chapitre 26 La phylogenèse et l’arbre de la vie 621
l’arbre phylogénétique reflète la classification hiérarchisée des
groupes taxinomiques en fonction de ceux qui sont les plus
inclusifs. Il est arrivé cependant que des taxinomistes rangent
une espèce au sein d’un genre (ou d’un autre groupe) avec
lequel elle n’est pas le plus étroitement apparentée. Ce type de
classification erronée survient notamment lorsqu’une espèce
a perdu, au cours de son évolution, une caractéristique clé
que par tagent ses parents proches. Lorsque l’ADN ou d’autres
données indiquent qu’une telle erreur s’est produite, l’organisme peut être reclassifié pour mieux refléter son histoire
évolutive. Par ailleurs, la classification classique de Linné a
beau distinguer des groupes comme les Mammifères, les Reptiles, les Oiseaux et autres classes de Vertébrés, elle ne nous
apprend rien sur les liens évolutifs existant entre ces groupes.
En fait, ces problèmes de concordance entre la classification classique et la phylogenèse ont amené certains systématiciens à proposer que la classification prenne en compte
exclusivement les liens évolutifs. Par exemple, un système
appelé PhyloCode ne nomme que les groupes comprenant
un ancêtre commun et ses descendants. Bien que le PhyloCode
propose de modifier la façon de définir et de déterminer les
taxons, la plupart des espèces garderaient leurs noms taxinomiques actuels. En revanche, la notion de « rang » disparaîtrait, si bien que les groupes ne seraient plus associés à une
famille et à une classe. En outre, certains groupes reconnus
depuis longtemps seraient intégrés à d’autres groupes auparavant du même rang. Par exemple, puisque les Oiseaux descendent d’un groupe de Reptiles, Aves (le nom latin donné,
dans la classification classique, à la classe dont font partie
les Oiseaux) deviendrait un sous-groupe des Reptiles (qui
forment aussi une classe dans la classification classique).
Malgré la controverse que suscite le PhyloCode, de nombreux
systématiciens reconnaissent le bien-fondé de l’approche phylogénétique qui en constitue les assises.
Quoi qu’il en soit, que l’on nomme les groupes selon le
PhyloCode ou selon la classification classique, l’arbre phylogénétique représente des liens évolutifs hypothétiques. Ces
liens sont souvent présentés selon un modèle dichotomique,
c’est-à-dire au moyen d’une série de fourches à deux branches.
Chaque point de bifurcation (ou nœud) correspond à la
divergence de deux lignées issues d’un ancêtre commun.
Dans la figure 26.5, par exemple, le nœud ➌ représente l’ancêtre commun des taxons A, B et C. La position du nœud ➍
à la droite du nœud ➌ indique que les taxons B et C se sont
écartés du taxon A lorsque leur lignée commune s’est séparée. (La rotation des embranchements autour de l’axe d’un
nœud ne modifie pas leurs liens évolutifs.)
Dans la figure 26.5, les taxons B et C sont des groupes
frères, c’est-à-dire des groupes d’organismes ayant le même
m  Figure 26.3 La classification hiérarchique. Les espèces sont classées
dans des groupes successifs relevant de groupes plus vastes.
Domaine:
Eucaryotes
Domaine:
Bactéries
Domaine:
Archées
Règne:
Animaux
Embranchement:
Cordés
Classe:
Mammifères
Ordre:
Carnivores
Famille:
Félidés
Genre:
Panthera
Espèce:
Panthera pardus
m  Figure 26.4 Le lien entre la classification et la phylogenèse.
La classification hiérarchique peut refléter le type de ramifications propre
aux arbres phylogénétiques. L’arbre illustré ici schématise les relations
possibles entre certains taxons de l’ordre des Carnivores, qui relève de
la classe des Mammifères. Le point de bifurcation (ou nœud) ➊ représente
l’ancêtre commun le plus récent des membres de la famille des Mustélidés
et de celle des Canidés. Le point de bifurcation ➋ représente l’ancêtre
commun le plus récent du coyote et du loup gris.
Espèce
Genre
Famille
Ordre
Panthera
pardus
(léopard)
Taxidea
taxus
(blaireau
d’Amérique)
Lutra lutra
(loutre
d’Europe)
Canis
latrans
(coyote)
Canis
lupus
(loup gris)
1
2
Carnivores
Félidés
Mustélidés
Canidés
Panthera
Taxidea
Lutra
Canis
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