316 trOiSiÈMe partie La génétique
Aa) risquent d’être des porteurs sains hétérozygotes, soit une
probabilité de
2
⁄3. Des homozygotes récessifs pourraient aussi
naître de croisements Aa 3 aa ou aa 3 aa. Cependant, si la
maladie en question est létale – c’est-à-dire si elle entraîne la
mort – avant l’âge de la maturité sexuelle ou si elle provoque la stérilité (ce qui n’est pas vrai dans les deux cas pour
l’albinisme), aucun individu aa n’aura de descendants. De
toute manière, même s’ils sont en mesure de se reproduire,
les individus homozygotes récessifs constituent un pourcentage beaucoup plus faible de la population que les porteurs
sains hétérozygotes (nous verrons pour quelles raisons au
chapitre 23).
Généralement, une maladie génétique n’est pas répartie
uniformément entre les populations humaines. Par exemple,
l’incidence de la maladie de Tay-Sachs, dont nous avons déjà
décrit les effets dans ce chapitre, est proportionnellement très
élevée chez les Juifs ashkénazes, dont les ancêtres vivaient en
Europe centrale. Dans cette population, la fréquence de la
maladie est de 1 sur 3 600 naissances, rapport qui est environ
100 fois plus élevé que chez les non-Juifs et les Juifs des pays
méditerranéens (séfarades). Cet écart s’explique par les différences qui ont marqué l’histoire génétique des peuples avant
l’ère technologique, à des époques où les populations étaient
géographiquement, donc génétiquement, plus isolées.
Il y a peu de chances que deux porteurs sains du même
allèle récessif rare et nocif se rencontrent et s’unissent. Cependant, la probabilité de transmission de caractères récessifs
augmente fortement si deux parents proches (par exemple,
un frère et une sœur ou des cousins germains) forment un
couple. On qualifie de telles unions de consanguines (« même
sang »), mais il serait plus juste de parler d’unions entre sujets
apparentés, car ce n’est pas le sang qui est en cause ; on les
représente par des traits doubles dans les lignages. Parce qu’il
est plus probable de retrouver les mêmes allèles récessifs chez
des individus ayant des ancêtres récents communs que chez
des individus n’ayant aucun lien de parenté, la probabilité
que des enfants issus d’une union entre sujets apparentés
soient homozygotes pour un caractère récessif est donc plus
grande (y compris pour un caractère nocif). On peut observer
de telles conséquences de la fécondation consanguine chez
de nombreux animaux domestiqués par l’humain ou vivant
dans des jardins zoologiques.
Dans quelle mesure la consanguinité humaine augmentet-elle les risques de maladies génétiques ? Les généticiens ne
s’entendent pas sur cette question. De nombreux allèles
nocifs produisent des effets si graves que des femmes portant
un embryon homozygote avortent spontanément, bien avant
terme. Néanmoins, la plupart des sociétés et des civilisations
ont des lois et des tabous interdisant les mariages entre proches
parents. Ces règles sont probablement le résultat de la constatation empirique que, dans la plupart des populations, les
couples formés de proches parents courent un risque plus
élevé que les autres d’avoir des enfants mort-nés ou souffrant
d’anomalies congénitales. Bien sûr, des facteurs sociaux et
économiques ont aussi influé sur l’apparition de coutumes
et de lois prohibant les mariages consanguins.
La fibrose kystique
La maladie héréditaire létale la plus répandue dans la population caucasienne est la fibrose kystique, ou mucoviscidose : au Canada, 1 nouveau-né sur 3 600 en est atteint (1 sur
4 500 en France). Elle frappe surtout les personnes d’ascendance européenne (1 sur 2 600), mais elle est beaucoup plus
rare chez les autres groupes. Parmi les personnes d’ascendance européenne, 1 sur 25 (4 %) est un porteur sain de
l’allèle de cette maladie. L’allèle normal du gène en cause, qui
est localisé sur le chromosome 7, code pour une protéine
membranaire qui assure le transport des ions chlorure vers
l’extérieur des cellules. Or, chez les enfants qui ont reçu deux
allèles récessifs causant la fibrose kystique, les pompes à
chlorure sont déficientes ou absentes dans les membranes
plasmiques. La quantité d’ions chlorure présente dans les cellules augmente donc, ce qui attire un surplus d’ions sodium.
