620 cinquième partie La diversité biologique à travers l’évolution
de ces informations, les biologistes peuvent construire l’arbre
de la vie universel, dont la ramure se complexifie au même
rythme que s’accumulent les données.
ConCept
26.1
La phylogenèse révèle les liens
de parenté évolutive
Nous avons vu au chapitre 22 que les organismes partagent
certaines caractéristiques à cause d’un ancêtre commun.
Nous pouvons donc acquérir beaucoup de connaissances sur
une espèce lorsque nous connaissons son histoire évolutive.
Par exemple, un organisme donné a toutes les chances de
partager avec ses proches parents quantité de gènes, de voies
métaboliques, ainsi que la structure de nombreuses protéines.
Nous nous pencherons sur les applications pratiques de ce
type d’information à la fin de cette partie du chapitre, mais
non sans expliquer d’abord en quoi consiste la taxinomie,
c’est-à-dire la désignation et la classification des organismes.
Nous verrons aussi comment interpréter et utiliser les diagrammes qui représentent l’histoire évolutive.
La nomenclature binominale
Dans le langage courant, on désigne les formes de vie par
leurs noms « vernaculaires », autrement dit leurs noms usuels.
On dira, par exemple, un singe, un merle, un lilas. Ces noms
peuvent toutefois semer la confusion, d’abord parce qu’ils
désignent plus d’une espèce, mais aussi parce qu’ils ne sont
pas toujours représentatifs des organismes qu’ils sont censés
désigner. Pensons, par exemple, au poisson d’argent (Lepisma
saccharina), qui est en fait un insecte (lépisme), au chien de
mer, qui désigne trois espèces de requin, ou encore à l’éléphant de mer, nom donné à une espèce du Sud et à une autre
du Nord. Et c’est sans compter tous les noms employés selon
la langue qu’on parle.
Pour éviter toute confusion, les biologistes désignent les
organismes étudiés par leurs noms scientifiques. Ces noms sont
des appellations formées de deux mots latins et constituent
ce qu’on appelle la nomenclature binominale, établie au
18
e
siècle par Carl von Linné (voir le chapitre 22). Le premier
mot d’un nom scientifique indique le genre auquel l’espèce
appartient (il pourrait être comparé au nom de famille d’une
personne) ; le deuxième nom désigne l’espèce en tant que
telle (il pourrait correspondre au prénom de la personne). Par
exemple, le nom scientifique du léopard est Panthera pardus.
Seule la première lettre du genre prend la majuscule, et le genre
et l’espèce sont composés en italique (cette règle s’applique
au nom scientifique latin et non au nom commun français).
Un genre peut comprendre plusieurs espèces, qui portent chacune un nom spécifique. Les noms scientifiques créés récemment sont aussi « latinisés » ; ainsi, un chercheur qui découvre
un nouvel insecte peut le baptiser en l’honneur d’un ami,
mais il doit ajouter la terminaison latine appropriée. Par
exemple, le biologiste Dale H. Clayton a nommé Strigiphilus
garylarsoni un pou trouvé seulement sur les chouettes pour
exprimer son admiration envers le dessinateur de bandes
dessinées Gary Larson (The Far Side). Une bonne partie des
appellations scientifiques encore employées de nos jours ont
été créées par Linné, qui a attribué un nom scientifique à plus
de 11 000 espèces végétales et animales. Et, sans doute dans
un élan d’optimisme, celui-ci a donné aux humains le nom
scientifique d’Homo sapiens, ce qui signifie « homme sage ».
La classification hiérarchique
En plus de baptiser les espèces, Linné les a aussi classées
hiérarchiquement en groupes de plus en plus généraux. Le
groupe le plus étroit, situé au bas de la hiérarchie, porte le
nom de la première partie de l’appellation scientifique et correspond donc au genre. Ainsi, les espèces qui semblent étroitement apparentées sont groupées au sein d’un même genre.
Par exemple, le léopard (Panthera pardus) appartient à un genre
qui comprend également le lion d’Afrique (Panthera leo), le
tigre (Panthera tigris) et le jaguar (Panthera onca).
