chapitre 25 L’histoire de la vie sur Terre 613
cheval moderne, lui, est plus grand que son ancêtre. Il ne
possède plus qu’un orteil fonctionnel qui s’est élargi, et ses
dents ont évolué et sont adaptées au broutage de l’herbe
grâce à des molaires à large surface et à croissance continue.
Il serait erroné de déduire de l’observation d’archives géologiques qu’une progression uniforme a eu lieu au cours de
l’évolution. Cela reviendrait à affirmer qu’un buisson grandit
en direction d’un point précis parce qu’on aura seulement
tenu compte des ramifications qui mènent à une ramille en
particulier. Par exemple, en se fondant sur les fossiles de certaines espèces mis au jour jusqu’à maintenant, on pourrait
établir une succession d’animaux intermédiaires entre Hyracotherium et Equus caballus. On pourrait aussi noter une progression dans un sens précis : l’accroissement de la taille, la
réduction du nombre de doigts et la modification des dents
en faveur du broutage de l’herbe (voir la ligne jaune de la
figure 25.27). Cependant, si l’on tient compte de tous les chevaux fossiles connus aujourd’hui, cette apparente tendance
n’existe pas. Le genre Equus n’a pas évolué en ligne droite ; il
est l’unique ramification survivante d’un arbre généalogique
si touffu qu’il faudrait plutôt parler de buisson généalogique.
Equus est né après une série d’événements de spéciation comprenant diverses radiances adaptatives, dont certaines n’ont
pas débouché sur l’apparition de grands Équidés ongulés et
brouteurs. Les analyses phylogénétiques indiquent que seules
les lignées dérivées de Parahippus comprennent des animaux
brouteurs d’herbe ; les lignées issues de Miohippus, qui n’existent
plus aujourd’hui, sont restées des brouteurs de feuilles, de
bourgeons et de ramilles durant 35 millions d’années.
L’évolution divergente peut prendre la forme d’une tendance évolutive, même si de nouvelles espèces contredisent
celle-ci. Par exemple, un modèle de tendances de longue durée
proposé par Steven Stanley, de la Johns Hopkins Univer sity,
conçoit les espèces de façon analogue aux individus : la spéciation leur donne naissance et l’extinction est leur mort, et
les nouvelles espèces qui divergent de ces individus ou de ces
espèces sont leurs descendants. Selon ce modèle, Stanley propose que, tout comme une population d’organismes individuels subit la sélection naturelle, chaque espèce est soumise à
une sélection spécifique. Ce modèle de la sélection spécifique
laisse penser que le « succès différentiel de la spéciation » joue
un rôle dans la macroévolution qui s’apparente à celui que
joue le succès différentiel de la reproduction dans la microévolution. Les tendances évolutives peuvent aussi résulter directement de la sélection naturelle. Par exemple, lorsque les
ancêtres des chevaux envahirent les prairies du milieu du
Cénozoïque, il y eut une forte sélection en faveur des brouteurs capables d’échapper à leurs prédateurs en courant plus
rapidement. Cette tendance n’aurait pu s’imposer en l’absence de vastes espaces ouverts.
Quelle qu’en soit la cause, l’apparition d’une tendance
évolutive ne signifie pas qu’il existe une impulsion intrinsèque vers un phénotype particulier. L’évolution est le résultat des interactions entre les organismes et leur milieu. Si les
conditions environnementales changent, une tendance évolutive évidente peut s’interrompre, voire s’inverser. L’effet
cumulatif de ces interactions survenant entre les organismes
et leur environnement est considérable : elles sont à l’origine
de la stupéfiante diversité de la vie, de ce que Darwin appelait « une quantité infinie de belles et admirables formes »,
dans les derniers mots de De l’origine des espèces.
reTOUr sUr Le CONCepT 25.6
1. Comment le concept darwinien de descendance
avec modification explique-t-il l’évolution de structures aussi complexes que l’œil d’un vertébré ?
2. eT sI ?
Le virus de la myxomatose tue jusqu’à
99,8 % des lapins européens dans les populations
qui n’y ont jamais été exposées. Le virus se transmet
entre les lapins vivants par l’intermédiaire des
moustiques. Décrivez une tendance évolutive (chez
le lapin ou chez le virus) susceptible de se manifester lors d’une première exposition d’une population
de lapins au virus.
Voir les réponses proposées à la fin du chapitre.
Révision du chapiTRe 25
résumé Des coNcepts cLés
CONCepT
25.1
Les conditions sur la Terre primitive ont permis
l’apparition de la vie (p. 587 à 590)
• La Terre s’est formée il y a 4,6 milliards d’années. Des expériences
simulant une atmosphère réductrice comme celle qui régnait à l’époque
ont produit des molécules organiques à partir de précurseurs inorganiques. On a aussi trouvé des lipides, des sucres et des bases azotées
dans des météorites.
• Des acides aminés et des nucléotides d’ARN se polymérisent lorsqu’on
les verse sur du sable, de l’argile ou de la roche très chauds. Des composés organiques forment spontanément des protocellules, soit des
gouttelettes entourées d’une membrane lipidique qui présentent
certaines des propriétés des cellules.
• Le premier matériel génétique a peut-être consisté en de courts segments
d’ARN capables de diriger la synthèse de polypeptides et de s’autorépliquer. Les premières protocellules pourvues d’un tel ARN auraient
augmenté en nombre par sélection naturelle.
Décrivez les rôles qu’ont pu jouer la montmorillonite, une sorte
d’argile, et les vésicules dans l’origine de la vie.