Puis, par osmose, les cellules absorbent de l’eau provenant du
mucus qui les recouvre. Comme il devient plus visqueux, le
mucus s’écoule moins bien. À la longue, il s’épaissit et s’accumule dans le pancréas, les poumons, le tube digestif et d’autres
organes. Apparaissent alors des effets multiples (pléiotropiques), dont une mauvaise absorption des aliments par les
intestins, une bronchite chronique et des infections bactériennes à répétition.
En l’absence de traitement, la plupart des enfants atteints
de fibrose kystique meurent avant l’âge de cinq ans. On peut
prolonger leur vie à l’aide de doses quotidiennes d’antibiotiques permettant d’enrayer les infections, de percussions
thoraciques servant à déloger le mucus de leurs voies respiratoires et aussi d’autres mesures préventives. Actuellement, en
Amérique du Nord et en Europe, plus de la moitié des personnes atteintes de fibrose kystique atteignent ou dépassent
la fin de la vingtaine, voire de la trentaine.
L’anémie à hématies falciformes :
une maladie génétique avec
des répercussions évolutives
évolutIon
L’anémie à hématies falciformes, ou drépanocytose, est de loin la maladie héréditaire la plus répandue chez les personnes d’ascendance africaine. Elle touche
1 Afro-Américain sur 400. Elle est due à la substitution d’un
m Figure 14.16 L’albinisme : un caractère récessif. L’une des deux
sœurs présente une coloration normale ; l’autre est albinos. La plupart
des homozygotes récessifs sont issus de parents qui sont porteurs sains
de la maladie, mais qui ont eux-mêmes un phénotype normal, comme
le cas illustré ici dans la grille de Punnett.
Quelle est la probabilité que la sœur qui présente une coloration
normale soit porteuse saine de l’allèle de l’albinisme ?
?
A
A
a
a
w
Normal
Aa
Parents
Normal
Aa
Spermatozoïdes
Ovules
AA
Normal
aa
Albinos
Aa
Normal
(porteur sain)
Aa
Normal
(porteur sain)
Aa) risquent d’être des porteurs sains hétérozygotes, soit une
probabilité de
2
⁄3. Des homozygotes récessifs pourraient aussi
naître de croisements Aa 3 aa ou aa 3 aa. Cependant, si la
maladie en question est létale – c’est-à-dire si elle entraîne la
mort – avant l’âge de la maturité sexuelle ou si elle provoque la stérilité (ce qui n’est pas vrai dans les deux cas pour
l’albinisme), aucun individu aa n’aura de descendants. De
toute manière, même s’ils sont en mesure de se reproduire,
les individus homozygotes récessifs constituent un pourcentage beaucoup plus faible de la population que les porteurs
sains hétérozygotes (nous verrons pour quelles raisons au
chapitre 23).
Généralement, une maladie génétique n’est pas répartie
uniformément entre les populations humaines. Par exemple,
l’incidence de la maladie de Tay-Sachs, dont nous avons déjà
décrit les effets dans ce chapitre, est proportionnellement très
élevée chez les Juifs ashkénazes, dont les ancêtres vivaient en
Europe centrale. Dans cette population, la fréquence de la
maladie est de 1 sur 3 600 naissances, rapport qui est environ
100 fois plus élevé que chez les non-Juifs et les Juifs des pays
méditerranéens (séfarades). Cet écart s’explique par les différences qui ont marqué l’histoire génétique des peuples avant
l’ère technologique, à des époques où les populations étaient
géographiquement, donc génétiquement, plus isolées.
Il y a peu de chances que deux porteurs sains du même
allèle récessif rare et nocif se rencontrent et s’unissent. Cependant, la probabilité de transmission de caractères récessifs
augmente fortement si deux parents proches (par exemple,
un frère et une sœur ou des cousins germains) forment un
couple. On qualifie de telles unions de consanguines (« même
sang »), mais il serait plus juste de parler d’unions entre sujets
apparentés, car ce n’est pas le sang qui est en cause ; on les
représente par des traits doubles dans les lignages. Parce qu’il
est plus probable de retrouver les mêmes allèles récessifs chez
des individus ayant des ancêtres récents communs que chez
des individus n’ayant aucun lien de parenté, la probabilité
que des enfants issus d’une union entre sujets apparentés
soient homozygotes pour un caractère récessif est donc plus
grande (y compris pour un caractère nocif). On peut observer
de telles conséquences de la fécondation consanguine chez
de nombreux animaux domestiqués par l’humain ou vivant
dans des jardins zoologiques.
