chapitre 22 La « descendance avec modification » : l’évolution selon Darwin 539
on devrait trouver des fossiles des divers groupes d’organismes.
Ainsi, les scientifiques ont construit des arbres d’évolution des
chevaux en se basant sur des données anatomiques. Ces arbres
et l’âge des fossiles des ancêtres du cheval portent à croire
que les espèces actuelles de chevaux sont apparues il y a
5 millions d’années en Amérique du Nord. À cette époque,
l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud étaient proches de
leur localisation actuelle, mais ne s’étaient pas encore reliées,
de sorte que les chevaux auraient eu de la difficulté à traverser d’un continent à l’autre. On pouvait donc prédire que les
plus anciens fossiles de chevaux se retrouveraient uniquement sur le continent dont ces chevaux sont originaires, soit
l’Amérique du Nord. Cette prédiction et d’autres du même
type concernant divers groupes d’organismes ont été confirmées, ce qui fournit d’autres preuves de l’évolution.
Nous pouvons également utiliser notre compréhension de
l’évolution pour expliquer des données biogéographiques.
Ainsi, les îles hébergent généralement de nombreuses espèces
végétales et animales endémiques, c’est-à-dire qu’on ne
trouve nulle part ailleurs dans le monde. Néanmoins, comme
l’a décrit Darwin dans De l’origine des espèces, la plupart des
espèces insulaires sont étroitement reliées aux espèces du
continent le plus proche ou d’une île voisine. Darwin a supposé que les îles sont colonisées par des espèces du continent
voisin. À mesure que ces colonisateurs s’adaptent à leur nouvel environnement, ils finissent par engendrer de nouvelles
espèces. Un tel processus explique aussi pourquoi deux îles
au milieu similaire, mais situées dans différentes parties du
monde, tendent à être peuplées non pas par des espèces étroitement reliées les unes aux autres, mais plutôt par des espèces
reliées à celles du continent le plus proche, même si l’environnement y est souvent assez différent.
en quoi la vision darwinienne du vivant
est-elle encore une « théorie » ?
Certains rejettent les idées de Darwin en alléguant qu’il s’agit
d’une « simple théorie ». Pourtant, nous avons pu constater
que le modèle de l’évolution – l’observation du fait que le
vivant évolue au fil du temps – a été documenté directement et qu’il est étayé par de multiples données. De plus,
l’explication que donne Darwin du processus de l’évolution
– la sélection naturelle est la principale cause des changements évolutifs observés – éclaire d’immenses quantités de
données. Enfin, il est possible d’observer les effets de la sélection naturelle directement dans la nature. Alors en quoi
l’évolution est-elle encore théorique ? Souvenez-vous que le
terme théorie n’a pas la même signification dans le domaine
scientifique que dans le langage courant. Dans son emploi
familier, le mot a sensiblement le sens que les scientifiques
donnent au terme hypothèse ; quelque chose d’hypothétique,
dans le langage courant, est aussi possible qu’incertain. En
science, une théorie est beaucoup plus globale qu’une hypothèse et, même si elle ne prétend pas offrir de certitude absolue, elle repose sur des bases solides. Une théorie scientifique
comme la théorie de la sélection naturelle de Darwin rend
compte d’un faisceau d’observations, et tente d’expliquer et
d’intégrer une multitude de phénomènes divers. Une telle
théorie unificatrice ne devient largement admise que si elle
résiste à des vérifications systématiques et répétées sous
forme d’expériences et d’observations (voir le chapitre 1).
Comme nous le verrons dans les trois prochains chapitres,
c’est assurément le cas pour la théorie de l’évolution par la
sélection naturelle.
Le scepticisme qui pousse les chercheurs à continuer à tester les théories empêche qu’on érige ces idées en dogmes. Par
exemple, alors que pour Darwin l’évolution était un processus extrêmement lent, nous savons maintenant que ce n’est
pas toujours le cas : de nouvelles espèces peuvent se former
sur des périodes de temps relativement courtes (quelques milliers d’années ou même moins ; voir le chapitre 24). Qui plus
est, comme nous le verrons dans cette partie de l’ouvrage, les
biologistes qui étudient l’évolution reconnaissent maintenant que la sélection naturelle n’est pas le seul mécanisme
responsable de l’évolution. En effet, de nos jours, l’étude de
l’évolution est plus vivante que jamais, et les scientifiques
découvrent de nouvelles façons de tester des hypothèses
basées sur la sélection naturelle et sur d’autres mécanismes de
l’évolution. Si la théorie de Darwin attribue la diversité de la
vie à des processus naturels, les divers produits de l’évolution
n’en sont pas moins élégants et inspirants. Comme l’écrivait
Darwin dans le paragraphe de conclusion de son ouvrage De
l’origine des espèces :
N’y a-t-il pas une véritable grandeur dans cette manière d’envisager la vie [… où] une quantité infinie de belles et admirables
formes, sorties d’un commencement si simple, n’ont pas
cessé de se développer et se déve loppent encore. (Traduction
d’Edmond Barbier.)
retour sur le ConCept 22.3
1. Expliquez pourquoi l’énoncé suivant est inexact :
« Les antibiotiques ont créé une pharmacorésistance
chez le SARM. »
2. Comment la théorie de Darwin explique-t-elle (a) le
fait que les membres antérieurs des Mammifères que
montre la figure 22.15 soient similaires, mais aient
des fonctions différentes, et (b) que les modes de vie
de deux mammifères qui sont des cousins éloignés
soient similaires (voir la figure 22.18) ?
3.
et si ?
Les archives fossiles nous apprennent
que l’origine des dinosaures remonte à quelque
200 à 250 millions d’années. Sachant cela, vous
attendez-vous à ce que la distribution géographique
des plus anciens fossiles de dinosaures soit vaste
(qu’ils se retrouvent sur plusieurs continents) ou
limitée (sur un ou deux continents) ? Expliquez
votre réponse.
Voir les réponses proposées à la fin du chapitre.
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