chapitre 22 La « descendance avec modification » : l’évolution selon Darwin 531
Inférence 2 : De génération en génération, cette capacité
inégale de survie et de reproduction entraîne une accumulation de caractères favorables dans la population.
Darwin voyait une relation cruciale entre la sélection
naturelle, qui résulte de ce qu’il appelle la lutte pour l’existence,
et la capacité des organismes à trop se reproduire. Il a commencé à envisager ce lien après avoir lu un ouvrage de l’économiste anglais Thomas Malthus, pour qui la plupart des
souffrances humaines – maladies, famines et guerres – résultent
inéluctablement de la tendance de la population humaine à
croître plus rapidement que les réserves alimentaires et autres
ressources dont elle dispose. La capacité de se reproduire à
l’excès, comprend Darwin, semble commune à toutes les
espèces. Seule une infime partie des œufs pondus, des jeunes
mis au monde et des graines disséminées mènent leur développement à terme et se reproduisent à leur tour. Les autres
sont dévorés par des prédateurs, meurent de faim ou de maladie, ne trouvent pas de partenaire ou ne peuvent se reproduire, ou encore sont incapables de tolérer les conditions
physiques de leur environnement comme la température ou
la salinité.
Les caractères héréditaires d’un individu n’influent pas
seulement sur sa propre capacité, mais aussi sur la façon dont
sa descendance compose avec les défis environnementaux.
Par exemple, un organisme pourrait avoir un caractère qui
confère à sa descendance un avantage pour échapper aux
prédateurs, obtenir de la nourriture ou tolérer certaines
conditions physiques de l’environnement. Lorsque de tels
avantages augmentent le nombre de descendants qui survivent et se reproduisent, ces caractères favorables sont plus
susceptibles d’apparaître dans la génération suivante. Par
conséquent, avec le temps, la sélection naturelle résultant de
facteurs comme les prédateurs, le manque de nourriture ou
des conditions physiques adverses peut entraîner une augmentation des caractères favorables dans une population. À
quelle vitesse se produisent de tels changements ? Le raisonnement de Darwin est le suivant : si la sélection artificielle
peut entraîner des changements spectaculaires dans un laps
de temps relativement court, la sélection naturelle devrait
pouvoir modifier considérablement les espèces sur des centaines de générations. Même si les avantages conférés par
certains caractères héréditaires sont minimes, les variations
avantageuses s’accumuleront graduellement dans la population, tandis que les variations moins favorables diminueront.
Avec le temps, ce processus accroîtra la proportion d’individus dotés des caractères adaptatifs favorables et perfectionnera l’adéquation entre les organismes et leur environnement
(voir la figure 1.20, p. 17).
La sélection naturelle en résumé
On peut résumer ainsi les idées principales de Darwin :
• La sélection naturelle est un processus dans lequel les individus dotés de certains caractères ont, grâce à ces caractères,
des taux de survie et de reproduction plus élevés que
d’autres individus.
• Au fil du temps, la sélection naturelle améliore l’adaptation
des populations à leur environnement (figure 22.12).
• Si un environnement change au fil du temps, ou si des
individus d’une espèce donnée se déplacent vers un nouvel
environnement, la sélection naturelle peut permettre l’adaptation à ce nouveau milieu et débouche parfois sur l’apparition de nouvelles espèces.
Avant de poursuivre, arrêtons-nous sur trois subtilités
importantes concernant la sélection naturelle. D’abord, même
si la sélection naturelle met en jeu des interactions entre les
individus et leur milieu, les individus n’évoluent pas ; ce sont les
générations successives qui évoluent avec le temps. Deuxièmement, la sélection naturelle peut amplifier ou atténuer uniquement des caractères héréditaires qui diffèrent entre les
individus d’une population. Autrement dit, un caractère a
beau être héréditaire, si tous les individus d’une population
sont génétiquement identiques par rapport à ce caractère,
l’évolution par sélection naturelle ne pourra pas se produire.
Troisièmement, les facteurs environnementaux varient d’un
endroit à l’autre et d’une époque à l’autre, de sorte qu’un
caractère favorable dans une situation donnée peut devenir
inutile, voire nuisible, dans d’autres contextes. La sélection
naturelle est toujours à l’œuvre, mais les caractères favorables
varient selon le milieu et le contexte où les espèces vivent et
se reproduisent.
Dans la prochaine section, nous allons examiner le vaste
éventail d’observations qui étayent la vision darwinienne de
l’évolution par sélection naturelle.
m  Figure 22.12 Un exemple de l’évolution adaptative :
le camouflage. Les espèces parentes de mantes ont diverses formes
et couleurs selon leur environnement.
Expliquez comment ces mantes illustrent les trois observations
sur la vie présentées dans l’introduction de ce chapitre : l’adéquation
entre les organismes et leur environnement ainsi que l’unité et
la diversité du vivant.
?
(a)
(b)
Mante fleur
en Malaisie
(Deroplatys
lobata)
Mante feuille
à Bornéo
(Deroplatys
desiccata)
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