?
cheval moderne, lui, est plus grand que son ancêtre. Il ne
possède plus qu’un orteil fonctionnel qui s’est élargi, et ses
dents ont évolué et sont adaptées au broutage de l’herbe
grâce à des molaires à large surface et à croissance continue.
Il serait erroné de déduire de l’observation d’archives géologiques qu’une progression uniforme a eu lieu au cours de
l’évolution. Cela reviendrait à affirmer qu’un buisson grandit
en direction d’un point précis parce qu’on aura seulement
tenu compte des ramifications qui mènent à une ramille en
particulier. Par exemple, en se fondant sur les fossiles de certaines espèces mis au jour jusqu’à maintenant, on pourrait
établir une succession d’animaux intermédiaires entre Hyracotherium et Equus caballus. On pourrait aussi noter une progression dans un sens précis : l’accroissement de la taille, la
réduction du nombre de doigts et la modification des dents
en faveur du broutage de l’herbe (voir la ligne jaune de la
figure 25.27). Cependant, si l’on tient compte de tous les chevaux fossiles connus aujourd’hui, cette apparente tendance
n’existe pas. Le genre Equus n’a pas évolué en ligne droite ; il
est l’unique ramification survivante d’un arbre généalogique
si touffu qu’il faudrait plutôt parler de buisson généalogique.
Equus est né après une série d’événements de spéciation comprenant diverses radiances adaptatives, dont certaines n’ont
pas débouché sur l’apparition de grands Équidés ongulés et
brouteurs. Les analyses phylogénétiques indiquent que seules
les lignées dérivées de Parahippus comprennent des animaux
brouteurs d’herbe ; les lignées issues de Miohippus, qui n’existent
plus aujourd’hui, sont restées des brouteurs de feuilles, de
bourgeons et de ramilles durant 35 millions d’années.
L’évolution divergente peut prendre la forme d’une tendance évolutive, même si de nouvelles espèces contredisent
celle-ci. Par exemple, un modèle de tendances de longue durée
proposé par Steven Stanley, de la Johns Hopkins Univer sity,
conçoit les espèces de façon analogue aux individus : la spéciation leur donne naissance et l’extinction est leur mort, et
les nouvelles espèces qui divergent de ces individus ou de ces
espèces sont leurs descendants. Selon ce modèle, Stanley propose que, tout comme une population d’organismes individuels subit la sélection naturelle, chaque espèce est soumise à
une sélection spécifique. Ce modèle de la sélection spécifique
laisse penser que le « succès différentiel de la spéciation » joue
un rôle dans la macroévolution qui s’apparente à celui que
joue le succès différentiel de la reproduction dans la microévolution. Les tendances évolutives peuvent aussi résulter directement de la sélection naturelle. Par exemple, lorsque les
ancêtres des chevaux envahirent les prairies du milieu du
Cénozoïque, il y eut une forte sélection en faveur des brouteurs capables d’échapper à leurs prédateurs en courant plus
rapidement. Cette tendance n’aurait pu s’imposer en l’absence de vastes espaces ouverts.
Quelle qu’en soit la cause, l’apparition d’une tendance
évolutive ne signifie pas qu’il existe une impulsion intrinsèque vers un phénotype particulier. L’évolution est le résultat des interactions entre les organismes et leur milieu. Si les
conditions environnementales changent, une tendance évolutive évidente peut s’interrompre, voire s’inverser. L’effet
cumulatif de ces interactions survenant entre les organismes
et leur environnement est considérable : elles sont à l’origine
de la stupéfiante diversité de la vie, de ce que Darwin appelait « une quantité infinie de belles et admirables formes »,
dans les derniers mots de De l’origine des espèces.
reTOUr sUr Le CONCepT 25.6
1. Comment le concept darwinien de descendance
avec modification explique-t-il l’évolution de structures aussi complexes que l’œil d’un vertébré ?
2. eT sI ?
Le virus de la myxomatose tue jusqu’à
99,8 % des lapins européens dans les populations
qui n’y ont jamais été exposées. Le virus se transmet
entre les lapins vivants par l’intermédiaire des
moustiques. Décrivez une tendance évolutive (chez
le lapin ou chez le virus) susceptible de se manifester lors d’une première exposition d’une population
de lapins au virus.
Voir les réponses proposées à la fin du chapitre.
Révision du chapiTRe 25
résumé Des coNcepts cLés
CONCepT
25.1
Les conditions sur la Terre primitive ont permis
l’apparition de la vie (p. 587 à 590)
• La Terre s’est formée il y a 4,6 milliards d’années. Des expériences
simulant une atmosphère réductrice comme celle qui régnait à l’époque
ont produit des molécules organiques à partir de précurseurs inorganiques. On a aussi trouvé des lipides, des sucres et des bases azotées
dans des météorites.
• Des acides aminés et des nucléotides d’ARN se polymérisent lorsqu’on
les verse sur du sable, de l’argile ou de la roche très chauds. Des composés organiques forment spontanément des protocellules, soit des
gouttelettes entourées d’une membrane lipidique qui présentent
certaines des propriétés des cellules.
• Le premier matériel génétique a peut-être consisté en de courts segments
d’ARN capables de diriger la synthèse de polypeptides et de s’autorépliquer. Les premières protocellules pourvues d’un tel ARN auraient
augmenté en nombre par sélection naturelle.
Décrivez les rôles qu’ont pu jouer la montmorillonite, une sorte
d’argile, et les vésicules dans l’origine de la vie.
?
