chapitre 23 L’évolution des populations 543
m  Figure 23.1 Comment ce géospize à bec moyen
(Geospiza fortis) évolue-t-il ?
ConCepts Clés
23.1 La diversité génétique rend l’évolution possible
23.2 L’équation de hardy-Weinberg permet
de vérifier si une population évolue
23.3 La sélection naturelle, la dérive génétique
et le flux génétique peuvent modifier
les fréquences alléliques d’une population
23.4 La sélection naturelle est le seul mécanisme
qui entraîne une évolution adaptative
constante
23
L’évolution
des populations
IntRoDUCtIon
La plus petite unité d’évolution
L’une des idées fausses les plus répandues sur l’évolution
consiste à penser que les organismes évoluent individuellement, au cours même de leur vie. Il est vrai que la sélection
naturelle agit sur les individus : leurs caractères respectifs
influent sur leur taux de survie et de succès reproductif par
rapport à ceux de leurs congénères. Toutefois, les répercussions évolutives de cette sélection naturelle ne se manifestent
que dans les changements d’une population d’organismes au
fil des générations.
Prenons le géospize à bec moyen (Geospiza fortis), un
oiseau granivore des îles Galápagos (figure 23.1). En 1977, la
population de G. fortis qui vivait sur l’île Daphne Major a été
décimée par une longue sécheresse ; sur quelque 1 200 oiseaux,
seuls 180 ont survécu. Les chercheurs Peter et Rosemary Grant
ont remarqué qu’une pénurie de petites graines durant cette
sécheresse avait incité les G. fortis à se nourrir de grosses graines
dures présentes en abondance. Comme les oiseaux dotés des
becs les plus gros et les plus longs arrivaient mieux à casser et
à manger les grosses graines dures, ceux-ci avaient un meilleur
taux de survie et de reproduction que les autres géospizes.
L’épaisseur du bec étant un caractère héréditaire, à la génération suivante, l’épaisseur moyenne du bec avait augmenté
dans la population de G. fortis par rapport à ce qu’elle était
avant la sécheresse (figure 23.2). La population avait évolué
par sélection naturelle. Aucun géospize n’avait évolué individuellement ; chacun avait un bec d’une taille donnée, qui
n’avait pas changé durant la sécheresse ; l’évolution s’était
plutôt traduite par une augmentation de la proportion de gros
becs dans la population d’une génération à l’autre. La population avait évolué, mais pas ses membres en tant qu’individus.
Sur le plan du changement populationnel, on peut définir
la microévolution – c’est-à-dire l’évolution à sa plus petite
échelle possible – comme un changement de la fréquence
allélique d’une génération à l’autre dans une population.
Comme nous le verrons dans ce chapitre, la micro évolution
ne découle pas seulement de la sélection naturelle. En effet,
trois grands mécanismes peuvent entraîner un changement
de fréquence allélique : la sélection naturelle, la dérive génétique (les phénomènes aléatoires qui modifient la fréquence
allélique) et le flux génétique (le transfert d’allèles entre les
populations). Chacun de ces mécanismes exerce des effets
b  Figure 23.2 Exemple de
sélection naturelle en fonction
de la source de nourriture.
Les données de ce graphique
illustrent la mesure de l´épaisseur 
moyenne du bec des Geospiza
fortis chez les générations qui 
ont précédé et suivi la sécheresse 
de 1977. La taille du bec est restée 
plus grande jusqu’en 1983, année 
où les conditions ont cessé 
de favoriser les oiseaux à gros bec.
Épaisseur moyenne du bec
(mm)
0
8
9
10
1976
(identique à celle
des trois années
précédentes)
1978
(après la
sécheresse)
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