Au-delà du groupement au sein d’un même genre, les taxinomistes emploient des catégories de classement de plus en
plus vastes. La classification hiérarchique rassemble les genres
semblables en familles, les familles en ordres, les ordres
en classes, les classes en embranchements, les embranchements en règnes et, depuis peu, les règnes en domaines
(figure 26.3). La classification biologique d’un organisme
suit la même logique qu’une adresse : on indique d’abord, le
cas échéant, le numéro d’unité (l’appartement, par exemple),
le numéro municipal de l’immeuble où se trouve l’unité,
le type de rue et le nom de la rue où se situe l’immeuble, le
nom de la muni cipalité où se trouve la rue, le nom de la province où se trouve la ville, et ainsi de suite.
Un rang taxinomique est appelé taxon, peu importe sa
catégorie de classement. Par exemple, Panthera est un taxon
de genre, tandis que Mammifères est un taxon de classe qui
inclut tous les ordres de Mammifères. Remarquez que les
taxons plus vastes que celui du genre ne s’écrivent pas en
italique, mais prennent une majuscule à la première lettre.
La classification des espèces est une façon de structurer
notre vision très humaine du monde. Nous groupons des arbres
semblables et nous les appelons pins, par exemple, pour
les distinguer d’autres conifères, comme les sapins. De fait,
les taxinomistes ont déterminé que les pins et les sapins sont
suffisamment différents pour appartenir à des genres distincts (Pinus et Abies, respectivement). Cependant, ces deux
espèces sont jugées assez semblables pour être classées dans la
même famille, soit celle des Pinacées. Quant aux pins et aux
sapins, les niveaux de classification plus élevés sont généralement définis selon des caractéristiques morphologiques
déterminées par les taxinomistes. Cependant, les caractères
servant à classifier un groupe d’organismes peuvent s’avérer
inappropriés pour d’autres organismes. C’est pourquoi les catégories plus vastes ne sont souvent pas comparables entre
lignées. Par exemple, un ordre d’escargots ne présentera pas
nécessairement le même degré de diversité morphologique
ou génétique qu’un ordre de Mammifères. De plus, comme
nous le verrons, l’arrangement des espèces selon des ordres, des
classes, etc., ne reflète pas nécessairement l’histoire évolutive.
La classification et la phylogenèse
On peut représenter l’histoire évolutive d’un groupe d’organismes dans un diagramme arborescent appelé arbre phylogéné tique. Comme le montre la figure 26.4, la ramure de
de ces informations, les biologistes peuvent construire l’arbre
de la vie universel, dont la ramure se complexifie au même
rythme que s’accumulent les données.
ConCept
26.1
La phylogenèse révèle les liens
de parenté évolutive
Nous avons vu au chapitre 22 que les organismes partagent
certaines caractéristiques à cause d’un ancêtre commun.
Nous pouvons donc acquérir beaucoup de connaissances sur
une espèce lorsque nous connaissons son histoire évolutive.
Par exemple, un organisme donné a toutes les chances de
partager avec ses proches parents quantité de gènes, de voies
métaboliques, ainsi que la structure de nombreuses protéines.
Nous nous pencherons sur les applications pratiques de ce
type d’information à la fin de cette partie du chapitre, mais
non sans expliquer d’abord en quoi consiste la taxinomie,
c’est-à-dire la désignation et la classification des organismes.
Nous verrons aussi comment interpréter et utiliser les diagrammes qui représentent l’histoire évolutive.
La nomenclature binominale
Dans le langage courant, on désigne les formes de vie par
leurs noms « vernaculaires », autrement dit leurs noms usuels.
On dira, par exemple, un singe, un merle, un lilas. Ces noms
peuvent toutefois semer la confusion, d’abord parce qu’ils
désignent plus d’une espèce, mais aussi parce qu’ils ne sont
pas toujours représentatifs des organismes qu’ils sont censés
désigner. Pensons, par exemple, au poisson d’argent (Lepisma
saccharina), qui est en fait un insecte (lépisme), au chien de
mer, qui désigne trois espèces de requin, ou encore à l’éléphant de mer, nom donné à une espèce du Sud et à une autre
du Nord. Et c’est sans compter tous les noms employés selon
la langue qu’on parle.
Pour éviter toute confusion, les biologistes désignent les
organismes étudiés par leurs noms scientifiques. Ces noms sont
des appellations formées de deux mots latins et constituent
ce qu’on appelle la nomenclature binominale, établie au
18
e
siècle par Carl von Linné (voir le chapitre 22). Le premier
mot d’un nom scientifique indique le genre auquel l’espèce
appartient (il pourrait être comparé au nom de famille d’une
personne) ; le deuxième nom désigne l’espèce en tant que
telle (il pourrait correspondre au prénom de la personne). Par
exemple, le nom scientifique du léopard est Panthera pardus.