Dans quelle mesure la consanguinité humaine augmentet-elle les risques de maladies génétiques ? Les généticiens ne
s’entendent pas sur cette question. De nombreux allèles
nocifs produisent des effets si graves que des femmes portant
un embryon homozygote avortent spontanément, bien avant
terme. Néanmoins, la plupart des sociétés et des civilisations
ont des lois et des tabous interdisant les mariages entre proches
parents. Ces règles sont probablement le résultat de la constatation empirique que, dans la plupart des populations, les
couples formés de proches parents courent un risque plus
élevé que les autres d’avoir des enfants mort-nés ou souffrant
d’anomalies congénitales. Bien sûr, des facteurs sociaux et
économiques ont aussi influé sur l’apparition de coutumes
et de lois prohibant les mariages consanguins.
La fibrose kystique
La maladie héréditaire létale la plus répandue dans la population caucasienne est la fibrose kystique, ou mucoviscidose : au Canada, 1 nouveau-né sur 3 600 en est atteint (1 sur
4 500 en France). Elle frappe surtout les personnes d’ascendance européenne (1 sur 2 600), mais elle est beaucoup plus
rare chez les autres groupes. Parmi les personnes d’ascendance européenne, 1 sur 25 (4 %) est un porteur sain de
l’allèle de cette maladie. L’allèle normal du gène en cause, qui
est localisé sur le chromosome 7, code pour une protéine
membranaire qui assure le transport des ions chlorure vers
l’extérieur des cellules. Or, chez les enfants qui ont reçu deux
allèles récessifs causant la fibrose kystique, les pompes à
chlorure sont déficientes ou absentes dans les membranes
plasmiques. La quantité d’ions chlorure présente dans les cellules augmente donc, ce qui attire un surplus d’ions sodium.
Puis, par osmose, les cellules absorbent de l’eau provenant du
mucus qui les recouvre. Comme il devient plus visqueux, le
mucus s’écoule moins bien. À la longue, il s’épaissit et s’accumule dans le pancréas, les poumons, le tube digestif et d’autres
organes. Apparaissent alors des effets multiples (pléiotropiques), dont une mauvaise absorption des aliments par les
intestins, une bronchite chronique et des infections bactériennes à répétition.
En l’absence de traitement, la plupart des enfants atteints
de fibrose kystique meurent avant l’âge de cinq ans. On peut
prolonger leur vie à l’aide de doses quotidiennes d’antibiotiques permettant d’enrayer les infections, de percussions
thoraciques servant à déloger le mucus de leurs voies respiratoires et aussi d’autres mesures préventives. Actuellement, en
Amérique du Nord et en Europe, plus de la moitié des personnes atteintes de fibrose kystique atteignent ou dépassent
la fin de la vingtaine, voire de la trentaine.
L’anémie à hématies falciformes :
une maladie génétique avec
des répercussions évolutives
évolutIon
L’anémie à hématies falciformes, ou drépanocytose, est de loin la maladie héréditaire la plus répandue chez les personnes d’ascendance africaine. Elle touche
1 Afro-Américain sur 400. Elle est due à la substitution d’un
m Figure 14.16 L’albinisme : un caractère récessif. L’une des deux
sœurs présente une coloration normale ; l’autre est albinos. La plupart
des homozygotes récessifs sont issus de parents qui sont porteurs sains
de la maladie, mais qui ont eux-mêmes un phénotype normal, comme
le cas illustré ici dans la grille de Punnett.
Quelle est la probabilité que la sœur qui présente une coloration
normale soit porteuse saine de l’allèle de l’albinisme ?
?
A
A
a
a
w
Normal
Aa
Parents
Normal
Aa
Spermatozoïdes
Ovules
AA
Normal
aa
Albinos
Aa
Normal
(porteur sain)
Aa
Normal
(porteur sain)
