chapitre 28 Les Protistes 675
Quand les Dinophytes connaissent des périodes d’explosion démographique, on observe des marées rouges dans les
eaux côtières. La couleur brun-rouge ou rose orangé de ces
marées vient des pigments caroténoïdes, qui prédominent
dans les plastes de ces organismes. Les toxines produites par
certains Dinophytes (notamment Karenia brevis, qui vit dans
le golfe du Mexique) peuvent tuer massivement des Invertébrés et des Poissons. Les Mollusques ne sont pas affectés par
la toxine paralysante (que l’on dit des milliers de fois plus
puissante que le cyanure), mais ils accumulent ces produits,
ce qui risque d’intoxiquer, parfois mortellement, les humains
qui consomment ces coquillages.
Les Apicomplexés
Presque tous les Apicomplexés sont des parasites des Animaux ; certains causent d’ailleurs de graves maladies chez
l’humain. Ces parasites disséminent chez leur hôte de minuscules cellules infectieuses appelées sporozoïtes. Les Apicomplexés doivent leur nom au fait qu’on observe, à l’extrémité
apicale de la cellule sporozoïte, un complexe d’organites spécialisés qui lui permettent de pénétrer dans les cellules et
les tissus de l’hôte. Bien que les Apicomplexés ne soient pas
photosynthétiques, des données récentes montrent qu’ils
conservent un plaste modifié (apicoplaste), provenant probablement d’une algue rouge ancestrale.
La plupart des Apicomplexés ont un cycle de développement complexe qui comporte des stades sexués et asexués, et
qui nécessite deux espèces d’hôtes, ou plus. Par exemple, l’agent
du paludisme, Plasmodium, parasite tout autant les moustiques
et que les humains (figure 28.10).
Historiquement, la malaria disputait à la tuberculose le
titre de principale cause de mortalité d’origine infectieuse.
Dans les années 1960, deux facteurs ont grandement contribué à diminuer l’incidence du paludisme : la réduction, à l’aide
d’insecticides, des populations du moustique porteur du genre
Anopheles, dont la piqûre transmet la maladie ; et la mise au
point de médicaments qui tuent les parasites chez l’humain
(quinine, chloroquine et méfloquine notamment). Cependant,
la multiplication de souches résistantes d’Anopheles et de Plasmodium a provoqué récemment un nouvel essor de la maladie.
On estime que 250 millions de personnes sont couramment
infectées par le paludisme dans les régions tropicales et que,
chaque année, au moins 900 000 d’entre elles en meurent.
La mise au point de vaccins antipaludéens est difficile, car
les Plasmodium vivent la plupart du temps à l’abri du système immunitaire de leur hôte en se cachant dans les cellules
humaines. En outre, comme les trypanosomes, les Plasmodium
modifient continuellement leurs protéines membra naires.
Un besoin pressant de traitements a galvanisé les démarches
visant à séquencer plusieurs génomes de Plasmodium. De plus,
les chercheurs connaissent maintenant l’expression de la
plupart des gènes du parasite à de nombreux stades de son
cycle de développement. Ces résultats pourraient aider les
scienti fiques à mettre au point des vaccins efficaces. Les chercheurs travaillent également à élaborer des médicaments qui
s’attaquent à l’apicoplaste. Ces recherches pourraient s’avérer
efficaces puisque l’apicoplaste, dérivé d’un Procaryote par
endosymbiose secondaire, présente des voies métaboliques
différentes de celles qu’on trouve chez l’humain.
Les Ciliés
Les Protistes qui forment le groupe vaste et diversifié des
Ciliés se déplacent et se nourrissent à l’aide de milliers de
cils (figure 28.11a). Certains Ciliés sont complètement couverts de cils, tandis que chez d’autres les cils sont disposés en
rangées ou en touffes. Chez certaines espèces, des rangées de
cils denses servent collectivement de membranelles locomotrices. D’autres espèces se déplacent rapidement grâce à des
faisceaux de cils semblables à des pattes.
Les Ciliés possèdent une caractéristique génétique exclusive : ils ont deux types de noyaux, le macronoyau et le micronoyau. La cellule possède un ou plusieurs noyaux de chaque
type. Les variations génétiques sont le fruit de la conjugaison, un processus sexuel au cours duquel deux individus échangent un micronoyau haploïde, sans se reproduire
(figure 28.11b).
Les Ciliés se reproduisent généralement par scissiparité, un
processus au cours duquel le macronoyau existant se désintègre et un nouveau se forme à partir du micronoyau de la
cellule. Chaque micronoyau contient généralement de nombreuses copies du génome de la cellule. Les gènes contenus
dans le macronoyau régissent les fonctions quotidiennes de
la cellule, comme l’alimentation, l’élimination des déchets et
l’équilibre hydrique (voir la figure 28.11a).
Les Straménopiles
Les Straménopiles constituent un autre sous-groupe des
Chromalvéolés. Ces Protistes réunissent certains des organismes photosynthétiques les plus importants de la planète,
de même que plusieurs clades d’organismes hétérotrophes. Le
nom du clade (du latin stramen, « paille », et pilos, « cheveu »)
témoigne de la présence du flagelle caractéristique, doté des
nombreux prolongements filiformes qu’on observe chez ces
organismes. Dans la plupart des cas, le flagelle « velu » est doublé d’un flagelle « glabre » plus court (figure 28.12). Nous
nous intéresserons ici aux quatre groupes de Straménopiles,
soit les Diatomées, les Algues dorées, les Algues brunes et
les Oomycètes.
Flagelles
3
Rm
(3 700
w)
m  Figure 28.9 Le Dinophyte Pfiesteria shumwayae. Le mouvement
du flagelle hélicoïdal, qui se trouve dans le sillon encerclant la cellule,
fait tourbillonner cet Alvéolobionte (cliché coloré artificiellement [MEB]).
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