Seule la première lettre du genre prend la majuscule, et le genre
et l’espèce sont composés en italique (cette règle s’applique
au nom scientifique latin et non au nom commun français).
Un genre peut comprendre plusieurs espèces, qui portent chacune un nom spécifique. Les noms scientifiques créés récemment sont aussi « latinisés » ; ainsi, un chercheur qui découvre
un nouvel insecte peut le baptiser en l’honneur d’un ami,
mais il doit ajouter la terminaison latine appropriée. Par
exemple, le biologiste Dale H. Clayton a nommé Strigiphilus
garylarsoni un pou trouvé seulement sur les chouettes pour
exprimer son admiration envers le dessinateur de bandes
dessinées Gary Larson (The Far Side). Une bonne partie des
appellations scientifiques encore employées de nos jours ont
été créées par Linné, qui a attribué un nom scientifique à plus
de 11 000 espèces végétales et animales. Et, sans doute dans
un élan d’optimisme, celui-ci a donné aux humains le nom
scientifique d’Homo sapiens, ce qui signifie « homme sage ».
La classification hiérarchique
En plus de baptiser les espèces, Linné les a aussi classées
hiérarchiquement en groupes de plus en plus généraux. Le
groupe le plus étroit, situé au bas de la hiérarchie, porte le
nom de la première partie de l’appellation scientifique et correspond donc au genre. Ainsi, les espèces qui semblent étroitement apparentées sont groupées au sein d’un même genre.
Par exemple, le léopard (Panthera pardus) appartient à un genre
qui comprend également le lion d’Afrique (Panthera leo), le
tigre (Panthera tigris) et le jaguar (Panthera onca).
Au-delà du groupement au sein d’un même genre, les taxinomistes emploient des catégories de classement de plus en
plus vastes. La classification hiérarchique rassemble les genres
semblables en familles, les familles en ordres, les ordres
en classes, les classes en embranchements, les embranchements en règnes et, depuis peu, les règnes en domaines
(figure 26.3). La classification biologique d’un organisme
suit la même logique qu’une adresse : on indique d’abord, le
cas échéant, le numéro d’unité (l’appartement, par exemple),
le numéro municipal de l’immeuble où se trouve l’unité,
le type de rue et le nom de la rue où se situe l’immeuble, le
nom de la muni cipalité où se trouve la rue, le nom de la province où se trouve la ville, et ainsi de suite.
Un rang taxinomique est appelé taxon, peu importe sa
catégorie de classement. Par exemple, Panthera est un taxon
de genre, tandis que Mammifères est un taxon de classe qui
inclut tous les ordres de Mammifères. Remarquez que les
taxons plus vastes que celui du genre ne s’écrivent pas en
italique, mais prennent une majuscule à la première lettre.
La classification des espèces est une façon de structurer
notre vision très humaine du monde. Nous groupons des arbres
semblables et nous les appelons pins, par exemple, pour
les distinguer d’autres conifères, comme les sapins. De fait,
les taxinomistes ont déterminé que les pins et les sapins sont
suffisamment différents pour appartenir à des genres distincts (Pinus et Abies, respectivement). Cependant, ces deux
espèces sont jugées assez semblables pour être classées dans la
même famille, soit celle des Pinacées. Quant aux pins et aux
sapins, les niveaux de classification plus élevés sont généralement définis selon des caractéristiques morphologiques
déterminées par les taxinomistes. Cependant, les caractères
servant à classifier un groupe d’organismes peuvent s’avérer
inappropriés pour d’autres organismes. C’est pourquoi les catégories plus vastes ne sont souvent pas comparables entre
lignées. Par exemple, un ordre d’escargots ne présentera pas
nécessairement le même degré de diversité morphologique
ou génétique qu’un ordre de Mammifères. De plus, comme
nous le verrons, l’arrangement des espèces selon des ordres, des
classes, etc., ne reflète pas nécessairement l’histoire évolutive.
La classification et la phylogenèse
On peut représenter l’histoire évolutive d’un groupe d’organismes dans un diagramme arborescent appelé arbre phylogéné tique. Comme le montre la figure 26.4, la ramure de
