chapitre 23 L’évolution des populations 557
Ainsi, la majorité des humains ont, à la naissance, une masse
comprise entre trois et quatre kilogrammes ; la mortinatalité
affecte davantage les bébés beaucoup plus légers ou beaucoup
plus lourds que la moyenne.
Bien que nous parlions de trois modes de sélection naturelle,
le mécanisme fondamental est le même : la sélection naturelle
favorise les individus dotés de caractères phénotypiques héréditaires qui leur assurent le plus grand succès reproductif.
Le rôle clé de la sélection naturelle
dans l’évolution adaptative
Il existe d’innombrables exemples d’adaptation des organismes
à leur milieu, dont certains sont particulièrement frappants.
Ainsi, la seiche (Sepia sp.) a la capacité de changer rapidement
de couleur pour se fondre dans divers décors. Autre exemple :
les mâchoires remarquables des serpents (figure 23.14) leur
permettent d’avaler des proies beaucoup plus grosses que leur
propre tête (un exploit qui équivaudrait pour un humain à
avaler un melon d’eau entier !). D’autres types d’adaptation,
comme cette enzyme qui fonctionne plus efficacement dans
les environnements très froids (voir la figure 23.5), peuvent
être moins spectaculaires visuellement, mais tout aussi importants pour la survie et la reproduction.
De telles adaptations peuvent apparaître graduellement
avec le temps à mesure que la sélection naturelle accroît la
fréquence des allèles qui favorisent la survie et la reproduction. L’adéquation entre une espèce et son environnement
s’améliore à mesure que la proportion d’individus dotés des
caractères favorables augmente, ce qui signifie qu’il y a une évolution adaptative. Cependant, comme on l’a vu au cha pitre 22,
les composants physiques et biologiques de l’environnement
des organismes peuvent changer avec le temps. Autrement dit,
la « bonne adéquation » entre un organisme et son milieu peut
devenir une cible mouvante, faisant de l’évolution adaptative
un processus dynamique continu.
Qu’en est-il des deux autres grands mécanismes de l’évolution dans les populations, la dérive génétique et le flux génétique ? En fait, tous deux peuvent accroître les fréquences des
allèles qui améliorent l’adéquation entre les organismes et leur
environnement, mais aucun des deux ne le fait de manière
constante. La dérive génétique peut faire augmenter la fréquence d’un allèle légèrement avantageux, mais elle peut aussi
la faire diminuer. De même, le flux génétique peut introduire
aussi bien des allèles avantageux que désavantageux. La sélection naturelle est le seul mécanisme de l’évolution qui mène
constamment à une évolution adaptative.
La sélection sexuelle
Charles Darwin a été le premier à étudier les répercussions de
la sélection sexuelle, une forme d’évolution dans laquelle
les individus dotés de certaines caractéristiques héréditaires
sont plus susceptibles que d’autres de trouver des partenaires.
Ce type de sélection peut donner lieu au dimorphisme
sexuel, qui s’exprime par des différences marquées dans les
caractères sexuels secondaires (figure 23.15). Ces différences
touchent notamment la taille, la couleur, l’ornementation et
le comportement.
Comment la sélection sexuelle fonctionne-t-elle ? De plusieurs façons. La sélection intrasexuelle désigne la sélection qui a lieu entre des individus de même sexe et qui passe
par la concurrence directe pour gagner les faveurs d’un partenaire de sexe opposé. Ainsi, chez plusieurs espèces, un mâle
seul exerce son emprise sur un groupe de femelles et empêche
les autres mâles de s’accoupler avec elles. Pour défendre son
statut, ce mâle doit parfois combattre et vaincre les mâles plus
petits, plus faibles ou moins acharnés que lui, mais le plus
souvent il se livre à des parades nuptiales ritualisées qui
découragent ses rivaux et lui évitent des blessures qui diminueraient sa valeur adaptative (voir la figure 51.22, p. 1309). On a
également observé une sélection intrasexuelle entre les femelles
m  Figure 23.14 Les mâchoires aux os mobiles des serpents.
Les os crâniens de la
plupart des vertébrés
terrestres sont rattachés
les uns aux autres de
manière assez rigide,
ce qui limite leur
mouvement. Mais chez
la plupart des serpents,
la mâchoire supérieure
comporte des os mobiles,
ce qui leur permet
d’avaler des aliments
beaucoup plus gros
que leur tête.
Les os de la mâchoire
supérieure colorés en vert
sont mobiles.
Ligament
m  Figure 23.15 Le dimorphisme sexuel et la sélection sexuelle.
Le paon et la paonne ont un dimorphisme sexuel extrême. Il y a sélection 
intrasexuelle entre les mâles concurrents, suivie d’une sélection intersexuelle 
lorsque les femelles choisissent parmi les mâles les plus éclatants.
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