au genre Atta),
sillonnent les forêts tropicales à la recherche de feuilles particulières qu’elles ne peuvent digérer seules, mais qu’elles transportent jusqu’à leurs nids pour en nourrir les Eumycètes ;
ces nids deviennent donc de véritables jardins à Eumycètes
(figure 31.22). En proliférant, les hyphes forment à leurs
extrémités des bourgeons gonflés riches en protéines et en
glucides dans lesquels les fourmis trouvent leur principale
source de nourriture. Grâce à la cellulase qu’ils produisent,
les Eumycètes décomposent la cellulose des feuilles en substances que les fourmis peuvent digérer, tout en détoxifiant
les composés qui servent de défense à la feuille, mais qui
incommoderaient ou tueraient les fourmis. Dans certaines
forêts tropicales, les Eumycètes ont aidé ces insectes à devenir
les principaux consommateurs de feuilles.
L’évolution de ces fourmis jardinières et celle des Eumy cètes
qu’elles « cultivent » sont très étroitement liées depuis plus de
50 millions d’années. Les Eumycètes sont devenus si dépendants de leurs pourvoyeurs (qui leur fournissent un abri protecteur en plus de la nourriture) que, dans bien des cas, ils ne
peuvent plus survivre sans les fourmis, ni elles sans eux.
Les Lichens
Un lichen est le résultat d’une association symbiotique entre
un microorganisme photosynthétique et un Eumycète et réunissant des millions de cellules photosynthétiques enchevêtrées dans un treillis d’hyphes. Les Lichens croissent à la
surface des rochers, des sols, des troncs d’arbre en décomposition, des arbres et des toits sous diverses formes (figure 31.23).
Le partenaire photosynthétique est une algue verte unicellulaire ou filamenteuse, ou une cyanobactérie. La partie fongique
est le plus souvent un Ascomycète, bien qu’on ait identifié
un lichen avec un Gloméromycète et 75 autres avec des Basidiomycètes. C’est habituellement l’eumycète qui donne au
lichen sa structure et sa forme. De même, les tissus fabriqués
par les hyphes représentent la plus grande partie de la masse
du lichen. L’algue ou la cyanobactérie en constitue généralement la couche interne (figure 31.24).
La fusion entre l’eumycète et l’algue ou la cyanobactérie
est si complète qu’on donne aux Lichens des noms scientifiques, comme s’ils étaient des organismes individuels. À ce
jour, on a décrit quelque 17 000 espèces, et leur classification
est basée sur la nature de l’eumycète qui les constitue.
Comme on peut s’y attendre de ce type d’« organisme
mixte », la reproduction de la partie symbiotique a lieu de
façon asexuée, soit par fragmentation du lichen parent, soit
par formation de sorédies, de petits amas d’hyphes incrustées
m Figure 31.22 Des insectes jardiniers. Ces fourmis parasol
(Atta spp.) ont besoin des Eumycètes pour transformer la matière végétale
en une substance digestible. Pour leur part, les Eumycètes prélèvent
des nutriments provenant des feuilles apportées par les fourmis.
. Figure 31.21
Les endophytes ont-ils un effet bénéfique
sur les Végétaux ligneux ?
eXpérienCe Les endophytes sont des Eumycètes symbiotiques que l’on
trouve dans tous les Végétaux examinés à ce jour. À la University of Arizona,
à Tucson, A. Elizabeth Arnold et ses collègues ont mesuré les effets
bénéfiques des endophytes sur le cacaoyer (Theobroma cacao). Cet arbre,
dont le nom grec signifie « nourriture des dieux », produit des fèves
servant à la confection du chocolat, et sa culture s’effectue dans la plupart
des régions tropicales. Les chercheurs ont ajouté des endophytes aux
feuilles de certains semis de cacaoyer pour les comparer à d’autres qui
n’en avaient pas reçu. (Les endophytes colonisent les feuilles du cacaoyer
après la germination des semis.) Les semis ont ensuite été inoculés d’un
agent pathogène virulent, le Protiste Phytophthora (voir le chapitre 28).
résultats Un plus grand nombre de feuilles ont survécu à l’agent
pathogène parmi les semis qui hébergeaient des endophytes, par comparaison à ceux qui en étaient dépourvus. De plus, parmi les feuilles qui
ont survécu, celles provenant de semis avec endophytes ont été moins
endommagées que celles des semis sans endophytes.
Sans endophytes ; avec agent pathogène (E–P)
Avec endophytes et agent pathogène (EP)
Mortalité foliaire (%)
0
30
20
10
E–P
EP
Surface foliaire
endommagée (%)
0
15
10
5
E–P
EP
ConClusion La présence d’endophytes dans les cacaoyers semble leur
être profitable en réduisant la mortalité foliaire et les dommages causés
par Phytophthora.
sourCe A. E. Arnold et al., Fungal endophytes limit pathogen damage
in a tropical tree, Proceedings of the National Academy of Sciences 100 :
15649-15654 (2003).
et si ?
Au cours de leur expérimentation, Arnold et ses collègues
ont effectué des expériences avec des groupes témoins. Proposez deux
types de groupes témoins que les chercheurs auraient pu former et expliquez comment chacun aurait contribué à l’interprétation des résultats
décrits ci-dessus.
inVestiGation
l’intestin des bovins et d’autres mammifères herbivores. Le
système digestif de nombreux Arthropodes contient également
des Eumycètes (Zygomycètes). Toutefois, de nombreuses espèces
de fourmis profitent autrement des capacités de digestion des
Eumycètes en en faisant la « culture ». Par exemple, les fourmis parasol, ou coupe-feuilles (appartenant au genre Atta),
sillonnent les forêts tropicales à la recherche de feuilles particulières qu’elles ne peuvent digérer seules, mais qu’elles transportent jusqu’à leurs nids pour en nourrir les Eumycètes ;
ces nids deviennent donc de véritables jardins à Eumycètes
(figure 31.22). En proliférant, les hyphes forment à leurs
extrémités des bourgeons gonflés riches en protéines et en
glucides dans lesquels les fourmis trouvent leur principale
source de nourriture. Grâce à la cellulase qu’ils produisent,
les Eumycètes décomposent la cellulose des feuilles en substances que les fourmis peuvent digérer, tout en détoxifiant
les composés qui servent de défense à la feuille, mais qui
incommoderaient ou tueraient les fourmis. Dans certaines
forêts tropicales, les Eumycètes ont aidé ces insectes à devenir
les principaux consommateurs de feuilles.
L’évolution de ces fourmis jardinières et celle des Eumy cètes
qu’elles « cultivent » sont très étroitement liées depuis plus de
50 millions d’années. Les Eumycètes sont devenus si dépendants de leurs pourvoyeurs (qui leur fournissent un abri protecteur en plus de la nourriture) que, dans bien des cas, ils ne
peuvent plus survivre sans les fourmis, ni elles sans eux.
Les Lichens
Un lichen est le résultat d’une association symbiotique entre
un microorganisme photosynthétique et un Eumycète et réunissant des millions de cellules photosynthétiques enchevêtrées dans un treillis d’hyphes. Les Lichens croissent à la
surface des rochers, des sols, des troncs d’arbre en décomposition, des arbres et des toits sous diverses formes (figure 31.23).
Le partenaire photosynthétique est une algue verte unicellulaire ou filamenteuse, ou une cyanobactérie. La partie fongique
est le plus souvent un Ascomycète, bien qu’on ait identifié
un lichen avec un Gloméromycète et 75 autres avec des Basidiomycètes. C’est habituellement l’eumycète qui donne au
lichen sa structure et sa forme. De même, les tissus fabriqués
par les hyphes représentent la plus grande partie de la masse
du lichen. L’algue ou la cyanobactérie en constitue généralement la couche interne (figure 31.24).
La fusion entre l’eumycète et l’algue ou la cyanobactérie
est si complète qu’on donne aux Lichens des noms scientifiques, comme s’ils étaient des organismes individuels. À ce
jour, on a décrit quelque 17 000 espèces, et leur classification
est basée sur la nature de l’eumycète qui les constitue.
Comme on peut s’y attendre de ce type d’« organisme
mixte », la reproduction de la partie symbiotique a lieu de
façon asexuée, soit par fragmentation du lichen parent, soit
par formation de sorédies, de petits amas d’hyphes incrustées
m Figure 31.22 Des insectes jardiniers. Ces fourmis parasol
(Atta spp.) ont besoin des Eumycètes pour transformer la matière végétale
en une substance digestible. Pour leur part, les Eumycètes prélèvent
des nutriments provenant des feuilles apportées par les fourmis.
. Figure 31.21
Les endophytes ont-ils un effet bénéfique
sur les Végétaux ligneux ?
eXpérienCe Les endophytes sont des Eumycètes symbiotiques que l’on
trouve dans tous les Végétaux examinés à ce jour. À la University of Arizona,
à Tucson, A. Elizabeth Arnold et ses collègues ont mesuré les effets
bénéfiques des endophytes sur le cacaoyer (Theobroma cacao). Cet arbre,
dont le nom grec signifie « nourriture des dieux », produit des fèves
servant à la confection du chocolat, et sa culture s’effectue dans la plupart
des régions tropicales. Les chercheurs ont ajouté des endophytes aux
feuilles de certains semis de cacaoyer pour les comparer à d’autres qui
n’en avaient pas reçu. (Les endophytes colonisent les feuilles du cacaoyer
après la germination des semis.) Les semis ont ensuite été inoculés d’un
agent pathogène virulent, le Protiste Phytophthora (voir le chapitre 28).
résultats Un plus grand nombre de feuilles ont survécu à l’agent
pathogène parmi les semis qui hébergeaient des endophytes, par comparaison à ceux qui en étaient dépourvus. De plus, parmi les feuilles qui
ont survécu, celles provenant de semis avec endophytes ont été moins
endommagées que celles des semis sans endophytes.
Sans endophytes ; avec agent pathogène (E–P)
Avec endophytes et agent pathogène (EP)
Mortalité foliaire (%)
0
30
20
10
E–P
EP
Surface foliaire
endommagée (%)
0
15
10
5
E–P
EP
ConClusion La présence d’endophytes dans les cacaoyers semble leur
être profitable en réduisant la mortalité foliaire et les dommages causés
par Phytophthora.
sourCe A. E. Arnold et al., Fungal endophytes limit pathogen damage
in a tropical tree, Proceedings of the National Academy of Sciences 100 :
15649-15654 (2003).
et si ?
Au cours de leur expérimentation, Arnold et ses collègues
ont effectué des expériences avec des groupes témoins. Proposez deux
types de groupes témoins que les chercheurs auraient pu former et expliquez comment chacun aurait contribué à l’interprétation des résultats
décrits ci-dessus.
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